- 18 nov. 2022
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© Vincent Olivaud
Vendredi Ă 03 h 56 et 40 s (22 h 56 heure locale), Francis Joyon a franchi en quatriĂšme position la ligne dâarrivĂ©e Ă Pointe-Ă -Pitre de la douziĂšme Ă©dition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Son temps de course est de 8 jours, 13 heures, 41 minutes et 40 secondes. Il a effectuĂ© les 3542 milles du parcours entre Saint-Malo et Pointe-Ă -Pitre Ă la vitesse de 17,22 noeuds sur lâorthodromie (route directe). Il a en rĂ©alitĂ© parcouru 4588 milles Ă la vitesse moyenne de 22,31noeuds
Son écart au vainqueur Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) est de 1 jour 17 heures, 54 minutes et 15 secondes.
Au dĂ©part de Saint-Malo, Francis Joyon estimait avoir «10% de chances de lâemporter». Mais avec cinq bateaux volants nettement plus performants que son vĂ©nĂ©rable Idec Sport, cet exploit nâĂ©tait possible quâau terme dâune course par Ă©limination. Elle nâa pas eu lieu. Avec seulement trois bateaux devant lui Ă Pointe-Ă )Pitre, Idec Sport signe nĂ©anmoins une trĂšs belle performance. Sa place au pied du podium mais Ă 1 jour et 17 heures du vainqueur est aussi le reflet dâune histoire en mouvement. En 2018, Francis avait appuyĂ© sur pause en hissant miraculeusement Ă la premiĂšre place un bateau datant de 2006, dĂ©jĂ double vainqueur de lâĂ©preuve. Cette annĂ©e, son record a Ă©tĂ© battu de 19 heures et 47 minutes. Francis Joyon a donc fait sa course, un peu plus loin des leaders chaque jour, mais a trouvĂ© dâabord en Arthur Le Vaillant (Mieux), dĂ©crochĂ© aprĂšs le cap Finisterre puis dâYves Le BlĂ©vec (Actual Ultim 3) de bons compagnons pour rĂ©gater. On le croyait dĂ©crochĂ© par Actual Ultim 3 Ă lâentrĂ©e des alizĂ©s mais Joyon recroisait ce matin devant lâex-Macif quâil avait battu sur le fil en 2018. On ne sait pas encore si Yves Le BlĂ©vec a rencontrĂ© un problĂšme technique mais on peut ĂȘtre sĂ»r dâune chose : Francis Joyon aura menĂ© Ă 100% son Idec Sport du dĂ©but Ă la fin, la seule façon de naviguer qui intĂ©resse cet inoxydable amoureux des multicoques. A 66 ans, câĂ©tait la huitiĂšme Route du Rhum - Destination Guadeloupe de Francis Joyon, une fidĂ©litĂ© et une longĂ©vitĂ© sans Ă©gale qui force le respect.
Voici ses premiers mots arrivĂ© au ponton : « On affronte plein dâaventures sur le trajet en faisant des choses incroyables quâon ne ferait pas dans la vie normale et arriver ici pour retrouver des gens que lâon a croisĂ© lors de prĂ©cĂ©dentes Ă©ditions fait le charme de la course. CâĂ©tait une transat difficile, non pas Ă cause du mauvais temps mais parce quâil y a eu beaucoup plus de manoeuvres que dâhabitude et Idec Sport est un bateau trĂšs difficile Ă manoeuvrer. Pour moi, ça aurait presque Ă©tĂ© plus simple de partir le dimanche, dâaller Ă lâouest de lâIrlande pour repartir au Sud aprĂšs, plutĂŽt que de faire tous ces virements. Je suis trĂšs fatiguĂ©, mais câest le jeu dâavoir Ă©tĂ© au contact avec Yves, câest lĂ que ça se jouait et il ne fallait pas lĂącher. Ces deux bateaux ont dĂ©jĂ beaucoup rĂ©gatĂ© depuis The Bridge, et ces deux Route du Rhum. A la fin, jâai pensĂ© quâil avait une mĂ©moire et voulait prendre sa revanche. Jâai bien serrĂ© le passage pour que le bateau ne puisse pas faire ce que jâai fait il y a quatre ans. Charles a fait une trĂšs belle course, les trois premiers dâailleurs ont trĂšs bien naviguĂ©. Jâavais une petite prĂ©fĂ©rence pour François qui a eu beaucoup de courage dâaffronter toutes ces difficultĂ©s. Il a perdu un sponsor, en retrouvĂ© un autre, rĂ©ussi Ă finir ce bateau Ă moitiĂ© abandonnĂ© en cours de construction. Puis, il y a eu les difficultĂ©s contre ses concurrents. Je trouvais que François aurait fait un trĂšs trĂšs beau vainqueur.âšJâai bien vu que les nouveaux bateaux dans les conditions de vent idĂ©ale, par 20 noeuds de vent, vont 10 noeuds plus vite que les bateaux traditionnels. Et le systĂšme mĂ©tĂ©o donnait lâavantage aux bateaux de devant qui naviguaient sur une mer plus plate et derriĂšre, on ne pouvait pas faire grand chose. Avec Yves et Arthur, on a passĂ© les fronts plus durement que les premiers avec plus de mer. Jâavais des doutes sur ma capacitĂ© Ă mener le bateau au dĂ©part, je nâen avais plus Ă lâarrivĂ©e. Jâai fait des trucs que je ne me pensais plus capable de faire comme monter au premier tiers du mĂąt pour dĂ©mĂȘler une drisse dans une houle Ă©norme oĂč ça tapait dur. Il faut se dĂ©passer pour faire une transat sur ces bateaux. Est ce que je serai lĂ dans 4 ans ? Dans 4 ans, dans 8 ans, dans 12 ans ! Ce nâĂ©tait peut-ĂȘtre pas ma derniĂšre rasade de rhum. Jâaime bien naviguer en solitaire. Jâai appris plein de choses encore sur cette Route du Rhum alors quâon navigue sur le bateau depuis cinq ans dessus. Par exemple, je nâai plus que la moitiĂ© des winches qui marchent, jâai donc appris Ă faire sans ! »
