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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

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Pour le skipper engagé sur une course majeure telle que la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, comme pour le risk manager chargé d’identifier et de gérer les risques d’une organisation, la performance ne repose pas uniquement sur la maîtrise technique ou l'expérience mais aussi sur la gestion du stress et la préservation de son équilibre. Julien Paccaud, qui accompagne depuis quinze ans des équipes professionnelles à mieux performer en faisant le pont entre le sport de haut niveau et l’entreprise, nous éclaire sur le sujet. 


Pouvez-vous présenter votre rôle de formateur auprès des risk managers ? 

En tant qu'ostéopathe de formation et ancien champion de France de ski nautique nu-pieds, j’ai développé une approche de la gestion de la performance inspirée du sport de haut niveau. Aujourd’hui, j'accompagne des collaborateurs en entreprise en démontrant les similitudes entre leur activité et la gestion d’une carrière d’un athlète. Un sportif de haut niveau ne passe que peu de temps en compétition : l’essentiel est consacré à la préparation et à la récupération, indispensables pour performer durablement. En entreprise, c’est souvent l’inverse : les collaborateurs restent en permanence en mode performance, au détriment de la préparation, de la récupération et, à terme, de leur efficacité. 


Existe-t-il des similitudes entre la charge mentale d'un skipper engagé sur une course majeure et celle d'un risk manager ?

Oui, on retrouve pour points communs l’anticipation, la projection et la modélisation. Chacun doit compiler des informations et les gérer dans l’urgence pour définir une stratégie; soit de trajectoire, soit d’une politique d’entreprise. Par ailleurs, chacun est seul face aux décisions qu’il doit prendre et doit gérer le poids de la responsabilité. En effet, même si le skipper a toute une équipe logistique derrière lui, c’est lui qui prend la décision finale de sa trajectoire. Quant au risk manager, qui travaille au sein d’un collectif, c’est à lui que revient la responsabilité d’exposer son dossier à la direction. 


Quelles sont les conséquences du stress sur la capacité de décision ?

Jusqu’à un certain niveau, le stress peut être un stimulant sur des prises de décision à court terme. Mais si le stress est trop fort, nous n’avons pas accès à tout notre cortex neurologique pour prendre des décisions à long terme. Il faut donc prendre du recul et garder son sang froid pour accéder au cortex pariéto-frontal qui est la bibliothèque des émotions et nous permet de nous projeter dans le temps et de construire une stratégie. 


Risk manager et skipper : deux métiers face à l'incertitude. Julien Paccaud explique comment la préparation sportive aide à gérer le stress en entreprise.
©Arnaud Pilpré / Briefing skipper

“Il faut apprendre à naviguer à travers l’inconnu et l’inconfort”


Les skippers apprennent à accepter qu'une part de l'environnement leur échappe. Cette approche peut-elle inspirer les risk managers ?

Oui, complètement ! Je pense qu’au début, un risk manager veut tout couvrir, tout prévoir et convaincre à 100 %, mais avec la maturité, il devra apprendre à lâcher prise un peu plus. C’est une qualité de pouvoir se dire qu’on n’a pas la main sur tout et que les éléments naturels sont plus forts que nous. Il faut apprendre à naviguer à travers l’inconnu et l’inconfort. Lors de mes séances, je fais d’ailleurs marcher les participants sur des clous pour les sortir de leur zone de confiance et leur apprendre à observer l'inconfort physique, leurs peurs, leurs angoisses ou leur résistance et à lâcher prise pour passer cette épreuve. 


Dans la course au large, la préparation représente une grande partie de la performance finale. Est-ce également vrai pour les risk managers?

Lors de ses entraînements, le skipper s’exerce en effet sur des scénarios pour acquérir des réflexes, mettre en place des protocoles et préparer des check-lists qui lui serviront en cas d’incidents, ce qui lui permet de prendre le départ en étant serein. C’est pareil pour le risk manager, il ne doit pas attendre d’être dans une période de stress pour mettre en place une stratégie de prévention, il doit se préparer à travers des routines régulières.


“Il faut faire des pauses pour se recentrer”


Quels rituels ou méthodes lui recommandez-vous pour se préparer aux périodes de forte tension ?

Il doit être capable de mobiliser toutes ses forces et son attention quand il en a besoin et savoir sortir de cet état d’hypervigilance, un état qui produit adrénaline et cortisol et empêche de dormir. Pour cela, il faut savoir activer le système neurologique sympathique (celui qui accélère le rythme cardiaque et stimule le métabolisme) et le système neurologique parasympathique (celui qui ralentit le rythme cardiaque, favorise la récupération, la régénération, la digestion et le repos) et de passer de l’un à l’autre. Pour activer ce dernier, il est primordial de prendre de la distance à travers des exercices de respiration, de s’offrir des parenthèses et de faire des activités annexes pour récupérer. Beaucoup de gens sont dans la culpabilité de ces moments de restauration, or, pour performer, il faut faire des pauses afin d’être prêt le moment venu. Le risk manager a également tout intérêt à travailler sur sa curiosité au quotidien et d’élargir sa zone de confiance en essayant de nouvelles choses et en se laissant surprendre afin d’accroître ses capacités d'adaptation et d’acceptation de l’inconfort et de l’inconnu. Enfin, il est impératif de cultiver un état d’esprit positif au quotidien et d’avoir confiance en soi, car il n'y a pas de

place au doute quand on est dans la performance.  


Risk manager et skipper : deux métiers face à l'incertitude. Julien Paccaud explique comment la préparation sportive aide à gérer le stress en entreprise.
©Alexis Courcoux / Préparation à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2022

Quels sont vos conseils pour préserver son énergie sur le long terme ? 

Pour être performant, créatif et trouver des solutions à un problème donné, le cerveau et les muscles ont besoin de tous les carburants nécessaires à leur bon fonctionnement, à savoir l'hydratation, l’oxygène, le sucre et le couple mouvement/sommeil. Si l’on ne répond pas à ces besoins physiologiques, le cerveau ne peut pas fonctionner normalement et sereinement. Cela peut passer pendant quelques semaines ou mois, mais à un moment, arrivera une crise énergétique et un burn-out car la fatigue est devenue trop intense. 


Quels enseignements du monde sportif de haut niveau pourraient être transposés au monde de l'entreprise ?

Je pense à la résilience, qui est cette capacité à oublier ce qui vient de se passer pour se concentrer sur le présent. Si le risk manager a encore la moitié de son cerveau dans le dossier qu’il n’a pas su finir à temps ou s’il rumine un mauvais rapport avec son manager, il ne pourra pas être performant. Les sportifs de haut niveau ont une haute maîtrise de la résilience et je pense que le monde de l’entreprise peut s’en inspirer.


Article présenté par AMRAE

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Pour le skipper engagé sur une course majeure telle que la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, comme pour le risk manager chargé d’identifier et de gérer les risques d’une organisation, la performance ne repose pas uniquement sur la maîtrise technique ou l'expérience mais aussi sur la gestion du stress et la préservation de son équilibre. Julien Paccaud, qui accompagne depuis quinze ans des équipes professionnelles à mieux performer en faisant le pont entre le sport de haut niveau et l’entreprise, nous éclaire sur le sujet. 


Pouvez-vous présenter votre rôle de formateur auprès des risk managers ? 

En tant qu'ostéopathe de formation et ancien champion de France de ski nautique nu-pieds, j’ai développé une approche de la gestion de la performance inspirée du sport de haut niveau. Aujourd’hui, j'accompagne des collaborateurs en entreprise en démontrant les similitudes entre leur activité et la gestion d’une carrière d’un athlète. Un sportif de haut niveau ne passe que peu de temps en compétition : l’essentiel est consacré à la préparation et à la récupération, indispensables pour performer durablement. En entreprise, c’est souvent l’inverse : les collaborateurs restent en permanence en mode performance, au détriment de la préparation, de la récupération et, à terme, de leur efficacité. 


Existe-t-il des similitudes entre la charge mentale d'un skipper engagé sur une course majeure et celle d'un risk manager ?

Oui, on retrouve pour points communs l’anticipation, la projection et la modélisation. Chacun doit compiler des informations et les gérer dans l’urgence pour définir une stratégie; soit de trajectoire, soit d’une politique d’entreprise. Par ailleurs, chacun est seul face aux décisions qu’il doit prendre et doit gérer le poids de la responsabilité. En effet, même si le skipper a toute une équipe logistique derrière lui, c’est lui qui prend la décision finale de sa trajectoire. Quant au risk manager, qui travaille au sein d’un collectif, c’est à lui que revient la responsabilité d’exposer son dossier à la direction. 


Quelles sont les conséquences du stress sur la capacité de décision ?

Jusqu’à un certain niveau, le stress peut être un stimulant sur des prises de décision à court terme. Mais si le stress est trop fort, nous n’avons pas accès à tout notre cortex neurologique pour prendre des décisions à long terme. Il faut donc prendre du recul et garder son sang froid pour accéder au cortex pariéto-frontal qui est la bibliothèque des émotions et nous permet de nous projeter dans le temps et de construire une stratégie. 


Risk manager et skipper : deux métiers face à l'incertitude. Julien Paccaud explique comment la préparation sportive aide à gérer le stress en entreprise.
©Arnaud Pilpré / Briefing skipper

“Il faut apprendre à naviguer à travers l’inconnu et l’inconfort”


Les skippers apprennent à accepter qu'une part de l'environnement leur échappe. Cette approche peut-elle inspirer les risk managers ?

Oui, complètement ! Je pense qu’au début, un risk manager veut tout couvrir, tout prévoir et convaincre à 100 %, mais avec la maturité, il devra apprendre à lâcher prise un peu plus. C’est une qualité de pouvoir se dire qu’on n’a pas la main sur tout et que les éléments naturels sont plus forts que nous. Il faut apprendre à naviguer à travers l’inconnu et l’inconfort. Lors de mes séances, je fais d’ailleurs marcher les participants sur des clous pour les sortir de leur zone de confiance et leur apprendre à observer l'inconfort physique, leurs peurs, leurs angoisses ou leur résistance et à lâcher prise pour passer cette épreuve. 


Dans la course au large, la préparation représente une grande partie de la performance finale. Est-ce également vrai pour les risk managers?

Lors de ses entraînements, le skipper s’exerce en effet sur des scénarios pour acquérir des réflexes, mettre en place des protocoles et préparer des check-lists qui lui serviront en cas d’incidents, ce qui lui permet de prendre le départ en étant serein. C’est pareil pour le risk manager, il ne doit pas attendre d’être dans une période de stress pour mettre en place une stratégie de prévention, il doit se préparer à travers des routines régulières.


“Il faut faire des pauses pour se recentrer”


Quels rituels ou méthodes lui recommandez-vous pour se préparer aux périodes de forte tension ?

Il doit être capable de mobiliser toutes ses forces et son attention quand il en a besoin et savoir sortir de cet état d’hypervigilance, un état qui produit adrénaline et cortisol et empêche de dormir. Pour cela, il faut savoir activer le système neurologique sympathique (celui qui accélère le rythme cardiaque et stimule le métabolisme) et le système neurologique parasympathique (celui qui ralentit le rythme cardiaque, favorise la récupération, la régénération, la digestion et le repos) et de passer de l’un à l’autre. Pour activer ce dernier, il est primordial de prendre de la distance à travers des exercices de respiration, de s’offrir des parenthèses et de faire des activités annexes pour récupérer. Beaucoup de gens sont dans la culpabilité de ces moments de restauration, or, pour performer, il faut faire des pauses afin d’être prêt le moment venu. Le risk manager a également tout intérêt à travailler sur sa curiosité au quotidien et d’élargir sa zone de confiance en essayant de nouvelles choses et en se laissant surprendre afin d’accroître ses capacités d'adaptation et d’acceptation de l’inconfort et de l’inconnu. Enfin, il est impératif de cultiver un état d’esprit positif au quotidien et d’avoir confiance en soi, car il n'y a pas de

place au doute quand on est dans la performance.  


Risk manager et skipper : deux métiers face à l'incertitude. Julien Paccaud explique comment la préparation sportive aide à gérer le stress en entreprise.
©Alexis Courcoux / Préparation à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2022

Quels sont vos conseils pour préserver son énergie sur le long terme ? 

Pour être performant, créatif et trouver des solutions à un problème donné, le cerveau et les muscles ont besoin de tous les carburants nécessaires à leur bon fonctionnement, à savoir l'hydratation, l’oxygène, le sucre et le couple mouvement/sommeil. Si l’on ne répond pas à ces besoins physiologiques, le cerveau ne peut pas fonctionner normalement et sereinement. Cela peut passer pendant quelques semaines ou mois, mais à un moment, arrivera une crise énergétique et un burn-out car la fatigue est devenue trop intense. 


Quels enseignements du monde sportif de haut niveau pourraient être transposés au monde de l'entreprise ?

Je pense à la résilience, qui est cette capacité à oublier ce qui vient de se passer pour se concentrer sur le présent. Si le risk manager a encore la moitié de son cerveau dans le dossier qu’il n’a pas su finir à temps ou s’il rumine un mauvais rapport avec son manager, il ne pourra pas être performant. Les sportifs de haut niveau ont une haute maîtrise de la résilience et je pense que le monde de l’entreprise peut s’en inspirer.


Article présenté par AMRAE

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