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LA GRANDE INTERVIEW. Il est l’un des grands favoris de cette nouvelle édition. Pourtant, tous les observateurs finissent par oublier son extraordinaire précocité :  à 29 ans, il s’apprête à disputer sa première Route du Rhum et il a tous les atouts pour l’emporter. Vainqueur de la Transat Café L’Or, SVR-Lazartigue a encore été optimisé. Tête bien faite, Tom a une idée très claire de ce qu’il faut mettre en place pour lever à nouveau les bras, à Pointe-à-Pitre cette fois. 

@ Martin Keruzoré - SVR Lazartigue
@ Martin Keruzoré - SVR Lazartigue

Cela fait désormais quatre ans qu’il navigue à bord de SVR-Lazartigue et ça ressemble à une évidence. Il est donc possible d’avoir moins de 30 ans, d’être à la barre d’un des bateaux les plus performants de la flotte et de se présenter à la Route du Rhum en étant l’un des grands favoris. Pourtant, Tom Laperche s’est depuis longtemps affranchi des questions sur son âge ou sa précocité. Quatre ans après avoir remporté la Solitaire du Figaro, un an après son succès à la Transat Café L’Or, il sait que les planètes s’alignent pour être aux avant-postes. La victoire ? Il en parle comme d’une finalité mais préfère s’appesantir sur le chemin à parcourir. Quelques jours avant l’ouverture du village, il a longuement répondu à nos questions. 


Quels sont tes liens, ton histoire avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? 

Je suis né en 1997 donc j’ai des premiers souvenirs de l’édition 2002. Il y avait eu pas mal de casses et de péripéties, je me souviens en avoir entendu parler à la télévision et à la radio. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai très vite eu envie de faire la Route du Rhum. Enfant, j’avais envie d’y concourir en Optimist. C’était une idée d’enfant, forcément insouciante : il a fallu que Laurent Bourgnon, un ami de la famille, m’apprenne que ce n’était pas possible… En tout cas, c’est vraiment la Route du Rhum qui m’a donné envie de faire de la course. Voir des multicoques à pleine vitesse sur l’Atlantique, ça m’a toujours fasciné ! 


Tu t’y es aussi rendu pour encourager ton père… 

Oui, il a disputé l’édition 2010 en amateur à bord d’un trimaran de 50 pieds. Il était dentiste, il avait pris le temps de relever ce défi. C’était un beau défi familial : on l’aidait pour préparer le bateau, assurer l’avitaillement, le caréner. Et c’est la première fois que je me suis rendu sur le village de la Route du Rhum. 


« Nous travaillons pour la victoire »

 Justement, le fait de mêler des skippers professionnels à des amateurs éclairés, ça offre une dimension supplémentaire à la course ? 

Oui, c’est hyper positif. C’est pour ça que la Route du Rhum rassemble. Elle fédère des amateurs qui s’élancent pour le rêve d’une vie, comme mon père l’a fait, et des skippers à bord de projets très complexes, comme c’est mon cas aujourd’hui. Pour ces raisons, c’est un événement qui est très ouvert et qui n’a pas de limite !


Il s’agit de ta première participation. C’est un point d’étape, un palier dans ta progression ou tu ne le perçois pas comme tel ? 

Je suis très content d’en être mais finalement, je suis plus heureux et reconnaissant de la confiance d’un partenaire et d’une équipe pour évoluer dans la catégorie reine des multicoques. Le reste, ce sont des questions que je me posais surtout quand j’ai pris la barre de ce grand trimaran SVR-Lazartigue. Désormais, je suis concentré chaque jour pour que l’on fasse mieux et qu’on aille collectivement dans la meilleure direction.


Ton objectif affiché, c’est la victoire ? 

Bien sûr que nous travaillons tous pour la victoire, c’est l’objectif de toute l’équipe. Mais on ne peut pas penser qu’à ça : la victoire, c’est la cerise sur le gâteau. Il y a plein d’objectifs intermédiaires à remplir avant et pendant la course. Il faut tout mettre en œuvre pour être à l’aise, faire les bons choix de trajectoire. Et si on entre dans un état d’esprit où tout est fluide, si on prend les bonnes décisions, ça peut mener jusqu’à la victoire.


SVR-Lazartigue @ Kaptur
SVR-Lazartigue @ Kaptur

« En Ultim, tu dois être toujours sur le qui-vive »

 Justement, qu’avez-vous optimisé depuis ta victoire à la Transat Café L’Or ? 

On a retravaillé l’aérodynamisme de la plateforme, on a installé de nouvelles voiles, un nouveau foil et des safrans un peu plus profonds. L’idée, c’est de voler le plus haut possible pour essayer d’avoir le moins d’interactions avec les vagues. Sauf que globalement, plus on est haut, plus on est instable, c’est ce à quoi répondent nos nouveaux safrans. Par ailleurs, nous avons beaucoup fiabilisé nos systèmes : c’est un travail de l’ombre très conséquent mais très précieux pour la course.

Ton nouveau foil tribord a été endommagé et remplacé par l’ancien il y a quelques semaines. Qu’est-ce que ça va changer ?  ` Ça n’a pas vraiment d’impact. Ça montre que nous sommes capables de remplacer un appendice par un autre. Ces premiers foils étaient très réussis : nous avions gagné avec la Rolex Fastnet Race…

Plus globalement, comment expliques-tu que la Route du Rhum soit une course aussi difficile ?  Parce que c’est un sprint et que sur ces bateaux-là, pour être rapide, il faut être toujours un peu sur le fil. Ça engendre beaucoup d’adrénaline, de tension et la gestion de soi est primordiale parce qu’il est très difficile de se reposer à pleine vitesse. La dépense physique est très conséquente et mentalement, c’est tendu. Tu dois être toujours sur le qui-vive, prêt à réagir et c’est très sollicitant. Naviguer sur ces bateaux-là, ça vide totalement !


« Il va y avoir de l’intensité » 

Quel regard portes-tu sur la concurrence ?  Avec Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI), Thomas Coville (Sodebo) et Anthony Marchand (Actual Ultim 3), le plateau est très homogène. Il va y avoir beaucoup d’intensité, les écarts peuvent être très faibles, ce sera de la régate pure.  Que penses-tu du nouveau Maxi Edmond de Rothschild ?  C’est un peu l’inconnu puisqu’on n’a pas eu de confrontation avec eux.  C’est un nouveau concept en matière de vol, de foils, de navigation au large. C’est une nouvelle étape, une nouvelle génération mais pour l’instant, nous ne l’avons pas encore vue dans toutes ses phases de navigation. Nous ne savons pas encore à quel niveau de potentiel ils pourront utiliser le bateau même si l’équipe et Charles ont beaucoup de talent. Mais je suis davantage concentré sur ce qu’on va faire nous avec l’équipe !  Pour terminer, quand est-ce que tu prends du plaisir à bord ?  Dès qu’on navigue, on vit des moments extraordinaires. Certes, on évolue sur un fil mais ça procure des sensations qui sont très fortes. Il y a le plaisir de la glisse, la décharge de l’adrénaline… C’est une grande source de motivation et c’est vraiment quelque chose que je viens chercher à chaque navigation.

il y a 5 jours
5 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. Il est l’un des grands favoris de cette nouvelle édition. Pourtant, tous les observateurs finissent par oublier son extraordinaire précocité :  à 29 ans, il s’apprête à disputer sa première Route du Rhum et il a tous les atouts pour l’emporter. Vainqueur de la Transat Café L’Or, SVR-Lazartigue a encore été optimisé. Tête bien faite, Tom a une idée très claire de ce qu’il faut mettre en place pour lever à nouveau les bras, à Pointe-à-Pitre cette fois. 

@ Martin Keruzoré - SVR Lazartigue
@ Martin Keruzoré - SVR Lazartigue

Cela fait désormais quatre ans qu’il navigue à bord de SVR-Lazartigue et ça ressemble à une évidence. Il est donc possible d’avoir moins de 30 ans, d’être à la barre d’un des bateaux les plus performants de la flotte et de se présenter à la Route du Rhum en étant l’un des grands favoris. Pourtant, Tom Laperche s’est depuis longtemps affranchi des questions sur son âge ou sa précocité. Quatre ans après avoir remporté la Solitaire du Figaro, un an après son succès à la Transat Café L’Or, il sait que les planètes s’alignent pour être aux avant-postes. La victoire ? Il en parle comme d’une finalité mais préfère s’appesantir sur le chemin à parcourir. Quelques jours avant l’ouverture du village, il a longuement répondu à nos questions. 


Quels sont tes liens, ton histoire avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? 

Je suis né en 1997 donc j’ai des premiers souvenirs de l’édition 2002. Il y avait eu pas mal de casses et de péripéties, je me souviens en avoir entendu parler à la télévision et à la radio. Ce qui est surprenant, c’est que j’ai très vite eu envie de faire la Route du Rhum. Enfant, j’avais envie d’y concourir en Optimist. C’était une idée d’enfant, forcément insouciante : il a fallu que Laurent Bourgnon, un ami de la famille, m’apprenne que ce n’était pas possible… En tout cas, c’est vraiment la Route du Rhum qui m’a donné envie de faire de la course. Voir des multicoques à pleine vitesse sur l’Atlantique, ça m’a toujours fasciné ! 


Tu t’y es aussi rendu pour encourager ton père… 

Oui, il a disputé l’édition 2010 en amateur à bord d’un trimaran de 50 pieds. Il était dentiste, il avait pris le temps de relever ce défi. C’était un beau défi familial : on l’aidait pour préparer le bateau, assurer l’avitaillement, le caréner. Et c’est la première fois que je me suis rendu sur le village de la Route du Rhum. 


« Nous travaillons pour la victoire »

 Justement, le fait de mêler des skippers professionnels à des amateurs éclairés, ça offre une dimension supplémentaire à la course ? 

Oui, c’est hyper positif. C’est pour ça que la Route du Rhum rassemble. Elle fédère des amateurs qui s’élancent pour le rêve d’une vie, comme mon père l’a fait, et des skippers à bord de projets très complexes, comme c’est mon cas aujourd’hui. Pour ces raisons, c’est un événement qui est très ouvert et qui n’a pas de limite !


Il s’agit de ta première participation. C’est un point d’étape, un palier dans ta progression ou tu ne le perçois pas comme tel ? 

Je suis très content d’en être mais finalement, je suis plus heureux et reconnaissant de la confiance d’un partenaire et d’une équipe pour évoluer dans la catégorie reine des multicoques. Le reste, ce sont des questions que je me posais surtout quand j’ai pris la barre de ce grand trimaran SVR-Lazartigue. Désormais, je suis concentré chaque jour pour que l’on fasse mieux et qu’on aille collectivement dans la meilleure direction.


Ton objectif affiché, c’est la victoire ? 

Bien sûr que nous travaillons tous pour la victoire, c’est l’objectif de toute l’équipe. Mais on ne peut pas penser qu’à ça : la victoire, c’est la cerise sur le gâteau. Il y a plein d’objectifs intermédiaires à remplir avant et pendant la course. Il faut tout mettre en œuvre pour être à l’aise, faire les bons choix de trajectoire. Et si on entre dans un état d’esprit où tout est fluide, si on prend les bonnes décisions, ça peut mener jusqu’à la victoire.


SVR-Lazartigue @ Kaptur
SVR-Lazartigue @ Kaptur

« En Ultim, tu dois être toujours sur le qui-vive »

 Justement, qu’avez-vous optimisé depuis ta victoire à la Transat Café L’Or ? 

On a retravaillé l’aérodynamisme de la plateforme, on a installé de nouvelles voiles, un nouveau foil et des safrans un peu plus profonds. L’idée, c’est de voler le plus haut possible pour essayer d’avoir le moins d’interactions avec les vagues. Sauf que globalement, plus on est haut, plus on est instable, c’est ce à quoi répondent nos nouveaux safrans. Par ailleurs, nous avons beaucoup fiabilisé nos systèmes : c’est un travail de l’ombre très conséquent mais très précieux pour la course.

Ton nouveau foil tribord a été endommagé et remplacé par l’ancien il y a quelques semaines. Qu’est-ce que ça va changer ?  ` Ça n’a pas vraiment d’impact. Ça montre que nous sommes capables de remplacer un appendice par un autre. Ces premiers foils étaient très réussis : nous avions gagné avec la Rolex Fastnet Race…

Plus globalement, comment expliques-tu que la Route du Rhum soit une course aussi difficile ?  Parce que c’est un sprint et que sur ces bateaux-là, pour être rapide, il faut être toujours un peu sur le fil. Ça engendre beaucoup d’adrénaline, de tension et la gestion de soi est primordiale parce qu’il est très difficile de se reposer à pleine vitesse. La dépense physique est très conséquente et mentalement, c’est tendu. Tu dois être toujours sur le qui-vive, prêt à réagir et c’est très sollicitant. Naviguer sur ces bateaux-là, ça vide totalement !


« Il va y avoir de l’intensité » 

Quel regard portes-tu sur la concurrence ?  Avec Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI), Thomas Coville (Sodebo) et Anthony Marchand (Actual Ultim 3), le plateau est très homogène. Il va y avoir beaucoup d’intensité, les écarts peuvent être très faibles, ce sera de la régate pure.  Que penses-tu du nouveau Maxi Edmond de Rothschild ?  C’est un peu l’inconnu puisqu’on n’a pas eu de confrontation avec eux.  C’est un nouveau concept en matière de vol, de foils, de navigation au large. C’est une nouvelle étape, une nouvelle génération mais pour l’instant, nous ne l’avons pas encore vue dans toutes ses phases de navigation. Nous ne savons pas encore à quel niveau de potentiel ils pourront utiliser le bateau même si l’équipe et Charles ont beaucoup de talent. Mais je suis davantage concentré sur ce qu’on va faire nous avec l’équipe !  Pour terminer, quand est-ce que tu prends du plaisir à bord ?  Dès qu’on navigue, on vit des moments extraordinaires. Certes, on évolue sur un fil mais ça procure des sensations qui sont très fortes. Il y a le plaisir de la glisse, la décharge de l’adrénaline… C’est une grande source de motivation et c’est vraiment quelque chose que je viens chercher à chaque navigation.

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