- 19 nov. 2022
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© Gilles BUEKENHOUT / Jess
Fortunes diverses sur les Rhum Multi ce matin, Roland Jourdain (We explore) se réjouit de former un couple heureux avec son bateau, il y a là de l’amour et de la complicité ! Gilles Buekenhout (Jess) est ravi d’être calé sur la route alors qu’Halvard Mabire (GDD) pestait de “n’avancer ni du cul ni de la tête…”
Roland Jourdain (We Explore), reçu le 18 au soir “Un petit couple heureux qui apprécie la glisse après les montagnes russes de la première partie. We Explore a été top et je suis très fier de lui, en y associant toutes celles et ceux qui ont travaillé à sa préparation. En fond, vous pouvez apprécier ce spi rouge qui m’a accompagné sur le Vendée Globe…2008 ! C’est notre plus beau cadeau : être dans le match avec des idées neuves et du vieux matériel ! Les prochains jours vont voir nos camarades réduire l’écart, le vent revenant de l’arrière. Mais quel que soit le résultat, nous avons déjà gagné une belle partie ! Bizz”.
Gilles Buekenhout (Jess), reçu le 18 au soir : “Hello. Me voilà calé, direction la Guadeloupe. Encore 1720 milles sur quasi qu'un seul bord ! Ici il fait bon. J'ai été accompagné par un trio de jolis oiseaux avec une très fine et longue queue blanche, qui poussaient des cris comme s'ils voulaient dire quelque chose ? Je commence à sortir de mode survie-résistance comme disait Halvard (casque lourd), en mode glisse " facile ". J'ai pu faire sécher quelques histoires mais tout contient du sel donc ça reste poisseux. »
Halvard Mabire (GDD) : "Bonjour. Depuis hier soir je suis avec GDD à ce que l'on appelle une allure bâtarde. A un certain angle et à une certaine force de vent, impossible de faire avancer le bateau correctement, comme il devrait marcher "théoriquement" dans ces conditions. Avec une mer agitée, cela n'arrange rien en plus. C'est très frustrant, car on sent bien que le bateau n'est pas à l'aise et c'est encore plus frustrant lorsque l'on reçoit le "bulletin scolaire", c'est à dire les positions qui tombent régulièrement et qui ne font qu'en rajouter à la frustration du bord quand on constate que l'on n'a vraiment l'impression d'avancer ni du cul ni de la tête, mais qu'en plus ce n'est pas qu'une impression. Rien à faire. On a beau essayer différents réglages, voir même diverses combinaisons des voiles que l'on a à bord. Rien n'y fait, l'éternel et trop facile commentaire "peut mieux faire" est bien inscrit en bas du bulletin. Sans compter que chaque manœuvre se fait en plus au prix d'efforts exténuant, et que pendant que l'on change de voile cela ralentit le bateau considérablement, histoire d'en rajouter une couche aux milles que l'on perd inexorablement sur ses camarades de jeu. En somme, on se donne un mal de chien pour des clous. Cette situation arrive sur tous les bateaux à un moment donné. Notamment parce qu'il nous manque "la voile qui va bien" dans ces conditions précises. Mais il est impossible qu'il n'y ait pas, à un moment donné, un "trou dans la garde robe", car s'il fallait vraiment embarquer une voile pour chaque condition spécifique, il y aurait vite trop de voiles à bord. D'ailleurs pour éviter cette course à l'armement sans fin beaucoup de Classes, comme la Class40 ou l'Imoca, limitent le nombre de voiles à bord. Donc il faut faire des choix... et ensuite les assumer. La garde-robe avec laquelle on peut tout faire sans jamais être à un moment ou à un autre "dans le besoin" n'existe tout bonnement pas. Donc on essaye d'imaginer les conditions que l'on va avoir pendant telle course pour concevoir sa garde-robe. On ne va pas aller faire des courses en Méditerranée avec que des voiles de tempête, et si vous partez au Vendée Globe sans voile de portant dans la brise vous vous rendrez vite compte que vous vous êtes planté quelque part. Sur GDD nous ne pouvons envoyer aucune voile "plate" en tête de mât. Une voile dite "plate", c'est une voile type foc pour fonctionner à toutes les allures sauf au portant. Comme l'allure à laquelle nous nous trouvons actuellement n'est pas banale sur un parcours Route du Rhum, il n'y a pas de regret à ne pas trimballer pendant toute la course une voile qui au mieux ne servira que quelques heures. C'est juste un mauvais moment à passer quand justement la voile que l'on a décidé de ne pas prendre pourrait éventuellement aider à mieux surmonter ce passage à vide. Donc, pour l'instant, c'est peut être la raison pour laquelle nous avons un peu de mal par rapport à nos concurrents directs. Mais c'est pas grave, cette allure "bâtarde" ne durera de toute façon, pas aussi longtemps que les impôts. A bientôt."
Catherine Chabaud (Formatives ESI Business School Pour Ocean As Common) : « Mot de la nuit qui s’achève. Ce n’est plus le Cigare Rouge mais la Fusée Rouge ! Toute la nuit, le bateau a glissé dans 25 nœuds de vent bâbord amure, gennaker, grand-voile un ris, fonçant dans une mer noire, ciel couvert, sans lune, réalisant des pointes à 18 nœuds. "Tu vas voir, le bateau est sur des rails, un peu ballasté, il va tout droit", m'a rassurée Jean-Marie, qui depuis le début m'encourage, me soutient, me fait partager son expérience d'il y a quatre ans sur le bateau. Accompagnée par Éric Mas (co-fondateur de Météo Consult) qui me route, j'ai l'impression que l'air de rien, nous traçons une belle longue route avec ce bateau formidable. Voilà pour l'actualité. Jusqu'à présent, j'ai bien du mal à trouver le temps, l'énergie, l'envie même d'écrire ce que je vis. Concentrée sur les gestes à accomplir depuis le début pour tenter de conduire mon bateau en bon marin, des gestes lents, méthodiques, rampants, qui me donnent toujours la satisfaction du devoir accompli quand la manœuvre est terminée. Mais des gestes que j'appréhende parce que mon vrai défi sportif sur cette Route du Rhum est physique. Alors, quand j'ai fini les manœuvres, réparation, météo, point sur les concurrents, alimentation, je vais m'allonger sur la banquette couchette au vent, contre la planche qui me cale, et tente de récupérer. Dans ces journées qui s'étirent sur l'Atlantique (et dont je vous partage ci-dessous quelques thèmes), je vis la course en séquences, en missions pourrais-je dire, et je reconnais étrangement ne pas ressentir le besoin de partager la relation de mes soucis techniques, ni même ces moments de bonheur intense quoique fugaces, d'harmonie avec le bateau et avec le cosmos et qui me font comprendre le sens de mon engagement dans cette course, moi qui veut sauver la planète Océan. Ce qui est important dans cette affaire c'est le chemin, cette expérience de vie qui m'a nourrie autrefois et que je voulais renouveler. La quête plus encore que l'objectif. Physique Je le savais en particulier depuis la Drheam Cup, mon défi sur le Rhum serait de composer avec un physique d'une sédentaire bientôt sexagénaire plus occupée à naviguer entre Angers, Bruxelles et Strasbourg qu'à faire ses gammes en baie de Quiberon ! Je n'ai cessé avant le départ du Rhum de travailler au renforcement musculaire autour de mon genou droit, que je savais être mon talon d’Achille. Plusieurs infiltrations ont été nécessaires pour que je remise ce problème et je bénis la paire de genouillères achetées la veille du départ, car c'est avec les genoux que je me cale quoique je fasse à bord. Mais à vrai dire, tout mon corps est douloureux à commencer par ma main gauche qui a doublé de volume dès les premiers jours, mes épaules, mon dos (je suis partie avec une panoplie d'atèles que j'avais déjà sur mes tours du monde) ... Je fais avec, mais du coup, je manque d'assurance dans mes déplacements sur le pont ; dans les conditions de mer rencontrées dans les fronts, je suis parfois rentrée sur les fesses ou à quatre pattes de la plage avant. Chaque manœuvré demande de s'équiper, ciré salopette et veste, gilet de sauvetage, longe pour s'attacher, gants de manœuvres, tous enfilés parfois encore trempés de la dernière manœuvre... mais la manœuvre n'attend pas.
Changement climatique J'ai bien aimé le mot d'Halvard il y a quelques jours sur l'instabilité du vent et l'évolution de la météo ces dernières années. C'est aussi ce que je constate, mais je n'ai plus la pratique des phénomènes comme Halvard a pu l'avoir sans discontinuer. Cela corrobore ce que disent les scientifiques, accroissement des phénomènes météorologiques en fréquence et en intensité. Je suis sure que sur le plan d'eau, nous constatons les conséquences du réchauffement de l'océan avec beaucoup d'instabilité et apparition de phénomènes locaux pas toujours décelés par les modèles mathématiques. Confère l'ouragan en Corse l'été dernier.
Moments magiques Sortie du second front, il pleut, j'empanne derrière le front car sous tourmentin je ne parviens pas à virer, je renvoie la trinquette, manœuvre dans la nuit noire, frontale sur le front tête baissée, je termine mes rangements de bouts dans le cockpit et me redresse et là au-dessus de ma tête une percée du rideau de nuages et le ciel entièrement étoilé, magique, oh que c'était beau et bon à cet instant comme si je retrouvais ma place dans le cosmos ! Les moments magiques sont aussi ceux où l'on crie victoire d'avoir réussi à réparer (l'étanchéité de mon capot avant par exemple) ou fini une manœuvre qui prenait du temps. Belle journée à vous. Catherine à bord de Formatives ESI Business School pour Ocean as Common. »
