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PRÉSENTATION DE CLASSE (1/7). Avec les Vintage Mono, place à l’Histoire, aux histoires ! Alors que dans les autres catégories de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, les jauges font converger les bateaux pour consacrer le meilleur skipper, le sport fait ici un pas de côté. L’accent est mis sur l’aventure dans cette flotte de 13 bateaux disparates de 12 à 26 mètres classés en temps réel. Avec un joyeux mélange pro-am et un joli brassage des générations, voilà une classe au potentiel d’identification intact !


Petit retour au 20E siècle pour commencer !


Avant de proposer pour la première fois en 1994 deux classements séparés entre multicoques et monocoques, la Route du Rhum a entretenu des rapports plutôt vaches avec ces derniers ! On connaît l’histoire des 98 secondes qui séparent Olympus de Kriter V lors de la première édition. Deuxième en 1978, Michel Malinovsky tire de sa mésaventure un livre (« Seule la victoire est jolie »), mais pas une leçon. Il s‘entête en 1982 avec le radical Kriter VIII, long cigare de 23 mètres en aluminium et termine 10ème. Le match est définitivement plié et les monocoques attendront le premier Vendée Globe en 1990 pour connaître leur revival. Ces années de transition donneront d’ailleurs lieu à un fourmillement architectural avec des générations de 50 et 60 pieds, une tentative avortée de monotypie autour du monde ou encore des versions course-croisière de ces luges open, qui font aujourd’hui les beaux jours de la catégorie Vintage Mono.


Un patrimoine à bichonner


Mais revenons à Kriter VIII. Celui qui a sonné le glas des monocoques face aux tris et catas en 1982, s’aligne cette année pour sa sixième Route du Rhum. Autant dire que le plan Mauric peut concourir au prix de la fidélité ! Et Wilfried Clerton (Echo-Mer) son skipper, qui s’élance pour la quatrième fois consécutive (3ème en 2022), aime l’idée d’honorer l’histoire. « En 1982, j’étais un gamin qui trainait sur les pontons de La Rochelle. J’étais fasciné par le bateau, la couleur, les proportions. Michel Malinovsky me proposait souvent de monter à bord, mais je n’osais pas à cause de son chien, un berger allemand qui me fichait la trouille ! »  Après une vie passée à courir en olympisme et en Class40, le skipper tombe sur une petite annonce et achète le bateau en 2014. Depuis, Kriter VIII est le compagnon de toutes les virées de Wilfried qui dit « avoir tout donné pour ce bateau ». Budget oblige, celui qui est devenu expert maritime part vers la Guadeloupe avec une assurance minimum, pour le départ et l’arrivée seulement, nourrissant une grande confiance au large pour son bateau, préparé par la famille et les copains.

« Le Vintage, c’est revenir les pieds sur terre » confirme Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge), qui a connu dans sa jeunesse de skipper professionnel les gros budgets et les teams étoffés. Vainqueur dans cette classe en 2018, il revient cette année à la barre du célèbre cigare rouge de Jean-Luc Van Den Heede. Rareté architecturale du fait de son étroitesse et de son gréement de yawl, le plan Harlé-Mortain est une des légendes du Vendée Globe qu’il a terminé deuxième en 1993 et ce sera sa cinquième Route du Rhum cette année. Un bateau solide et éprouvé sur lequel Sidney part serein « pour jouer à la course » selon son expression : compétition il y aura, mais elle sera raisonnée avec une prise de risque calculée.


Histoires de famille


C’est bien dans cet esprit que s’élance également Tanguy Caradec (Eurvad), l’un des trois fils de Loïc, disparu lors de la tragique édition 1986 de la Route du Rhum. Une participation sous forme d’hommage pour cet entrepreneur du digital de 46 ans. Engagé sur un 50 pieds Open à quille basculante, il part « boucler la boucle » pour cette aventure intérieure, mais aura face à lui deux autres concurrents aux montures très similaires pour une course dans la course. A 67 ans, Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong) est de loin le plus expérimenté des trois et prépare soigneusement son affaire depuis 2023 avec déjà quatre transats dans les bottes et plusieurs victoires à la clef, dont la Transat CIC. De son côté, Titouan Pillard (Use it again for youth), benjamin de l’épreuve du haut de ses 20 ans, a signé pour une première sur l’Atlantique en solitaire, sur les traces de son père, engagé lui, en Vintage Multi.

Ce trio pourrait être aux avant-postes, dès qu’il s’agira d’ouvrir les voiles dans les alizés. Mais d’autres concurrents pourraient leur donner du fil à retordre notamment dans la première partie du parcours, à l’image de Christophe Bachmann qui arme Grain de Sable, l’ex-Adrien de Jean-Luc Van Den Heede (encore lui !). Détenteur jusqu’à l’an dernier du record du Tour du monde à l’envers, le plan Vaton de 26 mètres devrait allonger la foulée au près si son skipper dinardais, qui a longtemps écumé le circuit Class40, en donne la pleine mesure en solitaire. Autre concurrent à surveiller de près pour la victoire à Pointe à Pitre, Kieran Le Borgne s’aligne sur Armor Lux - Le Finistère assurance. Le jeune brestois de 28 ans a fait œuvre utile en sauvant de l’abandon l’ex-PRB, unique double vainqueur du Vendée Globe (2000 et 2004), abandonné à l’état d’épave pendant 13 ans, un autre morceau du patrimoine de la course au large au potentiel intact.

Titouan Pillard (Use it again for youth) @ Jean Marie
Titouan Pillard (Use it again for youth) @ Jean Marie


Un bateau qui le vaut bien


C’est ce que s’est dit Jean Le Cam en découvrant Alegria, le Swan 59 sur lequel il dispute sa troisième Route du Rhum à 67 ans. Pourquoi Alegria ? « C’est un plan Frers et c’est un Swan dit comme une évidence le finistérien, donc un bateau qui mérite ! » Pendant cinq ans, Le Cam qui a tutoyé le plus haut de la technologie en course, des Formule 40 aux IMOCA en passant par les ORMA ou l’Hydroptère, a donc jeté son dévolu sur ce grand classique du chantier finlandais aux lignes intemporelles. Méticuleux, Jean a revisité son Swan de la quille à la tête de mât ; il part avec chauffage, clim, des boiseries rutilantes et … deux bons pilotes automatiques : « C’est un bateau lourd, pas forcément facile au portant et je le découvre. Je pars un peu à l’aventure. C’est un challenge et c’est sûr que plein de gens pourront s’identifier ». Des spectateurs qui espèrent retrouver les fameux « tacs tacs tacs » pour quelques tips en vidéo, ces secrets savamment distillés qui ont contribué à forger la légende d’un skipper vintage, pas encore rassasié.

 

Jean Le Cam à bord de son Swan 59 Alegria @ DR
Jean Le Cam à bord de son Swan 59 Alegria @ DR

 


Présentation de la classe en image



23 oct.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 oct.

PRÉSENTATION DE CLASSE (1/7). Avec les Vintage Mono, place à l’Histoire, aux histoires ! Alors que dans les autres catégories de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, les jauges font converger les bateaux pour consacrer le meilleur skipper, le sport fait ici un pas de côté. L’accent est mis sur l’aventure dans cette flotte de 13 bateaux disparates de 12 à 26 mètres classés en temps réel. Avec un joyeux mélange pro-am et un joli brassage des générations, voilà une classe au potentiel d’identification intact !


Petit retour au 20E siècle pour commencer !


Avant de proposer pour la première fois en 1994 deux classements séparés entre multicoques et monocoques, la Route du Rhum a entretenu des rapports plutôt vaches avec ces derniers ! On connaît l’histoire des 98 secondes qui séparent Olympus de Kriter V lors de la première édition. Deuxième en 1978, Michel Malinovsky tire de sa mésaventure un livre (« Seule la victoire est jolie »), mais pas une leçon. Il s‘entête en 1982 avec le radical Kriter VIII, long cigare de 23 mètres en aluminium et termine 10ème. Le match est définitivement plié et les monocoques attendront le premier Vendée Globe en 1990 pour connaître leur revival. Ces années de transition donneront d’ailleurs lieu à un fourmillement architectural avec des générations de 50 et 60 pieds, une tentative avortée de monotypie autour du monde ou encore des versions course-croisière de ces luges open, qui font aujourd’hui les beaux jours de la catégorie Vintage Mono.


Un patrimoine à bichonner


Mais revenons à Kriter VIII. Celui qui a sonné le glas des monocoques face aux tris et catas en 1982, s’aligne cette année pour sa sixième Route du Rhum. Autant dire que le plan Mauric peut concourir au prix de la fidélité ! Et Wilfried Clerton (Echo-Mer) son skipper, qui s’élance pour la quatrième fois consécutive (3ème en 2022), aime l’idée d’honorer l’histoire. « En 1982, j’étais un gamin qui trainait sur les pontons de La Rochelle. J’étais fasciné par le bateau, la couleur, les proportions. Michel Malinovsky me proposait souvent de monter à bord, mais je n’osais pas à cause de son chien, un berger allemand qui me fichait la trouille ! »  Après une vie passée à courir en olympisme et en Class40, le skipper tombe sur une petite annonce et achète le bateau en 2014. Depuis, Kriter VIII est le compagnon de toutes les virées de Wilfried qui dit « avoir tout donné pour ce bateau ». Budget oblige, celui qui est devenu expert maritime part vers la Guadeloupe avec une assurance minimum, pour le départ et l’arrivée seulement, nourrissant une grande confiance au large pour son bateau, préparé par la famille et les copains.

« Le Vintage, c’est revenir les pieds sur terre » confirme Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge), qui a connu dans sa jeunesse de skipper professionnel les gros budgets et les teams étoffés. Vainqueur dans cette classe en 2018, il revient cette année à la barre du célèbre cigare rouge de Jean-Luc Van Den Heede. Rareté architecturale du fait de son étroitesse et de son gréement de yawl, le plan Harlé-Mortain est une des légendes du Vendée Globe qu’il a terminé deuxième en 1993 et ce sera sa cinquième Route du Rhum cette année. Un bateau solide et éprouvé sur lequel Sidney part serein « pour jouer à la course » selon son expression : compétition il y aura, mais elle sera raisonnée avec une prise de risque calculée.


Histoires de famille


C’est bien dans cet esprit que s’élance également Tanguy Caradec (Eurvad), l’un des trois fils de Loïc, disparu lors de la tragique édition 1986 de la Route du Rhum. Une participation sous forme d’hommage pour cet entrepreneur du digital de 46 ans. Engagé sur un 50 pieds Open à quille basculante, il part « boucler la boucle » pour cette aventure intérieure, mais aura face à lui deux autres concurrents aux montures très similaires pour une course dans la course. A 67 ans, Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong) est de loin le plus expérimenté des trois et prépare soigneusement son affaire depuis 2023 avec déjà quatre transats dans les bottes et plusieurs victoires à la clef, dont la Transat CIC. De son côté, Titouan Pillard (Use it again for youth), benjamin de l’épreuve du haut de ses 20 ans, a signé pour une première sur l’Atlantique en solitaire, sur les traces de son père, engagé lui, en Vintage Multi.

Ce trio pourrait être aux avant-postes, dès qu’il s’agira d’ouvrir les voiles dans les alizés. Mais d’autres concurrents pourraient leur donner du fil à retordre notamment dans la première partie du parcours, à l’image de Christophe Bachmann qui arme Grain de Sable, l’ex-Adrien de Jean-Luc Van Den Heede (encore lui !). Détenteur jusqu’à l’an dernier du record du Tour du monde à l’envers, le plan Vaton de 26 mètres devrait allonger la foulée au près si son skipper dinardais, qui a longtemps écumé le circuit Class40, en donne la pleine mesure en solitaire. Autre concurrent à surveiller de près pour la victoire à Pointe à Pitre, Kieran Le Borgne s’aligne sur Armor Lux - Le Finistère assurance. Le jeune brestois de 28 ans a fait œuvre utile en sauvant de l’abandon l’ex-PRB, unique double vainqueur du Vendée Globe (2000 et 2004), abandonné à l’état d’épave pendant 13 ans, un autre morceau du patrimoine de la course au large au potentiel intact.

Titouan Pillard (Use it again for youth) @ Jean Marie
Titouan Pillard (Use it again for youth) @ Jean Marie


Un bateau qui le vaut bien


C’est ce que s’est dit Jean Le Cam en découvrant Alegria, le Swan 59 sur lequel il dispute sa troisième Route du Rhum à 67 ans. Pourquoi Alegria ? « C’est un plan Frers et c’est un Swan dit comme une évidence le finistérien, donc un bateau qui mérite ! » Pendant cinq ans, Le Cam qui a tutoyé le plus haut de la technologie en course, des Formule 40 aux IMOCA en passant par les ORMA ou l’Hydroptère, a donc jeté son dévolu sur ce grand classique du chantier finlandais aux lignes intemporelles. Méticuleux, Jean a revisité son Swan de la quille à la tête de mât ; il part avec chauffage, clim, des boiseries rutilantes et … deux bons pilotes automatiques : « C’est un bateau lourd, pas forcément facile au portant et je le découvre. Je pars un peu à l’aventure. C’est un challenge et c’est sûr que plein de gens pourront s’identifier ». Des spectateurs qui espèrent retrouver les fameux « tacs tacs tacs » pour quelques tips en vidéo, ces secrets savamment distillés qui ont contribué à forger la légende d’un skipper vintage, pas encore rassasié.

 

Jean Le Cam à bord de son Swan 59 Alegria @ DR
Jean Le Cam à bord de son Swan 59 Alegria @ DR

 


Présentation de la classe en image



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