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LE PORTRAIT DU VAINQUEUR. À 29 ans, le skipper de SVR-Lazartigue, phénomène de précocité et de sang-froid, vient de s’offrir la victoire la plus prestigieuse de sa carrière. Un incroyable triomphe, une étape de plus dans une carrière où presque rien ne lui a résisté. Il est le troisième skipper de moins de trente ans à l'emporter, après Laurent Bourgnon (28 ans en 1944) et Marc Pajot (29 ans en 1982). Récit d’une fulgurante ascension qui le hisse déjà au rang des plus grands.

Tom Laperche avec le trophée de vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe @ Lou Benoist / AFP
Tom Laperche avec le trophée de vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe @ Lou Benoist / AFP



Les marins qui brillent au plus haut niveau ont depuis longtemps choisi les actes plutôt que les paroles. Tom Laperche l’a prouvé à sa manière tout au long de la semaine, en prenant les commandes au cap Fréhel avec maestria avant de ne plus jamais les lâcher. Tant pis si cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe n’a ressemblé à aucune autre, tant pis s’il n’y avait pas de route sud ni d’alizé, tant pis pour les changements de manœuvres incessants et l’incroyable débauche d’efforts que la course a nécessitée.


« Tom a toujours été très appliqué dans ce qu’il faisait »

Au-delà de sa capacité à tirer le meilleur de sa machine et à imposer le tempo pendant la course, c’est une attitude qui a marqué chez Tom. Celle dont il a fait preuve mercredi dernier alors que son rival depuis le départ, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI), venait de chavirer. Le skipper est alors apparu dans une vidéo plein cadre, la tête dépassant du cockpit de SVR-Lazartigue. Humble dans le propos, spectaculaire malgré le décor qui défile à vives allures, il y avait tout : l’extrême vitesse, les chocs, la résistance, les cheveux au vent, les yeux cernés de fatigue et pourtant une confondante lucidité. Il commence à parler comme un gamin qui s’étonne de ce qu’il fait : « En direct de je ne sais pas trop où ». Puis il décrit comme un vieux loup de mer  les changements brutaux de force et de direction du vent, avant d’évoquer, des trémolos dans la voix, le chavirage de son rival. C’est ainsi que Tom est devenu un grand : dans sa capacité de résistance et sa faculté à se dévoiler à chaque fois un peu plus.

La capacité de résistance est liée à un trait de caractère. C’est son père Philippe Laperche, chirurgien-dentiste et navigateur éclairé, qui l’explique : « Tom a toujours été très appliqué dans ce qu’il faisait. C’était un enfant facile et passionné. » Ingénieur de formation, il avait sauté une classe étant enfant. « Ce n’est jamais évident de dire ça pour ses propres enfants mais Tom a toujours réussi ce qu’il entreprenait, il a de grandes capacités ». Ses parents (sa mère est pharmacienne) ont également tenu à lui faire confiance. « On l’a laissé faire plein de choses simples, comme aller à l’école à vélo par exemple, poursuit Philippe. Je vais peut-être surprendre mais je n’ai jamais eu peur pour lui. »


Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec
Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec

L’Arkéa Ultim Challenge Brest, une épreuve qui rend plus fort 



Dans sa maîtrise presque chirurgicale de tout, Tom laisse aussi une place, parfois, à une forme de fragilité, témoignage fugace de l’intensité de tout ce qu’il vit. Certains ont vu ses larmes lors du franchissement des écluses avant le départ. D’autres se souviennent aussi de son émotion à la suite de son abandon à l’Arkéa Ultim Challenge Brest en 2024. Tom est alors le seul à tenir la dragée haute à Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild). Leur duel dans l’Atlantique est d’une intensité folle avant qu’une avarie de dérive et une voie d’eau le contraignent à renoncer.


« En une seconde, tout s’est écroulé, j’ai hurlé comme rarement, confiait-il alors. Je crois que je n’ai jamais vécu un truc aussi dur dans ma vie ». La déception est grande, un uppercut à ses ambitions d’alors. Pourtant il y a, dans les images de l’équipe SVR-Lazartigue qui s’affaire autour du bateau en Afrique du Sud, l’idée qu’un collectif, autour de Tom, en est sorti encore un peu plus soudé. En somme, une épreuve pour apprendre et pour grandir aussi.


Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec
Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec

La Route du Rhum, « un rêve d’enfant »


Car dans la foulée, Tom Laperche et SVR-Lazartigue sont revenus, plus haut, plus vite, plus fort. Avec le soutien précieux de Franck Cammas, le skipper remporte en équipage la Rolex Fastnet Race puis la Transat Café L’Or (en double) l’an dernier. Tom retrouve ses standards : en haut de l’affiche, toujours. Revoilà le skipper au talent précoce qui s’était offert la Solitaire du Figaro en 2022 avec une heure d’avance sur ses rivaux. Sa voie vers les sommets semblait toute tracée, tout comme son goût pour le large : son père régatier (il a disputé quatre Solitaire du Figaro), ses parents amis de longue date avec la famille Bourgnon et Tom a goûté aux joies des multicoques de course en naviguant à bord de l’ORMA de Thomas Coville à huit ans.


La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? « C’était un rêve d’enfant, forcément un peu insouciant », nous confiait-il avant le départ. Dans sa boîte à souvenirs, il y a les images terribles de l’édition 2002 et surtout l’édition 2010, les mois à aider son père à préparer le 50 pieds avec lequel il a participé à la mythique transatlantique. « On a préparé le bateau, on l’a caréné, on a assuré l’avitaillement… C’était un beau défi familial. »


Seize ans plus tard, Tom était donc de retour à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans la peau d'un des favoris, bien plus que dans celle d’un bizuth. Sa précocité n’étonne plus personne sur les pontons et lui le premier : « Ce sont des questions qu’on me posait surtout quand j’ai pris la barre de SVR-Lazartigue », évacue-t-il. Ce qui surprend, en revanche, c’est ce sang-froid de chaque instant, cette capacité à flirter avec les limites sans jamais les dépasser. Et puis il y a sans doute l’essentiel : l’intense bonheur qu’il ressent, justement, à donner le meilleur. « Dès qu’on navigue, on vit des moments extraordinaires, confiait-il avant le départ. On évolue sur un fil mais ça procure des sensations qui sont très fortes ». Avec lui, les passionnés et les curieux n’ont qu’une hâte : le voir s’élancer dans de nouveaux défis et continuer à briller. Ça tombe bien, il y a un record autour du monde en équipage - détenu par son ami de longue date Thomas Coville - à aller chercher (Trophée Jules Verne) et une histoire à achever, aussi, à l’Arkéa Ultim Challenge Brest dont le départ de la prochaine édition est prévu en janvier 2028.


Le palmarès de Tom Laperche  2008 : champion du monde d’Open Bic en Open 5.70  2021 : champion de France de course au large  2021 : 2e de la Transat Jacques Vabre (avec François Gabart)  2022 : Vainqueur de la Solitaire du Figaro  2023 : 2e de la Transat Café L’Or (avec François Gabart) 2025 : Vainqueur de la Rolex Fastnet Race (en équipage)

2025 : Vainqueur de la Transat Café L’Or (avec Franck Cammas)

2026 : Vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe




il y a 5 heures
5 min de lecture

LE PORTRAIT DU VAINQUEUR. À 29 ans, le skipper de SVR-Lazartigue, phénomène de précocité et de sang-froid, vient de s’offrir la victoire la plus prestigieuse de sa carrière. Un incroyable triomphe, une étape de plus dans une carrière où presque rien ne lui a résisté. Il est le troisième skipper de moins de trente ans à l'emporter, après Laurent Bourgnon (28 ans en 1944) et Marc Pajot (29 ans en 1982). Récit d’une fulgurante ascension qui le hisse déjà au rang des plus grands.

Tom Laperche avec le trophée de vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe @ Lou Benoist / AFP
Tom Laperche avec le trophée de vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe @ Lou Benoist / AFP



Les marins qui brillent au plus haut niveau ont depuis longtemps choisi les actes plutôt que les paroles. Tom Laperche l’a prouvé à sa manière tout au long de la semaine, en prenant les commandes au cap Fréhel avec maestria avant de ne plus jamais les lâcher. Tant pis si cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe n’a ressemblé à aucune autre, tant pis s’il n’y avait pas de route sud ni d’alizé, tant pis pour les changements de manœuvres incessants et l’incroyable débauche d’efforts que la course a nécessitée.


« Tom a toujours été très appliqué dans ce qu’il faisait »

Au-delà de sa capacité à tirer le meilleur de sa machine et à imposer le tempo pendant la course, c’est une attitude qui a marqué chez Tom. Celle dont il a fait preuve mercredi dernier alors que son rival depuis le départ, Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI), venait de chavirer. Le skipper est alors apparu dans une vidéo plein cadre, la tête dépassant du cockpit de SVR-Lazartigue. Humble dans le propos, spectaculaire malgré le décor qui défile à vives allures, il y avait tout : l’extrême vitesse, les chocs, la résistance, les cheveux au vent, les yeux cernés de fatigue et pourtant une confondante lucidité. Il commence à parler comme un gamin qui s’étonne de ce qu’il fait : « En direct de je ne sais pas trop où ». Puis il décrit comme un vieux loup de mer  les changements brutaux de force et de direction du vent, avant d’évoquer, des trémolos dans la voix, le chavirage de son rival. C’est ainsi que Tom est devenu un grand : dans sa capacité de résistance et sa faculté à se dévoiler à chaque fois un peu plus.

La capacité de résistance est liée à un trait de caractère. C’est son père Philippe Laperche, chirurgien-dentiste et navigateur éclairé, qui l’explique : « Tom a toujours été très appliqué dans ce qu’il faisait. C’était un enfant facile et passionné. » Ingénieur de formation, il avait sauté une classe étant enfant. « Ce n’est jamais évident de dire ça pour ses propres enfants mais Tom a toujours réussi ce qu’il entreprenait, il a de grandes capacités ». Ses parents (sa mère est pharmacienne) ont également tenu à lui faire confiance. « On l’a laissé faire plein de choses simples, comme aller à l’école à vélo par exemple, poursuit Philippe. Je vais peut-être surprendre mais je n’ai jamais eu peur pour lui. »


Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec
Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec

L’Arkéa Ultim Challenge Brest, une épreuve qui rend plus fort 



Dans sa maîtrise presque chirurgicale de tout, Tom laisse aussi une place, parfois, à une forme de fragilité, témoignage fugace de l’intensité de tout ce qu’il vit. Certains ont vu ses larmes lors du franchissement des écluses avant le départ. D’autres se souviennent aussi de son émotion à la suite de son abandon à l’Arkéa Ultim Challenge Brest en 2024. Tom est alors le seul à tenir la dragée haute à Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild). Leur duel dans l’Atlantique est d’une intensité folle avant qu’une avarie de dérive et une voie d’eau le contraignent à renoncer.


« En une seconde, tout s’est écroulé, j’ai hurlé comme rarement, confiait-il alors. Je crois que je n’ai jamais vécu un truc aussi dur dans ma vie ». La déception est grande, un uppercut à ses ambitions d’alors. Pourtant il y a, dans les images de l’équipe SVR-Lazartigue qui s’affaire autour du bateau en Afrique du Sud, l’idée qu’un collectif, autour de Tom, en est sorti encore un peu plus soudé. En somme, une épreuve pour apprendre et pour grandir aussi.


Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec
Tom Laperche à bord de SVR-Lazartigue @ Gautier Lebec

La Route du Rhum, « un rêve d’enfant »


Car dans la foulée, Tom Laperche et SVR-Lazartigue sont revenus, plus haut, plus vite, plus fort. Avec le soutien précieux de Franck Cammas, le skipper remporte en équipage la Rolex Fastnet Race puis la Transat Café L’Or (en double) l’an dernier. Tom retrouve ses standards : en haut de l’affiche, toujours. Revoilà le skipper au talent précoce qui s’était offert la Solitaire du Figaro en 2022 avec une heure d’avance sur ses rivaux. Sa voie vers les sommets semblait toute tracée, tout comme son goût pour le large : son père régatier (il a disputé quatre Solitaire du Figaro), ses parents amis de longue date avec la famille Bourgnon et Tom a goûté aux joies des multicoques de course en naviguant à bord de l’ORMA de Thomas Coville à huit ans.


La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? « C’était un rêve d’enfant, forcément un peu insouciant », nous confiait-il avant le départ. Dans sa boîte à souvenirs, il y a les images terribles de l’édition 2002 et surtout l’édition 2010, les mois à aider son père à préparer le 50 pieds avec lequel il a participé à la mythique transatlantique. « On a préparé le bateau, on l’a caréné, on a assuré l’avitaillement… C’était un beau défi familial. »


Seize ans plus tard, Tom était donc de retour à la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans la peau d'un des favoris, bien plus que dans celle d’un bizuth. Sa précocité n’étonne plus personne sur les pontons et lui le premier : « Ce sont des questions qu’on me posait surtout quand j’ai pris la barre de SVR-Lazartigue », évacue-t-il. Ce qui surprend, en revanche, c’est ce sang-froid de chaque instant, cette capacité à flirter avec les limites sans jamais les dépasser. Et puis il y a sans doute l’essentiel : l’intense bonheur qu’il ressent, justement, à donner le meilleur. « Dès qu’on navigue, on vit des moments extraordinaires, confiait-il avant le départ. On évolue sur un fil mais ça procure des sensations qui sont très fortes ». Avec lui, les passionnés et les curieux n’ont qu’une hâte : le voir s’élancer dans de nouveaux défis et continuer à briller. Ça tombe bien, il y a un record autour du monde en équipage - détenu par son ami de longue date Thomas Coville - à aller chercher (Trophée Jules Verne) et une histoire à achever, aussi, à l’Arkéa Ultim Challenge Brest dont le départ de la prochaine édition est prévu en janvier 2028.


Le palmarès de Tom Laperche  2008 : champion du monde d’Open Bic en Open 5.70  2021 : champion de France de course au large  2021 : 2e de la Transat Jacques Vabre (avec François Gabart)  2022 : Vainqueur de la Solitaire du Figaro  2023 : 2e de la Transat Café L’Or (avec François Gabart) 2025 : Vainqueur de la Rolex Fastnet Race (en équipage)

2025 : Vainqueur de la Transat Café L’Or (avec Franck Cammas)

2026 : Vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe




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