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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

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© Mathieu Claveau "Prendre la mer, Agir pour la forêt"


Les premières heures de cette 12 Route du Rhum - Destination Guadeloupe sont fidèles à leur réputation avec une sempiternelle litanie de fortunes de mer inaugurales malmenant ou compromettant le bon déroulé de la grande traversée qui mobilise les marins depuis de longs mois. Pour d’autres, la course a pris ses droits d’entrée de jeu. Ce jeudi, après 24 heures de mer, c’est Keni Piperol (Cap’tain Alternance), qui goûte au plaisir d’ouvrir la marche vers la Guadeloupe sur une trajectoire proche de la route directe. Après la Manche et la mer d’Iroise s’ouvrent les portes de l’océan indiquant à tous l’heure des grands choix stratégiques…


Après 24 heures de course, le sort qu’a connu Antoine Magre (E.Leclerc Ville-La-Grand) qui s’est échoué dans la nuit au large de l’île de Batz et qui vient, cet après-midi, de déclarer officiellement son abandon est emblématique. Tout comme les collisions qu’ont connues Martin Louchart (Randstad Ausy) qui fait route vers-Saint-Malo, ainsi que Mickael Mergui (Centrakor). Ce sont autant de coups durs qui contraignent les marins à faire une escale.


En escale à Saint-Malo ou Camaret

« J'étais bien, je devais être à 30 minutes du goulet de Brest ce matin. Il y a eu une grosse vague, le bateau s’est couché et j’ai heurté une bouée sur l’étrave à bâbord. J'ai cru que j'allais littéralement monter sur la bouée et mettre le mât dedans, j'ai eu la peur de ma vie, » confiait secoué le skipper méditerranéen Mickael Mergui qui a rejoint Camaret pour examiner l’ampleur des dégâts avec son équipe. Quant à Pierre-Louis Attwell (Vogue avec un Crohn), les avaries techniques rencontrées cette nuit sont suffisamment importantes pour rejoindre aussi ce port finistérien. Et c’est sans compter avec les soucis qui se sont vite cumulés (panne de pilote, génois déchiré) pour le skipper malouin Geoffrey Maczynski (Fortisssimo), à bord de l’un des plus anciens Class40. Il est actuellement en escale à Saint-Malo. Depuis le coup d’envoi hier, déjà six concurrents connaissant leur lot de grosses difficultés qui laisseront forcément un goût d’amertume dans les sillages de ce début de course.


Face aux choix

Pour la plupart des 54 autres candidats encore en course, le scénario prend une bien meilleure tournure. Si pour l’heure, c’est plus sur le mode d’une régate au contact qu’ils ont navigué dans des conditions de vent et de mer qui se renforcent progressivement, la stratégie à plus long terme est désormais au programme du jour. Et pour cause, il s’agit de faire un choix crucial entre des trajectoires divergentes au regard d’une météo qui promet d’évoluer de manière très contrastée. Et pour cause, il s’agit de faire un choix crucial entre des trajectoires divergentes au regard d’une météo qui promet d’évoluer de manière très contrastée : la route vers l’ouest très engagée ; et une autre plus décalée au sud où il faudra bien doser pour éviter de se retrouver piéger pars des vents plus légers dans le golfe de Gascogne. Face à ce dilemme, pas étonnant qu’un écart latéral de 13 milles sépare désormais Kéni Piperol (Cap’tain Alternance), Marc Lepesqueux (CURIUM Life Forward), ou Alex Mehran (Polka Dot), d’un petit groupe progressant un peu plus bas, où pointent, entre autres, Ambrogio Beccaria (Alla Grane - Pirelli), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), Simon Koster (Banque du Leman), ou encore Luke Berry (Lamotte Module Création). C’est dire si l’échiquier reste ouvert alors que les 10 premiers se tiennent en moins de 7 milles.


Ca "répare", et ça repart

Pour Axel Trehin (Project Rescue Ocean), et Yoann Richomme (Arkéa Paprec), auteurs d’un départ précipité sanctionné par une pénalité de quatre heures qu'ils sont d'ores et déjà "réparée", la chasse aux premiers est ouverte. « Cette pénalité n’est pas quelque chose de facile à encaisser. Heureusement, j’ai pu sacrément limiter les dégâts avec un bon timing pour réparer avant Fréhel, ce qui limite la casse à une vingtaine de milles de retard sur les premiers. La note aurait pu être beaucoup plus salée que ça, » indique le tenant du titre, qui ne minimise pas le coup au moral de cette déconvenue. Mais fidèle à lui-même, c’est l’esprit tendu vers la suite qu’il progresse aujourd’hui. « Là, on est reparti, au près. C’est assez agité, venté, jusqu’à 27 nœuds au passage de Ouessant. On commence à faire route vers l’Ouest sur un très long bord qui va nous prendre 2 à 3 jours. Les perspectives des prochains jours ne sont pas très marrantes avec une météo délicate à gérer... » Après 200 milles parcourus depuis hier 14h15, la course ne fait que commencer...


Les vacation de ce jeudi 10 novembre, en fin de matinée

Jean-Pierre Balmes (Fullsave) : « l’euphorie du départ » « Ça s’est à peu près bien passé. Le départ était fabuleux, il y avait du vent, du soleil, c’était super. Après, je me suis laissé embarquer dans l’euphorie du départ (Jean-Pierre a pris un départ anticipé, ndlr). C’est dommage, c’est un problème de jeunesse, il faudra que ça me passe ! J’ai dû faire ma pénalité au niveau du Cap Fréhel avant de reprendre la route. La nuit s’est bien déroulée, j’avais une bonne vitesse. J’ai dû dormir deux heures cette nuit, je ferai une sieste dès que j’aurai passé Ouessant. En ce moment, il y a 22 nœuds de vent, une mer courte, ça tape beaucoup et ça devrait durer un peu. »


Cédric Château (SOGESTRAN -SEAFRIGO) : « hâte de me retrouver en haute mer » « Je pensais que ça allait être plus fort en émotion. Là, il a fallu rester particulièrement concentré pour éviter de casser, veiller aux casiers, aux cailloux et ne pas faire de bêtise. L’émotion de cette nuit, ça a été l’échouage du bateau d’Antoine Magre. Il était à un mille derrière, j’ai presque vécu la scène en direct… Ça pousse à être encore plus concentré. Là, en passant Ouessant au petit matin, on se dit qu’on finit la partie Finistère et qu’on est enfin en route vers la Guadeloupe. D’être dans ces zones de trafics, ça tire sur le bonhomme, on n’a pas le temps de dormir, d’autant qu’il faut toujours vérifier la mer pour éviter les collisions. Là, je vais croiser un bateau dans 7 minutes… J’ai hâte de me retrouver en haute mer : il y aura plus de créneau pour recharger les batteries et ça ne fera pas de mal ! »

  • 10 nov. 2022
  • 4 min de lecture

© Mathieu Claveau "Prendre la mer, Agir pour la forêt"


Les premières heures de cette 12 Route du Rhum - Destination Guadeloupe sont fidèles à leur réputation avec une sempiternelle litanie de fortunes de mer inaugurales malmenant ou compromettant le bon déroulé de la grande traversée qui mobilise les marins depuis de longs mois. Pour d’autres, la course a pris ses droits d’entrée de jeu. Ce jeudi, après 24 heures de mer, c’est Keni Piperol (Cap’tain Alternance), qui goûte au plaisir d’ouvrir la marche vers la Guadeloupe sur une trajectoire proche de la route directe. Après la Manche et la mer d’Iroise s’ouvrent les portes de l’océan indiquant à tous l’heure des grands choix stratégiques…


Après 24 heures de course, le sort qu’a connu Antoine Magre (E.Leclerc Ville-La-Grand) qui s’est échoué dans la nuit au large de l’île de Batz et qui vient, cet après-midi, de déclarer officiellement son abandon est emblématique. Tout comme les collisions qu’ont connues Martin Louchart (Randstad Ausy) qui fait route vers-Saint-Malo, ainsi que Mickael Mergui (Centrakor). Ce sont autant de coups durs qui contraignent les marins à faire une escale.


En escale à Saint-Malo ou Camaret

« J'étais bien, je devais être à 30 minutes du goulet de Brest ce matin. Il y a eu une grosse vague, le bateau s’est couché et j’ai heurté une bouée sur l’étrave à bâbord. J'ai cru que j'allais littéralement monter sur la bouée et mettre le mât dedans, j'ai eu la peur de ma vie, » confiait secoué le skipper méditerranéen Mickael Mergui qui a rejoint Camaret pour examiner l’ampleur des dégâts avec son équipe. Quant à Pierre-Louis Attwell (Vogue avec un Crohn), les avaries techniques rencontrées cette nuit sont suffisamment importantes pour rejoindre aussi ce port finistérien. Et c’est sans compter avec les soucis qui se sont vite cumulés (panne de pilote, génois déchiré) pour le skipper malouin Geoffrey Maczynski (Fortisssimo), à bord de l’un des plus anciens Class40. Il est actuellement en escale à Saint-Malo. Depuis le coup d’envoi hier, déjà six concurrents connaissant leur lot de grosses difficultés qui laisseront forcément un goût d’amertume dans les sillages de ce début de course.


Face aux choix

Pour la plupart des 54 autres candidats encore en course, le scénario prend une bien meilleure tournure. Si pour l’heure, c’est plus sur le mode d’une régate au contact qu’ils ont navigué dans des conditions de vent et de mer qui se renforcent progressivement, la stratégie à plus long terme est désormais au programme du jour. Et pour cause, il s’agit de faire un choix crucial entre des trajectoires divergentes au regard d’une météo qui promet d’évoluer de manière très contrastée. Et pour cause, il s’agit de faire un choix crucial entre des trajectoires divergentes au regard d’une météo qui promet d’évoluer de manière très contrastée : la route vers l’ouest très engagée ; et une autre plus décalée au sud où il faudra bien doser pour éviter de se retrouver piéger pars des vents plus légers dans le golfe de Gascogne. Face à ce dilemme, pas étonnant qu’un écart latéral de 13 milles sépare désormais Kéni Piperol (Cap’tain Alternance), Marc Lepesqueux (CURIUM Life Forward), ou Alex Mehran (Polka Dot), d’un petit groupe progressant un peu plus bas, où pointent, entre autres, Ambrogio Beccaria (Alla Grane - Pirelli), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), Simon Koster (Banque du Leman), ou encore Luke Berry (Lamotte Module Création). C’est dire si l’échiquier reste ouvert alors que les 10 premiers se tiennent en moins de 7 milles.


Ca "répare", et ça repart

Pour Axel Trehin (Project Rescue Ocean), et Yoann Richomme (Arkéa Paprec), auteurs d’un départ précipité sanctionné par une pénalité de quatre heures qu'ils sont d'ores et déjà "réparée", la chasse aux premiers est ouverte. « Cette pénalité n’est pas quelque chose de facile à encaisser. Heureusement, j’ai pu sacrément limiter les dégâts avec un bon timing pour réparer avant Fréhel, ce qui limite la casse à une vingtaine de milles de retard sur les premiers. La note aurait pu être beaucoup plus salée que ça, » indique le tenant du titre, qui ne minimise pas le coup au moral de cette déconvenue. Mais fidèle à lui-même, c’est l’esprit tendu vers la suite qu’il progresse aujourd’hui. « Là, on est reparti, au près. C’est assez agité, venté, jusqu’à 27 nœuds au passage de Ouessant. On commence à faire route vers l’Ouest sur un très long bord qui va nous prendre 2 à 3 jours. Les perspectives des prochains jours ne sont pas très marrantes avec une météo délicate à gérer... » Après 200 milles parcourus depuis hier 14h15, la course ne fait que commencer...


Les vacation de ce jeudi 10 novembre, en fin de matinée

Jean-Pierre Balmes (Fullsave) : « l’euphorie du départ » « Ça s’est à peu près bien passé. Le départ était fabuleux, il y avait du vent, du soleil, c’était super. Après, je me suis laissé embarquer dans l’euphorie du départ (Jean-Pierre a pris un départ anticipé, ndlr). C’est dommage, c’est un problème de jeunesse, il faudra que ça me passe ! J’ai dû faire ma pénalité au niveau du Cap Fréhel avant de reprendre la route. La nuit s’est bien déroulée, j’avais une bonne vitesse. J’ai dû dormir deux heures cette nuit, je ferai une sieste dès que j’aurai passé Ouessant. En ce moment, il y a 22 nœuds de vent, une mer courte, ça tape beaucoup et ça devrait durer un peu. »


Cédric Château (SOGESTRAN -SEAFRIGO) : « hâte de me retrouver en haute mer » « Je pensais que ça allait être plus fort en émotion. Là, il a fallu rester particulièrement concentré pour éviter de casser, veiller aux casiers, aux cailloux et ne pas faire de bêtise. L’émotion de cette nuit, ça a été l’échouage du bateau d’Antoine Magre. Il était à un mille derrière, j’ai presque vécu la scène en direct… Ça pousse à être encore plus concentré. Là, en passant Ouessant au petit matin, on se dit qu’on finit la partie Finistère et qu’on est enfin en route vers la Guadeloupe. D’être dans ces zones de trafics, ça tire sur le bonhomme, on n’a pas le temps de dormir, d’autant qu’il faut toujours vérifier la mer pour éviter les collisions. Là, je vais croiser un bateau dans 7 minutes… J’ai hâte de me retrouver en haute mer : il y aura plus de créneau pour recharger les batteries et ça ne fera pas de mal ! »

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