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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

Charlie Capelle - Acapella ©Antoine Dujoncquoy


Les bateaux de la catégorie Rhum, pour la grande majorité d’entre eux, ont enfin atteint des latitudes moins hostiles et retrouvé des conditions plus clémentes, voici leurs mots de la nuit…


Charlie Capelle - Acapella


"Enfin du soleil !""Il fait beau, un petit vent de 10/12 nœuds qui me permet de sortir tout le linge… à la fois le Code Zéro (la plus grande voile d'avant) et la totalité de ma Grand-Voile, pour naviguer toujours au près, mais très légèrement ouvert et dans une mer correcte contrairement aux dernières 48 heures. Mais aussi de sortir la totalité de mes effets personnels pour enfin les faire sécher !


Je laisse derrière moi une belle trace qui doit me mener selon Christian Dumard, mon routeur, au large de l'île de Madère puis en direction de l'archipel des Canaries pour toucher les Alizés au plus tôt.


Malgré les conditions difficiles et très inconfortables jusqu'à présent pour Acapella - La Chaîne de l'Espoir, je prends malgré tout beaucoup de plaisir à participer à cette Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2022. Nos choix de routes m’ont permis de ne pas tirer sur le bateau et de le préserver. La route est encore longue avant d'atteindre les Antilles, et je ne me suis pas mis la moindre pression concernant mes petits camarades de jeu. Je n'ai pas vraiment fait attention à leurs parcours, donc je suis content d’apprendre que Charles a gagné. Bravo à lui et à toute son équipe. On se reparle dans quelques jours."


Wilfrid Clerton (Cap au cap Location) Bonsoir tout le monde, j'espère que vous avez regardé un bon film dans votre canapé au coin de la cheminée. Moi ça va, ce soir on a mangé une soupe de vermicelle, "trop bon" comme dirait Lola, la fille de Wilfrid. Ce soir, Wilfrid a eu très peur ! Il me dit qu'il sort pour lâcher un ris et comme d'habitude, il met son ciré, ses bottes et son gilet avec les deux longes. Il prend également ces deux balises personnelles, d'ailleurs je crois que j'ai oublié les miennes à la maison ! Comme à chaque sortie de Wilfrid en extérieur, je contrôle toujours s'il est bien attaché mon copain. Ouf il l'est bien. J'ai une totale confiance en lui, car depuis quelques mois il enseigne la navigation au lycée maritime et aquacole de La Rochelle auprès des élèves qui passent les modules voiles pour avoir le capitaine 200, et il y a le module sécurité. Donc Wilfrid était en train de hisser la grand voile lorsqu'il m'a dit : "Popy je vais à l'avant ranger un bout". Ok pas de problème, fait attention il y a encore des grosses vagues qui viennent recouvrir le pont de Kriter. Quelques minutes se passent lorsque soudain je vois mon Wilfrid revenir dans le bateau en colère et tout blanc de peur!!! Que se passe t il ? dit Popy Wilfrid me raconte que la ligne de vie toute neuve sur laquelle il était attaché, était coupée en deux!!! Je comprends sa frayeur. Wilfrid se croyait en toute sécurité. Du coup, j'ai demandé à Wilfrid de changer ces lignes de vie contre de la drisse très solide car je suis allé dans la caisse à bout, et il y a . Moi Popy, je n'ai pas envie de perdre mon Wilfrid, on est parti à deux faire cette course en solitaire, on revient ensemble tous les deux. De ce fait, j'ai envoyé moi même avec l'accord de Wilfrid, un mail à la direction de course pour expliquer ce qui venait d'arriver et que si les autres skippers pouvaient contrôler leurs lignes de vie, cela serait top. Je viens de recevoir un mail de la DC qui a fait le nécessaire. Ouf me voilà rassuré. Il ne faut pas hésiter à dire les choses si cela peut aider les copains et surtout éviter des accidents. Donc maintenant Wilfrid écoute de la musique tranquillement pour se détendre. Il attend une bascule de vent dans la nuit et il faudra que je le réveille pour envoyer encore plus de voile. Donc je suis de quart une bonne partie de la nuit à écouter les ronflements de Wilfrid. Je vais faire le quart, mais avec la boîte de bonbons à côté de moi, ce n'est pas bon pour Wilfrid. Bonne nuit les amis POPY


Arnaud Pennarun (Viabilis - Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré), reçu le 16 novembre à 18h58 : « Jeudi dernier, j’ai donc effectué ma réparation au large d’Ouessant pour mon départ anticipé. Puis, le mauvais temps s’est installé et je suis dedans depuis : du travers et surtout du près, entre 20 et 35 nœuds avec un pic entre dimanche soir et mardi où il ne manquait qu’un albatros dans le décor pour se croire aux Kerguelen. Le pont est balayé par les vagues et les embruns en permanence, mais j'arrive à sécher mes vêtements lorsque je lance le moteur pour charger les batteries. Les panneaux solaires ne chargent pas. Il est difficile de les faire tenir sur le pont et le temps est trop couvert. J’ai passé la nuit de lundi à mardi à manœuvrer dans les grains. Les manœuvres de ris sur la grand-voile et la misaine sont un rituel qui rythme le bord.


Je suis, je l’espère, dans le dernier front aujourd’hui sous 30 nœuds et mer 4, au près. Je suis depuis deux jours sous voilure réduite : deux ris grand-voile seule et trinquette lourde pour passer dans la mer formée. Et du coup, je me traîne un peu. Mais Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré passe bien dans cette mer sans taper. Les Açores, c’est pour demain. L’anticyclone commence à s’installer Il semble donc que je passe par le sud des îles.


Problème à la tombée de la nuit hier soir : alors que j’affalais la misaine pour passer la nuit sous trinquette lourde et grand-voile à deux ris, le mousqueton de drisse s'est décroché seul de la têtière. Il est bloqué en tête de mât et la balancine avait déjà suivi la même route lundi... Il semble que les deux manilles neuves Wichard aient un défaut. Elles s’ouvrent lorsqu'elles ne sont pas en charge et que la drisse se met à battre… Il va donc falloir monter en tête de mât. Le temps est trop mauvais aujourd’hui pour le faire. J’essaierai dès que le temps le permettra.


J’ai mon rythme à bord : petits entretiens, calculs météo, réglages, cuisine midi et soir, charge des batteries, dodo et douche d’eau de mer à 15 degrés tous les deux jours suivie d’un thé vert japonais Genmaicha bien chaud pour apprécier. Vivement une mer plus calme afin d’affiner le réglage des voiles et faire performer Pen Duick III, ce qui est compliqué depuis le départ sous voiles de gros temps...Pen Duick III va bien, nous nous complétons ».


Halvard Mabire (GDD), reçu le 16 novembre à 23h59 “Bonjour. Il semblerait que petit à petit, GDD se sorte du "temps de saison" automnal de l'Atlantique Nord pour aborder la vaste zone anticyclonique qui, pour une fois, est à peu près à sa place. (Au milieu de l'Océan, on n'est pas à 2000 bornes près pour dire qu'un truc est à sa place ou pas). Après tout, si cet anticyclone qui habite "théoriquement" vers le milieu de l'Atlantique est communément appelé "Anticyclone des Açores" il y a peut-être une raison plus ou moins logique à ça.


Donc changement de décor en perspective à bord de GDD, et franchement, ça va faire du bien au bateau et au bonhomme. Au bonhomme car je vais pouvoir enfin essayer de me laver. Ce n'est pas que l'on se "salisse" en mer, car la nature c'est toujours propre, comme la bonne terre. C’est la ville, la foule et l'activité humaine en général qui génère "la crasse". Mais par le fait d'être obligé de rester constamment en ciré, on finit par être sacrément mouillé de l'intérieur car chaque manœuvre amène sa dose de suée. Aussi, avec l'atmosphère saline, tout est poisseux. Intérieur comme extérieur. Les embruns s'infiltrent sournoisement partout et on en remet une couche chaque fois qu'on rentre à l'intérieur avec le ciré dégoulinant.


Pour le bateau, on va enfin pouvoir ranger et nettoyer quand ce sera possible, c'est à dire quand on ne sera pas en train de manoeuvrer ou de faire la navigation et la météo (pas de "routeur" pour GDD), ou à la veille sur le pont avec la main sur les écoutes quand on navigue sur les poignées de portières.


Après une semaine de course, le terrien n'imagine pas bien comment est l'intérieur du bateau. Déjà, pas mal de trucs ont volé dans les soubresauts et ont atterri dans les endroits les plus variés et inattendus. L'embêtant, c'est que souvent les objets ne volent pas seuls. Une tasse de thé se renverse plus souvent quand elle est pleine, un peu comme une tartine de confiture tombe toujours par terre du mauvais côté, allez savoir pourquoi.


Heureusement que personne n'a chaviré à côté de moi car j'aurais eu un peu honte d'avoir à recevoir un invité avec le ménage pas fait. Par contre je suis sûr que Brieuc (Maisonneuve, CMA Île-de-France - 60 000 Rebonds) a dû être surpris, car JP (Jean-Pierre Dick, Notre Méditerranée - Ville de Nice) a toujours eu des bateaux nickel et j'imagine qu'en mer, ce doit être pareil. Je ne pense quand même pas que JP ait demandé à Brieuc de mettre des patins avant de monter à bord et de rentrer à l'intérieur. Miranda aurait été capable de le faire, elle, tant elle est soigneuse avec ses bateaux!


Donc, dès qu'il y aura une accalmie, le programme est fait. Sur le bateau par contre, pas trop de bricoles à prévoir. Tout a bien résisté et aucun souci. Juste un peu de maintenance usuelle et s'il fait très beau et si j'ai rien d'autre à faire, je passerais même un petit coup sur les carreaux car c'est dommage d'avoir un salon avec vue sur la Mer et que ce soit gâché par le sel sur les vitres. Évidemment, ce sera un plaisir qui ne durera pas car aux premières vagues, ce sera à refaire.


Bref, j'aurais le temps de méditer sur le fait que les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse. Et puis c'est une question de principe, qui veut aller loin prend soin de sa monture. Je crois que le vrai proverbe c'est ménage sa monture, mais nous, nos bateaux nous ne les ménageons pas du tout. C'est pour ça que l'on apprécie que ce soit construit costaud.


Mais attention, ne rêvez pas, je pense qu'arrivé en Guadeloupe, il y a aura un vrai gros ménage et rinçage à faire. Tout au plus j'essayerais de faire "un ménage de mec", genre mettre la poussière sous le tapis pour histoire que ça me dérange moins à l'oeil. Ce qui est ballot c'est qu'il n'y a pas de tapis.


Mais en fait, je ne vois pas pourquoi je vous raconte ça, car c'est même pas anecdotique. Mais je n'avais pas l'inspiration. Je vous rassure sur mes priorités : je ne fais quand même pas la Route du Rhum pour passer la peau de chamois! A bientôt.”


Guy Pronier (TERRANIMO) “Bonsoir les terriens. C’est marrant votre truc, un peu comme les émissions de radio le soir, où on explique ses états d’âme et aux de pensée, quand on ne dort pas ou qu’il faut veiller. C’est ce dernier cas pour moi maintenant. Alerte collision, AIS qui sonne : un cargo à croiser alors on se réveille avec une tasse de thé au lait. Bon, ce n’est pas pour ce coup-ci, ça passe large. Impressionnant, l’électronique capable à la seconde près de vous dire l’heure et la minute exacte de l’éventuelle collision ou la distance de croisement si c’est le cas. En attendant, on veille jusqu'au croisement. On ne sait jamais. C'est agréable une tasse de thé chaud la nuit, comme ça. En général , j'appelle le cargo pour m'assurer que c'est ok pour eux avec une discussion avec l'officier de quart, où ils vont, d'où ils viennent, etc. Un souvenir de ma jeunesse où gamin, j’appelais par VHF les cargos que l’on croisait lorsque j’étais de quart avec mon père. Une nuit, en Méditerranée, ça a même été un sous-marin. On a fini invités par le commandant à déjeuner le dimanche d’après à Propriano dans le carré du sous-marin ! Vous imaginez pour un gamin de sept ans? J’étais fier comme un Artaban!


Je vous avais laissé à la sortie de la Manche, un peu cueilli à froid. Depuis, presque 1000 milles sont passés. 90% de vent dans le nez avec des fronts à passer. Vous savez ce truc où on vous dit : tu rentres dedans façon sanglier. Tu en prends plein la gueule, puis, d’un seul coup, presque à la minute prévue par Dieu : AROME, GFS ou ICON EU, ARPEGE (et oui , il y a aussi plusieurs dieux dans ce domaine), tu rentres dans un nuage de pluie et d'un seul coup la pluie s'arrête, le vent tombe, tourne, et tu peux faire route vers ton objectif de façon plus cool (fini le sanglier).


Ca, c'est pour les courageux, car la période sanglier, ce n’est pas drôle et ça fait mal au bateau. Moi, ça a été plutôt l'esquive : descendre sous les fronts rencontrés en plongeant plus sud que la route pour trouver moins de vent et de mer. Je n'étais pas prêt psychologiquement à devenir un sanglier ... L'esquive m'a emmené en Espagne, 100 miles au large du cap Finisterre plus sud que mes confrères, sur la route sud dite des alizés (tu vises Madère et après, tu tournes à droite).


Au bout de 48/72h, la liste des tracas a commencé à s'allonger : les réserves d'eau se sont vidées, la grand-voile a commencé à se délaminer, et les liaisons satellites se sont coupées. Le moral a commencé à baisser et un arrêt technique à La Corogne envisagé sans baisser les bras. Les sujets ont été pris un à un, évalués et classifiés avec si possible une solution au bout, le tout avec l'équipe à terre. Puis, finalement, le moral remonte en regardant la liste factuelle , le verre d'eau à moitié vide devient à moitié plein. C'est con de s'arrêter, surtout au moment où je commence à prendre mon rythme et m'amarine dans mon décor penché. Alors d’abattu, on passe en mode guerrier, on vire et on repart vers la Guadeloupe. Plus d’arrêt technique. Il me reste 70 litres d’eau à boire, soit 30 jours, ça devrait le faire. Pour le reste, il y a les lingettes et l'eau de mer … Pour le reste des soucis, on trouve des solutions ou comment s'en passer, mais je vais finir en ressemblant à un sanglier à l'arrivée.


Deux fronts traversés le long des côtes espagnoles ce coup là : l'esquiveur est devenu sanglier et me voila ce jeudi en route directe à 8.5 nœuds vers Madère. Changement de météo déjà : il y a du soleil et puis du vent quasi dans la bonne direction pour glisser vite, une mer plus chaude et surtout, hier, j’ai enlevé les couches polaires...... que ça fait du bien les amis !


Le rythme est pris, tu fais la nav’, tu règles, tu ranges, tu manges, tu dors. Je vous l'avoue, hier j'ai fait une entorse grave ! J'ai télétravaillé pendant deux heures : je n'avais pas finalisé le budget 2023 avant de partir. Maintenant c'est fait, transmis, terminé je vais m'ennuyer de retour à terre ....Et puis il y a les copains, les" monorhumistes ". On commence à échanger par mail, se raconter nos bobos, prendre des nouvelles , voir s’ils ont eu la même chose.En fait on est tout seul au milieu d'un grand océan mais on n’est pas seul. Plein d'occasions de nouer des contacts et découvrir de nouvelles personnes et vies. Bon, le cargo est maintenant 10 milles derrière, la tasse de thé est vide, alors je vais refaire une tranche de sommeil. Bonne journée les terriens. Prenez soin de vous. TERRANIMO, Guy, qui réalise son rêve”.

  • 17 nov. 2022
  • 10 min de lecture

Charlie Capelle - Acapella ©Antoine Dujoncquoy


Les bateaux de la catégorie Rhum, pour la grande majorité d’entre eux, ont enfin atteint des latitudes moins hostiles et retrouvé des conditions plus clémentes, voici leurs mots de la nuit…


Charlie Capelle - Acapella


"Enfin du soleil !""Il fait beau, un petit vent de 10/12 nœuds qui me permet de sortir tout le linge… à la fois le Code Zéro (la plus grande voile d'avant) et la totalité de ma Grand-Voile, pour naviguer toujours au près, mais très légèrement ouvert et dans une mer correcte contrairement aux dernières 48 heures. Mais aussi de sortir la totalité de mes effets personnels pour enfin les faire sécher !


Je laisse derrière moi une belle trace qui doit me mener selon Christian Dumard, mon routeur, au large de l'île de Madère puis en direction de l'archipel des Canaries pour toucher les Alizés au plus tôt.


Malgré les conditions difficiles et très inconfortables jusqu'à présent pour Acapella - La Chaîne de l'Espoir, je prends malgré tout beaucoup de plaisir à participer à cette Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2022. Nos choix de routes m’ont permis de ne pas tirer sur le bateau et de le préserver. La route est encore longue avant d'atteindre les Antilles, et je ne me suis pas mis la moindre pression concernant mes petits camarades de jeu. Je n'ai pas vraiment fait attention à leurs parcours, donc je suis content d’apprendre que Charles a gagné. Bravo à lui et à toute son équipe. On se reparle dans quelques jours."


Wilfrid Clerton (Cap au cap Location) Bonsoir tout le monde, j'espère que vous avez regardé un bon film dans votre canapé au coin de la cheminée. Moi ça va, ce soir on a mangé une soupe de vermicelle, "trop bon" comme dirait Lola, la fille de Wilfrid. Ce soir, Wilfrid a eu très peur ! Il me dit qu'il sort pour lâcher un ris et comme d'habitude, il met son ciré, ses bottes et son gilet avec les deux longes. Il prend également ces deux balises personnelles, d'ailleurs je crois que j'ai oublié les miennes à la maison ! Comme à chaque sortie de Wilfrid en extérieur, je contrôle toujours s'il est bien attaché mon copain. Ouf il l'est bien. J'ai une totale confiance en lui, car depuis quelques mois il enseigne la navigation au lycée maritime et aquacole de La Rochelle auprès des élèves qui passent les modules voiles pour avoir le capitaine 200, et il y a le module sécurité. Donc Wilfrid était en train de hisser la grand voile lorsqu'il m'a dit : "Popy je vais à l'avant ranger un bout". Ok pas de problème, fait attention il y a encore des grosses vagues qui viennent recouvrir le pont de Kriter. Quelques minutes se passent lorsque soudain je vois mon Wilfrid revenir dans le bateau en colère et tout blanc de peur!!! Que se passe t il ? dit Popy Wilfrid me raconte que la ligne de vie toute neuve sur laquelle il était attaché, était coupée en deux!!! Je comprends sa frayeur. Wilfrid se croyait en toute sécurité. Du coup, j'ai demandé à Wilfrid de changer ces lignes de vie contre de la drisse très solide car je suis allé dans la caisse à bout, et il y a . Moi Popy, je n'ai pas envie de perdre mon Wilfrid, on est parti à deux faire cette course en solitaire, on revient ensemble tous les deux. De ce fait, j'ai envoyé moi même avec l'accord de Wilfrid, un mail à la direction de course pour expliquer ce qui venait d'arriver et que si les autres skippers pouvaient contrôler leurs lignes de vie, cela serait top. Je viens de recevoir un mail de la DC qui a fait le nécessaire. Ouf me voilà rassuré. Il ne faut pas hésiter à dire les choses si cela peut aider les copains et surtout éviter des accidents. Donc maintenant Wilfrid écoute de la musique tranquillement pour se détendre. Il attend une bascule de vent dans la nuit et il faudra que je le réveille pour envoyer encore plus de voile. Donc je suis de quart une bonne partie de la nuit à écouter les ronflements de Wilfrid. Je vais faire le quart, mais avec la boîte de bonbons à côté de moi, ce n'est pas bon pour Wilfrid. Bonne nuit les amis POPY


Arnaud Pennarun (Viabilis - Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré), reçu le 16 novembre à 18h58 : « Jeudi dernier, j’ai donc effectué ma réparation au large d’Ouessant pour mon départ anticipé. Puis, le mauvais temps s’est installé et je suis dedans depuis : du travers et surtout du près, entre 20 et 35 nœuds avec un pic entre dimanche soir et mardi où il ne manquait qu’un albatros dans le décor pour se croire aux Kerguelen. Le pont est balayé par les vagues et les embruns en permanence, mais j'arrive à sécher mes vêtements lorsque je lance le moteur pour charger les batteries. Les panneaux solaires ne chargent pas. Il est difficile de les faire tenir sur le pont et le temps est trop couvert. J’ai passé la nuit de lundi à mardi à manœuvrer dans les grains. Les manœuvres de ris sur la grand-voile et la misaine sont un rituel qui rythme le bord.


Je suis, je l’espère, dans le dernier front aujourd’hui sous 30 nœuds et mer 4, au près. Je suis depuis deux jours sous voilure réduite : deux ris grand-voile seule et trinquette lourde pour passer dans la mer formée. Et du coup, je me traîne un peu. Mais Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré passe bien dans cette mer sans taper. Les Açores, c’est pour demain. L’anticyclone commence à s’installer Il semble donc que je passe par le sud des îles.


Problème à la tombée de la nuit hier soir : alors que j’affalais la misaine pour passer la nuit sous trinquette lourde et grand-voile à deux ris, le mousqueton de drisse s'est décroché seul de la têtière. Il est bloqué en tête de mât et la balancine avait déjà suivi la même route lundi... Il semble que les deux manilles neuves Wichard aient un défaut. Elles s’ouvrent lorsqu'elles ne sont pas en charge et que la drisse se met à battre… Il va donc falloir monter en tête de mât. Le temps est trop mauvais aujourd’hui pour le faire. J’essaierai dès que le temps le permettra.


J’ai mon rythme à bord : petits entretiens, calculs météo, réglages, cuisine midi et soir, charge des batteries, dodo et douche d’eau de mer à 15 degrés tous les deux jours suivie d’un thé vert japonais Genmaicha bien chaud pour apprécier. Vivement une mer plus calme afin d’affiner le réglage des voiles et faire performer Pen Duick III, ce qui est compliqué depuis le départ sous voiles de gros temps...Pen Duick III va bien, nous nous complétons ».


Halvard Mabire (GDD), reçu le 16 novembre à 23h59 “Bonjour. Il semblerait que petit à petit, GDD se sorte du "temps de saison" automnal de l'Atlantique Nord pour aborder la vaste zone anticyclonique qui, pour une fois, est à peu près à sa place. (Au milieu de l'Océan, on n'est pas à 2000 bornes près pour dire qu'un truc est à sa place ou pas). Après tout, si cet anticyclone qui habite "théoriquement" vers le milieu de l'Atlantique est communément appelé "Anticyclone des Açores" il y a peut-être une raison plus ou moins logique à ça.


Donc changement de décor en perspective à bord de GDD, et franchement, ça va faire du bien au bateau et au bonhomme. Au bonhomme car je vais pouvoir enfin essayer de me laver. Ce n'est pas que l'on se "salisse" en mer, car la nature c'est toujours propre, comme la bonne terre. C’est la ville, la foule et l'activité humaine en général qui génère "la crasse". Mais par le fait d'être obligé de rester constamment en ciré, on finit par être sacrément mouillé de l'intérieur car chaque manœuvre amène sa dose de suée. Aussi, avec l'atmosphère saline, tout est poisseux. Intérieur comme extérieur. Les embruns s'infiltrent sournoisement partout et on en remet une couche chaque fois qu'on rentre à l'intérieur avec le ciré dégoulinant.


Pour le bateau, on va enfin pouvoir ranger et nettoyer quand ce sera possible, c'est à dire quand on ne sera pas en train de manoeuvrer ou de faire la navigation et la météo (pas de "routeur" pour GDD), ou à la veille sur le pont avec la main sur les écoutes quand on navigue sur les poignées de portières.


Après une semaine de course, le terrien n'imagine pas bien comment est l'intérieur du bateau. Déjà, pas mal de trucs ont volé dans les soubresauts et ont atterri dans les endroits les plus variés et inattendus. L'embêtant, c'est que souvent les objets ne volent pas seuls. Une tasse de thé se renverse plus souvent quand elle est pleine, un peu comme une tartine de confiture tombe toujours par terre du mauvais côté, allez savoir pourquoi.


Heureusement que personne n'a chaviré à côté de moi car j'aurais eu un peu honte d'avoir à recevoir un invité avec le ménage pas fait. Par contre je suis sûr que Brieuc (Maisonneuve, CMA Île-de-France - 60 000 Rebonds) a dû être surpris, car JP (Jean-Pierre Dick, Notre Méditerranée - Ville de Nice) a toujours eu des bateaux nickel et j'imagine qu'en mer, ce doit être pareil. Je ne pense quand même pas que JP ait demandé à Brieuc de mettre des patins avant de monter à bord et de rentrer à l'intérieur. Miranda aurait été capable de le faire, elle, tant elle est soigneuse avec ses bateaux!


Donc, dès qu'il y aura une accalmie, le programme est fait. Sur le bateau par contre, pas trop de bricoles à prévoir. Tout a bien résisté et aucun souci. Juste un peu de maintenance usuelle et s'il fait très beau et si j'ai rien d'autre à faire, je passerais même un petit coup sur les carreaux car c'est dommage d'avoir un salon avec vue sur la Mer et que ce soit gâché par le sel sur les vitres. Évidemment, ce sera un plaisir qui ne durera pas car aux premières vagues, ce sera à refaire.


Bref, j'aurais le temps de méditer sur le fait que les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse. Et puis c'est une question de principe, qui veut aller loin prend soin de sa monture. Je crois que le vrai proverbe c'est ménage sa monture, mais nous, nos bateaux nous ne les ménageons pas du tout. C'est pour ça que l'on apprécie que ce soit construit costaud.


Mais attention, ne rêvez pas, je pense qu'arrivé en Guadeloupe, il y a aura un vrai gros ménage et rinçage à faire. Tout au plus j'essayerais de faire "un ménage de mec", genre mettre la poussière sous le tapis pour histoire que ça me dérange moins à l'oeil. Ce qui est ballot c'est qu'il n'y a pas de tapis.


Mais en fait, je ne vois pas pourquoi je vous raconte ça, car c'est même pas anecdotique. Mais je n'avais pas l'inspiration. Je vous rassure sur mes priorités : je ne fais quand même pas la Route du Rhum pour passer la peau de chamois! A bientôt.”


Guy Pronier (TERRANIMO) “Bonsoir les terriens. C’est marrant votre truc, un peu comme les émissions de radio le soir, où on explique ses états d’âme et aux de pensée, quand on ne dort pas ou qu’il faut veiller. C’est ce dernier cas pour moi maintenant. Alerte collision, AIS qui sonne : un cargo à croiser alors on se réveille avec une tasse de thé au lait. Bon, ce n’est pas pour ce coup-ci, ça passe large. Impressionnant, l’électronique capable à la seconde près de vous dire l’heure et la minute exacte de l’éventuelle collision ou la distance de croisement si c’est le cas. En attendant, on veille jusqu'au croisement. On ne sait jamais. C'est agréable une tasse de thé chaud la nuit, comme ça. En général , j'appelle le cargo pour m'assurer que c'est ok pour eux avec une discussion avec l'officier de quart, où ils vont, d'où ils viennent, etc. Un souvenir de ma jeunesse où gamin, j’appelais par VHF les cargos que l’on croisait lorsque j’étais de quart avec mon père. Une nuit, en Méditerranée, ça a même été un sous-marin. On a fini invités par le commandant à déjeuner le dimanche d’après à Propriano dans le carré du sous-marin ! Vous imaginez pour un gamin de sept ans? J’étais fier comme un Artaban!


Je vous avais laissé à la sortie de la Manche, un peu cueilli à froid. Depuis, presque 1000 milles sont passés. 90% de vent dans le nez avec des fronts à passer. Vous savez ce truc où on vous dit : tu rentres dedans façon sanglier. Tu en prends plein la gueule, puis, d’un seul coup, presque à la minute prévue par Dieu : AROME, GFS ou ICON EU, ARPEGE (et oui , il y a aussi plusieurs dieux dans ce domaine), tu rentres dans un nuage de pluie et d'un seul coup la pluie s'arrête, le vent tombe, tourne, et tu peux faire route vers ton objectif de façon plus cool (fini le sanglier).


Ca, c'est pour les courageux, car la période sanglier, ce n’est pas drôle et ça fait mal au bateau. Moi, ça a été plutôt l'esquive : descendre sous les fronts rencontrés en plongeant plus sud que la route pour trouver moins de vent et de mer. Je n'étais pas prêt psychologiquement à devenir un sanglier ... L'esquive m'a emmené en Espagne, 100 miles au large du cap Finisterre plus sud que mes confrères, sur la route sud dite des alizés (tu vises Madère et après, tu tournes à droite).


Au bout de 48/72h, la liste des tracas a commencé à s'allonger : les réserves d'eau se sont vidées, la grand-voile a commencé à se délaminer, et les liaisons satellites se sont coupées. Le moral a commencé à baisser et un arrêt technique à La Corogne envisagé sans baisser les bras. Les sujets ont été pris un à un, évalués et classifiés avec si possible une solution au bout, le tout avec l'équipe à terre. Puis, finalement, le moral remonte en regardant la liste factuelle , le verre d'eau à moitié vide devient à moitié plein. C'est con de s'arrêter, surtout au moment où je commence à prendre mon rythme et m'amarine dans mon décor penché. Alors d’abattu, on passe en mode guerrier, on vire et on repart vers la Guadeloupe. Plus d’arrêt technique. Il me reste 70 litres d’eau à boire, soit 30 jours, ça devrait le faire. Pour le reste, il y a les lingettes et l'eau de mer … Pour le reste des soucis, on trouve des solutions ou comment s'en passer, mais je vais finir en ressemblant à un sanglier à l'arrivée.


Deux fronts traversés le long des côtes espagnoles ce coup là : l'esquiveur est devenu sanglier et me voila ce jeudi en route directe à 8.5 nœuds vers Madère. Changement de météo déjà : il y a du soleil et puis du vent quasi dans la bonne direction pour glisser vite, une mer plus chaude et surtout, hier, j’ai enlevé les couches polaires...... que ça fait du bien les amis !


Le rythme est pris, tu fais la nav’, tu règles, tu ranges, tu manges, tu dors. Je vous l'avoue, hier j'ai fait une entorse grave ! J'ai télétravaillé pendant deux heures : je n'avais pas finalisé le budget 2023 avant de partir. Maintenant c'est fait, transmis, terminé je vais m'ennuyer de retour à terre ....Et puis il y a les copains, les" monorhumistes ". On commence à échanger par mail, se raconter nos bobos, prendre des nouvelles , voir s’ils ont eu la même chose.En fait on est tout seul au milieu d'un grand océan mais on n’est pas seul. Plein d'occasions de nouer des contacts et découvrir de nouvelles personnes et vies. Bon, le cargo est maintenant 10 milles derrière, la tasse de thé est vide, alors je vais refaire une tranche de sommeil. Bonne journée les terriens. Prenez soin de vous. TERRANIMO, Guy, qui réalise son rêve”.

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