- 24 nov. 2022
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© Ambrogio Beccaria à son arrivée / Alexis Courcoux RDR 2022
Arrivée pluvieuse, arrivée heureuse ! La pluie diluvienne qui tombait sur Pointe-Pitre sur les coups de 17h, heure locale ce mercredi, journée à grains, n’a en rien dilué l’enthousiasme et la joie immense d’Ambrogio Beccaria, dont les mains portes les stigmates de son face-à-face avec l’océan. Le skipper d’Allagrande - Pirelli, qui signe une magnifique deuxième place, a toutes les raisons de se réjouir. Il est celui qui est le mieux parvenu à tenir le rythme face au tempo soutenu imprimé par Yoann Richomme. La satisfaction est à la hauteur de la performance du marin milanais qui a réussi le tour de force de mener un tout nouveau bateau 100% italien sur le podium des Class40.
Les premières impressions sur la ligne d’arrivée « C’est tellement énorme ! C’est un bel accomplissement. Je me rappelle toute la construction du bateau, c’était hyper intense tout au long de ces derniers huit mois. Pour moi, c’est d’abord une réussite collective, un truc qu’on réalise tous ensemble. Ce qui me touche le plus, c’est qu’à la différence de la Mini-Transat, c’est que je n’étais pas seul. Je n’avais pas imaginé aller si loin. On a fait une équipe. On a fait un travail de dingue. De le finaliser avec cette deuxième place, c’est comme un cadeau pour nous tous. »
La course « Et c’est incroyable, parce que quand je suis parti, je me suis rendu compte que je ne savais même pas empanner tout seul sur ce bateau. Cela faisait deux ans que je n’avais pas fait de course en solo. On a fait un bateau neuf avec un nouvel architecte et ce bateau, et c’est une fusée ! J’ai vraiment bien aimé disputer cette course. D’abord, avec les courants, c’était marrant, puis on a commencé à se faire bien défoncer à Ouessant, et puis on a enchaîné sur le large. C’est là, où j’ai commencé à avoir un peu plus de mal, notamment quand j’ai cassé la cadène de J2, mais j’ai pu réparer à l’avant. Je n’imaginais pas du tout finir à une telle place. Quand on a passé la deuxième dépression, personne n’avait envie d’y aller. La première avait déjà fait quelques dégâts, on a tous pété des choses ; moi, c’était l’aérien. Mais je pense que mon placement a été bénéfique à ce moment-là. Après, c’est la vitesse. Quand on est sorti de l’anticyclone, j’allais super vite, notamment au reaching. »
Un projet italien « La fierté est là d’avoir mené ce projet 100% italien au bout. Quand j’ai fait ça avec l’architecte et le constructeur, tout le monde m’a dit que j’étais fou, que j’étais un grand malade, que c’était une énorme prise de risque. Et au final, je pense que cette deuxième place prouve que ça valait le coup de faire le bateau qu’on voulait ; et il marche ! Le souci c’est que je n’avais plus d’aérien et que forcément je n’avais plus de repères, mais j’ai l’impression que le bateau est rapide tout le temps. Au portant, c’est un avion ! Le moment le plus rapide, c’était l’entrée dans l’anticyclone. Là, sous grand gennaker, abattu, j’ai vraiment eu l’impression de voler sur l’eau. Ensuite dans les alizés, cela s’est un peu plus compliqué. »
Le moment le plus fort « Le tour de la Guadeloupe, c’est peut-être le moment le plus fort, le plus intense. Quand tu arrives, tu as tout contre toi : la pétole, des nuages partout avec des grains toutes les quinze secondes… C’est quand même comme une grosse blague ! On est presque arrivé, et là tu te fais déglinguer par les grains. Et je ne savais pas que Corentin (Douguet), avait une pénalité (en raison d’un plomb moteur, ndlr) et quand il est revenu à 0,5 mille, je me suis dit oulala, c’est reparti ! Sur cette course, tout se passe dans la tête. Et là autour de la Guadeloupe, je suis resté tout le temps au taquet, prêt pour un nouveau grain. Cette course est très dure. Mais je suis parti, en me disant qu’il fallait tout faire pour essayer de la gagner ! »
