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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

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Quentin et Erwan, une vraie connivence. ©Vincent Olivaud / #RDR22


Le premier a gagné la Route du Rhum Destination Guadeloupe en 2014 et fait figure de référence dans la classe Ocean Fifty qu’il préside depuis 2016. Le second est bizuth de la transat mais a remporté le Pro Sailing Tour 2022, le championnat annuel des trimarans de 50 pieds. Concurrents mais partenaires d’entrainements, les deux skippers se sont prêtés au jeu d’une petite interview croisée. Morceaux choisis.


Nous les avons réuni dans le cockpit de Koésio à bord duquel Erwan s’aligne au départ de sa quatrième Route du Rhum. Une fois à l’intérieur de la cabane du plan VPLP, - cockpit couvert d’une partie en dur et de parois latérales textiles- , la discussion va bon train. Quentin est visiblement curieux des petits détails du bord, le siège de veille comme-ci, l’élastique pour tenir le réchaud comme ça, le code couleur pour les rabans de grand-voile,… les deux skippers sont dans leur élément et ne rechignent visiblement pas à échanger leurs trucs et astuces respectifs…


Vous êtes concurrents mais partenaires d’entrainement, ça créée des liens visiblement…Quentin Vlamynck: Oui, nous avons démarré lors de la Transat Jacques Vabre l’an passé et depuis on a navigué régulièrement ensemble. Erwan avait noué une belle relation avec Lalou (Roucayrol NDLR), j’ai pris la suite !


Erwan Leroux : Avec Lalou, nous avons une connivence car nous avons porté la classe, lorsqu’elle était dans le dur et qu’il y avait moins de bateaux. Je retrouve chez Quentin les qualités que j’apprécie chez lui. L’ humilité, le savoir-vivre. C’est assez simple d’organiser les choses avec Quentin, il est direct. Tu poses une question, il te répond oui, ou non. Et j’ai un énorme respect pour la transmission qu’ils ont su construire. Lalou a pensé le bateau, l’a mis en main et l’année suivante, Quentin remporte le Pro Sailing Tour. Cite-moi un autre projet où ça a marché aussi bien ?!


Quentin Vlamynck: Nous avons un écart d’âge (30 et 48 ans NDLR) mais des parcours assez semblables aussi . On est arrivé à la course par le chantier, la préparation. Erwan avec Franck-Yves Escoffier, moi avec Lalou d’abord sur Noir Désir, puis Arkema.


Erwan, tu te souviens de ton premier départ en 2010 ? **ELR :**On avait tout misé sur le premier week-end pour les RP. J’étais très pris et je me souviens d’avoir été assez vite stressé par l’enjeu. Tu vois le truc gonfler au fil des jours, les séances de dédicace qui se multiplient, toutes les sollicitations avec une météo très clémente, comme cette année. La course t’échappe un peu …


QV : Contrairement à Erwan en 2010, je n’ai que deux groupes à accueillir d’ici le départ. J’ai eu la chance avec Arkema de pouvoir me concentrer uniquement sur le sportif toute l’année, donc nous sommes dans le timing qu’on s’était fixé. Le bateau arrive prêt, nous avons appris de nos échecs dans la Transat Jacques Vabre (il avait terminé dernier Ocean Fifty en compagnie de Lalou Roucayrol NDLR). Donc, il n’ya aucun regret au départ, on va essayer qu’il n’y en ait pas à l’arrivée.


Quels sont les points forts et points faibles de vos bateaux respectifs ?Q. V : Arkema est bon au près, notamment à partir de 12/14 noeuds et jusqu’à 25. Après, on ne sait pas vraiment en fait ! Tout le monde a progressé cette année, les performances sont très proches, mais en solitaire ce sera différent.


E.LR : Nous, c’est au portant VMG que le bateau a un petit plus, quelle que soit la force du vent. C’est pour ça que si je dois concéder 100 milles de retard au passage d’un front, ça ne me gêne pas. Peut-être que j’aurai perdu la course là ce moment-là, mais c’est le jeu…


Justement, on dit que le plateau est très homogène et que les bateaux ont beaucoup progressé avec le Pro Sailing Tour. Le rythme pourrait-il être trop soutenu en début de course ?


E.LR : C’est un risque en effet. Personnellement, il y a un rythme au delà duquel je n’irai pas. Je connais les « targuets » et à partir de certaines vitesses, il faut écouter le bateau. Si tu ne l’écoutes pas, tu ne vas pas au bout, c’est comme ça. On a fait beaucoup de courses en équipage cette année, il n’y a pas eu de vent sur la dernière Transat Jacques Vabre, donc tout le monde est en confiance et moi je dis : méfiance !


Q.V : Pour moi, c’est une grosse responsabilité d’amener Arkema en Guadeloupe sans encombre. Le bateau n’est pas assuré. Si je le coule, je coule la boîte… A la fois, des Route du Rhum, je n’aurais peut-être pas l’occasion d’en faire tous les quatre ans. C’est une opportunité et je vais la prendre, sans me laisser faire. Après, s’il y a du gros temps, je suivrais sans doute un peu le rythme. Sur ces bateaux, arriver est toujours un gros soulagement. Le classement c’est autre chose, il faut juste éviter d’avoir des regrets.


ELR : Oui, avant de penser au podium, il faut penser à arriver. Et y penser dès Ouessant. A la pointe de Bretagne, il faut bien réfléchir à ta vitesse par rapport à l’état de la mer. Je sais que certains n’arriveront pas au bout. Quand je vois comment les mecs naviguent, même lors du convoyage il y a deux jours vers Saint-Malo, je me dis qu’ils n’ont pas conscience de ce que c’est. Il y en a un qui peut y aller avec son bateau très marin, c’est Eric Péron (Komilfo). Sur une route qui passe un peu Nord, il peut nous défoncer !


Si Koesio et Arkema se retrouvent bord à bord à la Tête à l’anglais, que se passe-t-il ?


E. LR : Je décroche ma VHF direct, ce serait génial ! De la régate pure pour finir, ça se jouera à la fraîcheur, mais ça veut dire aussi grosse bamboche à l’arrivée !


Q.V : Je t’avoue que je suis un peu plus stressé par le départ que par l’arrivée (rires). Et s’il y a régate autour de la Guadeloupe, il faudra faire gaffe car dans les vents instables, nos bateaux lèvent vite la patte. Et parfois, ils mettent du temps à redescendre !

  • 27 oct. 2022
  • 4 min de lecture

Quentin et Erwan, une vraie connivence. ©Vincent Olivaud / #RDR22


Le premier a gagné la Route du Rhum Destination Guadeloupe en 2014 et fait figure de référence dans la classe Ocean Fifty qu’il préside depuis 2016. Le second est bizuth de la transat mais a remporté le Pro Sailing Tour 2022, le championnat annuel des trimarans de 50 pieds. Concurrents mais partenaires d’entrainements, les deux skippers se sont prêtés au jeu d’une petite interview croisée. Morceaux choisis.


Nous les avons réuni dans le cockpit de Koésio à bord duquel Erwan s’aligne au départ de sa quatrième Route du Rhum. Une fois à l’intérieur de la cabane du plan VPLP, - cockpit couvert d’une partie en dur et de parois latérales textiles- , la discussion va bon train. Quentin est visiblement curieux des petits détails du bord, le siège de veille comme-ci, l’élastique pour tenir le réchaud comme ça, le code couleur pour les rabans de grand-voile,… les deux skippers sont dans leur élément et ne rechignent visiblement pas à échanger leurs trucs et astuces respectifs…


Vous êtes concurrents mais partenaires d’entrainement, ça créée des liens visiblement…Quentin Vlamynck: Oui, nous avons démarré lors de la Transat Jacques Vabre l’an passé et depuis on a navigué régulièrement ensemble. Erwan avait noué une belle relation avec Lalou (Roucayrol NDLR), j’ai pris la suite !


Erwan Leroux : Avec Lalou, nous avons une connivence car nous avons porté la classe, lorsqu’elle était dans le dur et qu’il y avait moins de bateaux. Je retrouve chez Quentin les qualités que j’apprécie chez lui. L’ humilité, le savoir-vivre. C’est assez simple d’organiser les choses avec Quentin, il est direct. Tu poses une question, il te répond oui, ou non. Et j’ai un énorme respect pour la transmission qu’ils ont su construire. Lalou a pensé le bateau, l’a mis en main et l’année suivante, Quentin remporte le Pro Sailing Tour. Cite-moi un autre projet où ça a marché aussi bien ?!


Quentin Vlamynck: Nous avons un écart d’âge (30 et 48 ans NDLR) mais des parcours assez semblables aussi . On est arrivé à la course par le chantier, la préparation. Erwan avec Franck-Yves Escoffier, moi avec Lalou d’abord sur Noir Désir, puis Arkema.


Erwan, tu te souviens de ton premier départ en 2010 ? **ELR :**On avait tout misé sur le premier week-end pour les RP. J’étais très pris et je me souviens d’avoir été assez vite stressé par l’enjeu. Tu vois le truc gonfler au fil des jours, les séances de dédicace qui se multiplient, toutes les sollicitations avec une météo très clémente, comme cette année. La course t’échappe un peu …


QV : Contrairement à Erwan en 2010, je n’ai que deux groupes à accueillir d’ici le départ. J’ai eu la chance avec Arkema de pouvoir me concentrer uniquement sur le sportif toute l’année, donc nous sommes dans le timing qu’on s’était fixé. Le bateau arrive prêt, nous avons appris de nos échecs dans la Transat Jacques Vabre (il avait terminé dernier Ocean Fifty en compagnie de Lalou Roucayrol NDLR). Donc, il n’ya aucun regret au départ, on va essayer qu’il n’y en ait pas à l’arrivée.


Quels sont les points forts et points faibles de vos bateaux respectifs ?Q. V : Arkema est bon au près, notamment à partir de 12/14 noeuds et jusqu’à 25. Après, on ne sait pas vraiment en fait ! Tout le monde a progressé cette année, les performances sont très proches, mais en solitaire ce sera différent.


E.LR : Nous, c’est au portant VMG que le bateau a un petit plus, quelle que soit la force du vent. C’est pour ça que si je dois concéder 100 milles de retard au passage d’un front, ça ne me gêne pas. Peut-être que j’aurai perdu la course là ce moment-là, mais c’est le jeu…


Justement, on dit que le plateau est très homogène et que les bateaux ont beaucoup progressé avec le Pro Sailing Tour. Le rythme pourrait-il être trop soutenu en début de course ?


E.LR : C’est un risque en effet. Personnellement, il y a un rythme au delà duquel je n’irai pas. Je connais les « targuets » et à partir de certaines vitesses, il faut écouter le bateau. Si tu ne l’écoutes pas, tu ne vas pas au bout, c’est comme ça. On a fait beaucoup de courses en équipage cette année, il n’y a pas eu de vent sur la dernière Transat Jacques Vabre, donc tout le monde est en confiance et moi je dis : méfiance !


Q.V : Pour moi, c’est une grosse responsabilité d’amener Arkema en Guadeloupe sans encombre. Le bateau n’est pas assuré. Si je le coule, je coule la boîte… A la fois, des Route du Rhum, je n’aurais peut-être pas l’occasion d’en faire tous les quatre ans. C’est une opportunité et je vais la prendre, sans me laisser faire. Après, s’il y a du gros temps, je suivrais sans doute un peu le rythme. Sur ces bateaux, arriver est toujours un gros soulagement. Le classement c’est autre chose, il faut juste éviter d’avoir des regrets.


ELR : Oui, avant de penser au podium, il faut penser à arriver. Et y penser dès Ouessant. A la pointe de Bretagne, il faut bien réfléchir à ta vitesse par rapport à l’état de la mer. Je sais que certains n’arriveront pas au bout. Quand je vois comment les mecs naviguent, même lors du convoyage il y a deux jours vers Saint-Malo, je me dis qu’ils n’ont pas conscience de ce que c’est. Il y en a un qui peut y aller avec son bateau très marin, c’est Eric Péron (Komilfo). Sur une route qui passe un peu Nord, il peut nous défoncer !


Si Koesio et Arkema se retrouvent bord à bord à la Tête à l’anglais, que se passe-t-il ?


E. LR : Je décroche ma VHF direct, ce serait génial ! De la régate pure pour finir, ça se jouera à la fraîcheur, mais ça veut dire aussi grosse bamboche à l’arrivée !


Q.V : Je t’avoue que je suis un peu plus stressé par le départ que par l’arrivée (rires). Et s’il y a régate autour de la Guadeloupe, il faudra faire gaffe car dans les vents instables, nos bateaux lèvent vite la patte. Et parfois, ils mettent du temps à redescendre !

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