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Crédit : Florian Gueguen, skipper du Rhum Multi Graine de Courage
Crédit : Florian Gueguen, skipper du Rhum Multi Graine de Courage

Le bon wagon, au bon moment


Il y a des trains qu'il vaut mieux ne pas rater. Corentin Horeau (MACSF) a pris le bon hier, au nord des Açores, laissant ses adversaires sur le quai, sans même un message d'excuse. En abordant le thalweg par le sud, le skipper a été le seul IMOCA à franchir cette zone de transition avant qu'elle ne se referme sur ses adversaires. Depuis, les compteurs s'affolent : plus de 130 milles d'avance ce mercredi matin, une vitesse supérieure à 20 nœuds et, derrière, des concurrents encore empêtrés dans les vents faibles. « Quand je vois les pointages, je n'ose pas y croire ! C'est ce dont on rêve en tant que marin : faire des gains comme ça. J'ai bien cru que je n'allais pas réussir à passer, puis j'ai trouvé le petit bout de vent qui m'a permis de repartir. Après, c'était plein gaz ! » Pas question pour autant de relâcher l'attention : Corentin évolue dans un étroit couloir de vent, où il doit multiplier les empannages pour ne pas retomber dans la molle. Pour Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), l'épisode a laissé un goût amer. « Je savais qu'il ne fallait pas traîner pour passer le front. Mais je ne pensais pas qu'on galérerait autant et qu'on resterait coincés aussi longtemps. Ça va être compliqué de revoir Corentin, même si rien n'est perdu. » Le contraste est saisissant avec les Ultim, où le suspense s'est au contraire resserré. Après avoir compté plus de 70 milles d'avance mardi, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) n’en possède plus qu'une vingtaine de marge sur Armel Le Cléac'h (Maxi Banque Populaire XI). Le leader a traversé une succession de pièges météorologiques, entre calmes imprévus et rafales violentes. « On a eu zéro nœud, puis 30 nœuds avec toute la toile dessus ! Le vent était vraiment instable et on n'a pas pu aligner les belles moyennes. Mais si on arrive à rester devant, c'est bien. » Le Morbihannais et son plus proche poursuivant viennent de virer de bord pour mettre le cap au sud et retrouver des conditions de pleine vitesse. Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) a, lui, déjà choisi une trajectoire plus méridionale. Les fichiers météo ont livré leurs scénarios. L'Atlantique, pour sa part, continue de se donner le droit d'improviser.


Quand la marge de manœuvre se réduit


Mais les nouvelles de la nuit rappellent que la bataille ne se joue pas uniquement sur les écrans de routage. Hier, à 22h05, Matthieu Perraut (Elvest) a chaviré à 400 milles au nord des Açores. Le skipper de l'Ocean Fifty va bien, reste en contact avec la direction de course et son équipe technique et attend les secours. Un événement qui a profondément marqué ses camarades de catégorie. En tête sur Edenred, Basile Bourgnon ne cache pas les questions que chacun se pose à bord de ces trimarans particulièrement exigeants. « On se textote entre nous. Parfois, on se demande si on n'est pas un peu à la limite. Il faut jouer pour créer l'écart, mais dès qu'on peut, on essaie de se reposer et de moins être sur l'accélérateur. » Le jeune marin a retrouvé des conditions plus régulières au portant et n'a enfin plus l'impression de traverser un champ de patates. Il tente d'en profiter pour récupérer, sans perdre de vue ses poursuivants. Trois d'entre eux restent groupés dans son sillage, tandis que Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton by Delanchy) a misé sur une trajectoire très septentrionale. « Si ça tourne en notre faveur, il sera parti trop tôt. Et si ça se ferme devant nous, il aura fait le bon choix. Les dés sont lancés ! » Ailleurs, certains n'ont déjà plus vraiment le choix de ralentir : il leur faut réparer, faire escale ou renoncer. Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), tenant du titre en Ultim, a décidé de faire demi-tour vers Lorient après les dégâts majeurs subis mardi sur son foil bâbord. Son équipe espère le retrouver le week-end prochain. Anthony Marchand (Actual Ultim 4) a, de son côté, rejoint Galway mardi en fin d'après-midi. Les investigations se poursuivent avant toute décision sur la suite de son aventure. Chez les IMOCA, Jérémie Beyou (Charal), qui occupait la deuxième place, a choisi de stopper sa course pour des raisons médicales après concertation avec le médecin et la direction de course. Il se dirige vers les Açores.


Crédit : Ian Lipinski, skipper du Class40 Crédit Mutuel
Crédit : Ian Lipinski, skipper du Class40 Crédit Mutuel

La météo, ce grand jeu de hasard calculé


Petits tracas ou grosses tuiles, les avaries n'ont pas le monopole des plans contrariés. Pour une bonne partie de la flotte, la prochaine grande inconnue, on l'a compris, c'est cette fameuse dépression. Les modèles météorologiques ne s'accordent ni sur sa position ni sur son intensité. Un peu comme monter un meuble IKEA avec trois notices différentes et aucune certitude sur le résultat. Chez les Class40, Robin Follin bénéficie ce matin d'une position favorable au classement, grâce à sa route plus proche de l'orthodromie, tandis que Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) et Pierre Leboucher (Institut Imagine) poursuivent leur duel. « En ce moment, c'est la kermesse ! » lance Guillaume Pirouelle, qui observe avec un mélange de curiosité et de scepticisme les monocoques de 40 pieds s'éparpiller sur l'Atlantique, chacun défendant sa propre option. « Ceux qui partent au nord, je trouve ça osé ! Sur le papier, les routages leur donnent raison. Mais ils nous imaginent faire des choses qu'on n'est pas forcément capables de réaliser dans des grosses conditions. Personnellement, aller chercher du portant en solitaire, dans une mer énorme avec 40 nœuds de vent, voire davantage, je ne le sentais pas. » Le Normand ne cache d'ailleurs pas qu'il s'aventure lui aussi en terrain inconnu : il n'a encore jamais affronté un tel phénomène. Et les conditions actuelles ne lui offrent guère de répit : grains, changements de voiles, mer creuse et quelques beaux plantés ont déjà largement rempli son programme. Cette incertitude, Tanguy Caradec (Eurvad) la partage à bord de son Rhum Mono. Pour sa première traversée de l'Atlantique, il découvre une Route du Rhum qui n'a décidément rien d'un long fleuve tranquille. « J'appréhende un peu ce qui va se passer. Il faut trouver le bon curseur entre l'engagement, la récupération et la préservation du bateau. Et puis, avec la tête, essayer de passer au bon endroit pour ne pas trop se faire secouer. » Ouest, est ou sud : chacun a choisi sa file. Comme au supermarché, reste à savoir laquelle avancera le plus vite.


Le plaisir n'a pas dit son dernier mot


Car au milieu de toutes ces complications, il reste aussi ce qui fait le sel de la course : le plaisir de naviguer vite, de se mesurer aux autres et de tirer le meilleur de sa machine. En Rhum Mono, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance), Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) et Tanguy Caradec se tiennent en moins de 2,5 milles. Trois bateaux, trois skippers et un classement qui change presque au gré des pointages. « C'est top ! Je fais comme je peux, du mieux que je peux. J'ai confiance dans ma monture, elle a été bien préparée. J'essaie de ne pas trop tirer dessus parce que la route est encore longue et que mon objectif, c'est d'arriver de l'autre côté. » Et lorsque son Eurvad s'offre un surf à 21,5 nœuds, difficile de ne pas savourer l'instant. Chez les Rhum Multi, Éric Péron (French Touch – Oceania Hôtels) a pris les commandes en milieu de nuit, détrônant Damien Seguin (Arkéa – Handicap International), qui doit composer avec un tangon cassé depuis lundi soir. Mais le nouveau leader n'est toutefois pas épargné : son grand gennaker est déchiré. Tanguy Caradec résume finalement assez bien l'étrangeté de ces premiers jours : « C'est quand même dingue ! Voilà trois jours qu'on avance au portant. Je ne sais pas s'il y a eu beaucoup de débuts de Route du Rhum aussi rapides ! On en aurait presque oublié que les difficultés faisaient partie du programme ! » Reste en effet à négocier la suite. Et comme il le rappelle avec un sourire, cette année, les concurrents vont surtout découvrir la dépression des Açores. Pas son célèbre anticyclone.

 


il y a 7 heures
6 min de lecture

Trois jours à toute allure, et voilà que l'Atlantique redistribue les cartes. Au nord des Açores, les transitions météorologiques ont déjà bouleversé les classements, tandis qu'une dépression complexe se prépare à accueillir une partie de la flotte. Entre coups tactiques, duels serrés et incidents techniques, les six catégories de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe avancent désormais à des rythmes très différents. Et personne n'a encore trouvé le mode d'emploi pour la suite.


Crédit : Florian Gueguen, skipper du Rhum Multi Graine de Courage
Crédit : Florian Gueguen, skipper du Rhum Multi Graine de Courage

Le bon wagon, au bon moment


Il y a des trains qu'il vaut mieux ne pas rater. Corentin Horeau (MACSF) a pris le bon hier, au nord des Açores, laissant ses adversaires sur le quai, sans même un message d'excuse. En abordant le thalweg par le sud, le skipper a été le seul IMOCA à franchir cette zone de transition avant qu'elle ne se referme sur ses adversaires. Depuis, les compteurs s'affolent : plus de 130 milles d'avance ce mercredi matin, une vitesse supérieure à 20 nœuds et, derrière, des concurrents encore empêtrés dans les vents faibles. « Quand je vois les pointages, je n'ose pas y croire ! C'est ce dont on rêve en tant que marin : faire des gains comme ça. J'ai bien cru que je n'allais pas réussir à passer, puis j'ai trouvé le petit bout de vent qui m'a permis de repartir. Après, c'était plein gaz ! » Pas question pour autant de relâcher l'attention : Corentin évolue dans un étroit couloir de vent, où il doit multiplier les empannages pour ne pas retomber dans la molle. Pour Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), l'épisode a laissé un goût amer. « Je savais qu'il ne fallait pas traîner pour passer le front. Mais je ne pensais pas qu'on galérerait autant et qu'on resterait coincés aussi longtemps. Ça va être compliqué de revoir Corentin, même si rien n'est perdu. » Le contraste est saisissant avec les Ultim, où le suspense s'est au contraire resserré. Après avoir compté plus de 70 milles d'avance mardi, Tom Laperche (SVR-Lazartigue) n’en possède plus qu'une vingtaine de marge sur Armel Le Cléac'h (Maxi Banque Populaire XI). Le leader a traversé une succession de pièges météorologiques, entre calmes imprévus et rafales violentes. « On a eu zéro nœud, puis 30 nœuds avec toute la toile dessus ! Le vent était vraiment instable et on n'a pas pu aligner les belles moyennes. Mais si on arrive à rester devant, c'est bien. » Le Morbihannais et son plus proche poursuivant viennent de virer de bord pour mettre le cap au sud et retrouver des conditions de pleine vitesse. Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) a, lui, déjà choisi une trajectoire plus méridionale. Les fichiers météo ont livré leurs scénarios. L'Atlantique, pour sa part, continue de se donner le droit d'improviser.


Quand la marge de manœuvre se réduit


Mais les nouvelles de la nuit rappellent que la bataille ne se joue pas uniquement sur les écrans de routage. Hier, à 22h05, Matthieu Perraut (Elvest) a chaviré à 400 milles au nord des Açores. Le skipper de l'Ocean Fifty va bien, reste en contact avec la direction de course et son équipe technique et attend les secours. Un événement qui a profondément marqué ses camarades de catégorie. En tête sur Edenred, Basile Bourgnon ne cache pas les questions que chacun se pose à bord de ces trimarans particulièrement exigeants. « On se textote entre nous. Parfois, on se demande si on n'est pas un peu à la limite. Il faut jouer pour créer l'écart, mais dès qu'on peut, on essaie de se reposer et de moins être sur l'accélérateur. » Le jeune marin a retrouvé des conditions plus régulières au portant et n'a enfin plus l'impression de traverser un champ de patates. Il tente d'en profiter pour récupérer, sans perdre de vue ses poursuivants. Trois d'entre eux restent groupés dans son sillage, tandis que Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton by Delanchy) a misé sur une trajectoire très septentrionale. « Si ça tourne en notre faveur, il sera parti trop tôt. Et si ça se ferme devant nous, il aura fait le bon choix. Les dés sont lancés ! » Ailleurs, certains n'ont déjà plus vraiment le choix de ralentir : il leur faut réparer, faire escale ou renoncer. Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), tenant du titre en Ultim, a décidé de faire demi-tour vers Lorient après les dégâts majeurs subis mardi sur son foil bâbord. Son équipe espère le retrouver le week-end prochain. Anthony Marchand (Actual Ultim 4) a, de son côté, rejoint Galway mardi en fin d'après-midi. Les investigations se poursuivent avant toute décision sur la suite de son aventure. Chez les IMOCA, Jérémie Beyou (Charal), qui occupait la deuxième place, a choisi de stopper sa course pour des raisons médicales après concertation avec le médecin et la direction de course. Il se dirige vers les Açores.


Crédit : Ian Lipinski, skipper du Class40 Crédit Mutuel
Crédit : Ian Lipinski, skipper du Class40 Crédit Mutuel

La météo, ce grand jeu de hasard calculé


Petits tracas ou grosses tuiles, les avaries n'ont pas le monopole des plans contrariés. Pour une bonne partie de la flotte, la prochaine grande inconnue, on l'a compris, c'est cette fameuse dépression. Les modèles météorologiques ne s'accordent ni sur sa position ni sur son intensité. Un peu comme monter un meuble IKEA avec trois notices différentes et aucune certitude sur le résultat. Chez les Class40, Robin Follin bénéficie ce matin d'une position favorable au classement, grâce à sa route plus proche de l'orthodromie, tandis que Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) et Pierre Leboucher (Institut Imagine) poursuivent leur duel. « En ce moment, c'est la kermesse ! » lance Guillaume Pirouelle, qui observe avec un mélange de curiosité et de scepticisme les monocoques de 40 pieds s'éparpiller sur l'Atlantique, chacun défendant sa propre option. « Ceux qui partent au nord, je trouve ça osé ! Sur le papier, les routages leur donnent raison. Mais ils nous imaginent faire des choses qu'on n'est pas forcément capables de réaliser dans des grosses conditions. Personnellement, aller chercher du portant en solitaire, dans une mer énorme avec 40 nœuds de vent, voire davantage, je ne le sentais pas. » Le Normand ne cache d'ailleurs pas qu'il s'aventure lui aussi en terrain inconnu : il n'a encore jamais affronté un tel phénomène. Et les conditions actuelles ne lui offrent guère de répit : grains, changements de voiles, mer creuse et quelques beaux plantés ont déjà largement rempli son programme. Cette incertitude, Tanguy Caradec (Eurvad) la partage à bord de son Rhum Mono. Pour sa première traversée de l'Atlantique, il découvre une Route du Rhum qui n'a décidément rien d'un long fleuve tranquille. « J'appréhende un peu ce qui va se passer. Il faut trouver le bon curseur entre l'engagement, la récupération et la préservation du bateau. Et puis, avec la tête, essayer de passer au bon endroit pour ne pas trop se faire secouer. » Ouest, est ou sud : chacun a choisi sa file. Comme au supermarché, reste à savoir laquelle avancera le plus vite.


Le plaisir n'a pas dit son dernier mot


Car au milieu de toutes ces complications, il reste aussi ce qui fait le sel de la course : le plaisir de naviguer vite, de se mesurer aux autres et de tirer le meilleur de sa machine. En Rhum Mono, Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance), Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) et Tanguy Caradec se tiennent en moins de 2,5 milles. Trois bateaux, trois skippers et un classement qui change presque au gré des pointages. « C'est top ! Je fais comme je peux, du mieux que je peux. J'ai confiance dans ma monture, elle a été bien préparée. J'essaie de ne pas trop tirer dessus parce que la route est encore longue et que mon objectif, c'est d'arriver de l'autre côté. » Et lorsque son Eurvad s'offre un surf à 21,5 nœuds, difficile de ne pas savourer l'instant. Chez les Rhum Multi, Éric Péron (French Touch – Oceania Hôtels) a pris les commandes en milieu de nuit, détrônant Damien Seguin (Arkéa – Handicap International), qui doit composer avec un tangon cassé depuis lundi soir. Mais le nouveau leader n'est toutefois pas épargné : son grand gennaker est déchiré. Tanguy Caradec résume finalement assez bien l'étrangeté de ces premiers jours : « C'est quand même dingue ! Voilà trois jours qu'on avance au portant. Je ne sais pas s'il y a eu beaucoup de débuts de Route du Rhum aussi rapides ! On en aurait presque oublié que les difficultés faisaient partie du programme ! » Reste en effet à négocier la suite. Et comme il le rappelle avec un sourire, cette année, les concurrents vont surtout découvrir la dépression des Açores. Pas son célèbre anticyclone.

 


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