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PRÉSENTATION DE CLASSE (3/6). L’amour du multicoque ne s’explique pas forcément. C’est souvent l’affaire d’un coup de foudre, c’est toujours intense, parfois le cœur chavire, les ruptures font mal mais certains couples se rabibochent pour une vie entière !…

Les 13 skippers qui s’élanceront le 1er novembre en Vintage Multi nourrissent tous une passion pour leur bateau. Ils font honneur à la saga initiée en 1978 par la victoire surprise d’Olympus et continuent de documenter cette belle histoire d’amour que nourrit la Route du Rhum Destination Guadeloupe avec les multicoques.


Le trimaran de Charlie Capelle, l'un des 5 A Capella construits par Walter Greene
Le trimaran de Charlie Capelle, l'un des 5 A Capella construits par Walter Greene

De 12 à 23 mètres, il n’y a que l’embarras du choix pour qui se promène sur le quai Bajoyer à la rencontre de cette flotte de multicoques qui ont écrit les grandes heures de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. D’emblée le visiteur sera peut-être surpris par la faible représentation des catamarans  avec seulement deux exemplaires, We Explore de François Guiffant et MG5 - Wellness Training de Marc Guillemot. C’est finalement le reflet assez fidèle de l’histoire de la course, remportée une seule fois par le catamaran Elf Aquitaine (Marc Pajot 1982). Les trimarans sont là en force, avec deux sous-catégories faciles à repérer.

 

Les trimarans de l’école américaine


Au milieu des années 70, Walter Greene et Dick Newick imposent pour une dizaine d’années une vision pragmatique et assez géniale des multicoques. Leurs trimarans sont l’inverse des voitures américaines, lourdes, bourrées de chrome et de chevaux. Économie de matière, formes organiques, utilisation du bois pour ses qualités naturelles de raideur et de légèreté. L’esprit polynésien qui commande de composer avec les éléments plutôt que de les affronter, n’est pas loin.

Jetez un œil à Fifty fifty, exemplaire rescapé de la petite série des Creative de Dick Newick. Avec ses lignes bananées, on l’imagine déjà se dandiner sur l’Atlantique. L’arrière de flotteur canoë, le bras unique en forme d’aile (qui abrite deux couchettes doubles !), et le hublot qui imite l’oeil d’un animal marin produisent une silhouette unique et très attachante. « Ce sont des bateaux en bois, ils ont besoin d’amour ! » dit son skipper Laurent Etheimer qui a fait un travail de fond sur la structure de ce bateau construit en 1982 à la Trinité-sur-mer et qui dispute sa quatrième Route du Rhum. Après avoir couru en 2018 sur un ACapella (l’ancien Happy de Loïck Peyron, équivalent d’Olympus 1978), Laurent a racheté ce petit trimaran de 12 mètres à Christophe Bogrand qui, lui, court sur Des Enfants et des Arbres, un 50 pieds Newick assez proche de Moxie, le vainqueur de la Transat anglaise 1980.

Avec Thierry Roger (Perros Guirec) et Charlie Capelle, ces quatre-là vont jouer un joli match sur l’Atlantique dans le sillage d’Olympus. Charlie s’engage pour sa septième participation et à 71 ans, c’est le doyen de la course. Constructeur - il a appris le métier dans le chantier de Walter Greene -, et navigateur, il a voué sa vie à ACapella (Acapella Proludic-La Chaîne de l’Espoir), récupéré à l’état d’épave en 1983, reconstruit une première fois puis deux autres après deux chavirages. Un bateau qui ne veut pas mourir, présenté comme à son habitude à Saint-Malo en état concours. Son skipper ne vient pas pour la gagne mais rêve encore de passer sous la barre des 20 jours pour rallier Pointe à Pitre. Son mentor Mike Birch en avait mis 24 en 1978 et il a disputé sa dernière Route du Rhum à 72 ans. Pas sûr donc que ce soit la dernière de l’inoxydable Charlie !

 

L'ex-Fujicolor II, comme neuf, aux mains de Damien Seguin
L'ex-Fujicolor II, comme neuf, aux mains de Damien Seguin

Le gang des ORMA


Ces 60 pieds qui ont été les Formule 1 de la course au large de 1990 à 2006, drainant le plus haut niveau sportif en équipage comme en solitaire, sont incontestablement l’attraction cette année. En 2022, Philippe Poupon avait fait sensation en embarquant sur Flo, le trimaran vainqueur de Florence Arthaud en 1990. Comme souvent les bonnes idées, celle-ci a germé dans plusieurs têtes à la fois puisque quatre ORMA seront sur la ligne de départ le 1er Novembre. « En discutant avec d’autres concurrents, j’ai pu retrouver la trace de l’ex-Fujicolor II, raconte Damien Seguin qui avait assisté enfant, à son arrivée avec Mike Birch à la barre, en Guadeloupe, c’était en 1990. Le bateau était en Turquie, je suis allé le voir et avant de me décider, j’ai posé plein de questions à Francis Joyon qui court sur son sister ship. Il a été de très bon conseil et je me suis lancé ! » C’est la première transat en solitaire en multicoque pour Damien (Arkea-Handicap International) qui se sent assez mûr pour envisager ce challenge sur ces bateaux chatouilleux que sont les ORMA. Francis Joyon part lui pour sa neuvième édition, toutes courues en multicoque (Joyon et Multicoque pourraient intégrer le dictionnaire des synonymes !) Qu’importe ses 70 ans, il fait figure de favori tant l’expérience du vainqueur 2018 est immense. Il a ressorti l’ex-Eure et Loire de son jardin, a préparé ce plan Irens de 1994 sur lequel il a gagné la Transat anglaise 2000 et se réjouit de s’élancer pour dix jours de cycles lavage-essorage à son bord : « Tout est extrêmement fort en permanence. L’ennui et la tranquillité, il ne connaît pas » dit le skipper de son trimaran rebaptisé comme une évidence Océans.

Voisins à Locmariaquer, Damien et Francis, devront compter sur la présence de deux autres ORMA sur la route. Gilles Lamiré part pour la troisième fois sur Groupe GCA, l’ancien Elf Aquitaine de Jean Maurel, reconnaissable entre mille avec ses bras tubulaires. C’est le plus vieux des ORMA (1988), le plus bas sur l’eau, probablement le plus exigeant dans la brise "mais une bête de glisse dans le petit temps" prévient Gilles . A l’opposé du spectre, French Touch Oceania Hotels, le trimaran d’Eric Péron est un plan Lombard qui fait partie des dernières générations d’ORMA (2002), le premier à arborer des foils courbes. Son skipper est allé le chercher aux Etats-Unis, où il courait sur la Chesapeake bay. Un concurrent à surveiller de près car Eric connait la route et la haute vitesse ne lui fait pas peur, une culture acquise notamment lors de son tour du monde en Ultim.

Quel rythme d’ailleurs tiendront ces quatre fantastiques ? « Ça dépendra beaucoup des conditions prédit Damien Seguin. Si elles sont clémentes, ce sera un beau match. Si elles sont plus dures, chacun est assez intelligent pour faire attention et Francis Joyon aura sans doute le mode d’emploi pour trouver la bonne cadence »

L’un des quatre trimarans ORMA sera-t-il nécessairement en tête à Pointe à Pitre ? C’est fort possible car sur le papier, on ne voit guère que Use it again et ses 23 mètres pour les battre. L’ancien bateau du Tour du monde en solitaire de Dame Ellen Mac Arthur en a le potentiel, notamment si les conditions sont dures en première partie de course. Son skipper Romain Pillard a déjà l’expérience d’une première Route du Rhum à son bord, même s’il courrait à l’époque loin derrière les Ultims contre lesquels il s’était engagé en 2022.

 




Présentation de la classe en image



il y a 1 jour
5 min de lecture

PRÉSENTATION DE CLASSE (3/6). L’amour du multicoque ne s’explique pas forcément. C’est souvent l’affaire d’un coup de foudre, c’est toujours intense, parfois le cœur chavire, les ruptures font mal mais certains couples se rabibochent pour une vie entière !…

Les 13 skippers qui s’élanceront le 1er novembre en Vintage Multi nourrissent tous une passion pour leur bateau. Ils font honneur à la saga initiée en 1978 par la victoire surprise d’Olympus et continuent de documenter cette belle histoire d’amour que nourrit la Route du Rhum Destination Guadeloupe avec les multicoques.


Le trimaran de Charlie Capelle, l'un des 5 A Capella construits par Walter Greene
Le trimaran de Charlie Capelle, l'un des 5 A Capella construits par Walter Greene

De 12 à 23 mètres, il n’y a que l’embarras du choix pour qui se promène sur le quai Bajoyer à la rencontre de cette flotte de multicoques qui ont écrit les grandes heures de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. D’emblée le visiteur sera peut-être surpris par la faible représentation des catamarans  avec seulement deux exemplaires, We Explore de François Guiffant et MG5 - Wellness Training de Marc Guillemot. C’est finalement le reflet assez fidèle de l’histoire de la course, remportée une seule fois par le catamaran Elf Aquitaine (Marc Pajot 1982). Les trimarans sont là en force, avec deux sous-catégories faciles à repérer.

 

Les trimarans de l’école américaine


Au milieu des années 70, Walter Greene et Dick Newick imposent pour une dizaine d’années une vision pragmatique et assez géniale des multicoques. Leurs trimarans sont l’inverse des voitures américaines, lourdes, bourrées de chrome et de chevaux. Économie de matière, formes organiques, utilisation du bois pour ses qualités naturelles de raideur et de légèreté. L’esprit polynésien qui commande de composer avec les éléments plutôt que de les affronter, n’est pas loin.

Jetez un œil à Fifty fifty, exemplaire rescapé de la petite série des Creative de Dick Newick. Avec ses lignes bananées, on l’imagine déjà se dandiner sur l’Atlantique. L’arrière de flotteur canoë, le bras unique en forme d’aile (qui abrite deux couchettes doubles !), et le hublot qui imite l’oeil d’un animal marin produisent une silhouette unique et très attachante. « Ce sont des bateaux en bois, ils ont besoin d’amour ! » dit son skipper Laurent Etheimer qui a fait un travail de fond sur la structure de ce bateau construit en 1982 à la Trinité-sur-mer et qui dispute sa quatrième Route du Rhum. Après avoir couru en 2018 sur un ACapella (l’ancien Happy de Loïck Peyron, équivalent d’Olympus 1978), Laurent a racheté ce petit trimaran de 12 mètres à Christophe Bogrand qui, lui, court sur Des Enfants et des Arbres, un 50 pieds Newick assez proche de Moxie, le vainqueur de la Transat anglaise 1980.

Avec Thierry Roger (Perros Guirec) et Charlie Capelle, ces quatre-là vont jouer un joli match sur l’Atlantique dans le sillage d’Olympus. Charlie s’engage pour sa septième participation et à 71 ans, c’est le doyen de la course. Constructeur - il a appris le métier dans le chantier de Walter Greene -, et navigateur, il a voué sa vie à ACapella (Acapella Proludic-La Chaîne de l’Espoir), récupéré à l’état d’épave en 1983, reconstruit une première fois puis deux autres après deux chavirages. Un bateau qui ne veut pas mourir, présenté comme à son habitude à Saint-Malo en état concours. Son skipper ne vient pas pour la gagne mais rêve encore de passer sous la barre des 20 jours pour rallier Pointe à Pitre. Son mentor Mike Birch en avait mis 24 en 1978 et il a disputé sa dernière Route du Rhum à 72 ans. Pas sûr donc que ce soit la dernière de l’inoxydable Charlie !

 

L'ex-Fujicolor II, comme neuf, aux mains de Damien Seguin
L'ex-Fujicolor II, comme neuf, aux mains de Damien Seguin

Le gang des ORMA


Ces 60 pieds qui ont été les Formule 1 de la course au large de 1990 à 2006, drainant le plus haut niveau sportif en équipage comme en solitaire, sont incontestablement l’attraction cette année. En 2022, Philippe Poupon avait fait sensation en embarquant sur Flo, le trimaran vainqueur de Florence Arthaud en 1990. Comme souvent les bonnes idées, celle-ci a germé dans plusieurs têtes à la fois puisque quatre ORMA seront sur la ligne de départ le 1er Novembre. « En discutant avec d’autres concurrents, j’ai pu retrouver la trace de l’ex-Fujicolor II, raconte Damien Seguin qui avait assisté enfant, à son arrivée avec Mike Birch à la barre, en Guadeloupe, c’était en 1990. Le bateau était en Turquie, je suis allé le voir et avant de me décider, j’ai posé plein de questions à Francis Joyon qui court sur son sister ship. Il a été de très bon conseil et je me suis lancé ! » C’est la première transat en solitaire en multicoque pour Damien (Arkea-Handicap International) qui se sent assez mûr pour envisager ce challenge sur ces bateaux chatouilleux que sont les ORMA. Francis Joyon part lui pour sa neuvième édition, toutes courues en multicoque (Joyon et Multicoque pourraient intégrer le dictionnaire des synonymes !) Qu’importe ses 70 ans, il fait figure de favori tant l’expérience du vainqueur 2018 est immense. Il a ressorti l’ex-Eure et Loire de son jardin, a préparé ce plan Irens de 1994 sur lequel il a gagné la Transat anglaise 2000 et se réjouit de s’élancer pour dix jours de cycles lavage-essorage à son bord : « Tout est extrêmement fort en permanence. L’ennui et la tranquillité, il ne connaît pas » dit le skipper de son trimaran rebaptisé comme une évidence Océans.

Voisins à Locmariaquer, Damien et Francis, devront compter sur la présence de deux autres ORMA sur la route. Gilles Lamiré part pour la troisième fois sur Groupe GCA, l’ancien Elf Aquitaine de Jean Maurel, reconnaissable entre mille avec ses bras tubulaires. C’est le plus vieux des ORMA (1988), le plus bas sur l’eau, probablement le plus exigeant dans la brise "mais une bête de glisse dans le petit temps" prévient Gilles . A l’opposé du spectre, French Touch Oceania Hotels, le trimaran d’Eric Péron est un plan Lombard qui fait partie des dernières générations d’ORMA (2002), le premier à arborer des foils courbes. Son skipper est allé le chercher aux Etats-Unis, où il courait sur la Chesapeake bay. Un concurrent à surveiller de près car Eric connait la route et la haute vitesse ne lui fait pas peur, une culture acquise notamment lors de son tour du monde en Ultim.

Quel rythme d’ailleurs tiendront ces quatre fantastiques ? « Ça dépendra beaucoup des conditions prédit Damien Seguin. Si elles sont clémentes, ce sera un beau match. Si elles sont plus dures, chacun est assez intelligent pour faire attention et Francis Joyon aura sans doute le mode d’emploi pour trouver la bonne cadence »

L’un des quatre trimarans ORMA sera-t-il nécessairement en tête à Pointe à Pitre ? C’est fort possible car sur le papier, on ne voit guère que Use it again et ses 23 mètres pour les battre. L’ancien bateau du Tour du monde en solitaire de Dame Ellen Mac Arthur en a le potentiel, notamment si les conditions sont dures en première partie de course. Son skipper Romain Pillard a déjà l’expérience d’une première Route du Rhum à son bord, même s’il courrait à l’époque loin derrière les Ultims contre lesquels il s’était engagé en 2022.

 




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