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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Jean-Louis Carli


38 IMOCA, autant d’hommes et de femmes aux profils différents, d’objectifs parfois diamétralement opposés, de bateaux aux histoires légendaires ou encore à dévoiler… Rencontre avec Fanch Guiffant (Kattan), Benjamin Dutreux (Guyot Environnement-Water Family) et Kevin Escoffier (Holcim-PRB), trois visages au sein d’une flotte conséquente et variée.


Ils sont tous là, sagement amarrés au pied de la cité corsaire, parfaitement alignés en rang d’oignons sur un ponton immense, que l’on dirait bien mesurer 1 km de long. La flotte des IMOCA inscrits à La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ne laisse personne indifférent : 7 bateaux neufs, 7 de la génération 2018-2019, 6 bateaux lancés en 2015, 17 entre 2006 et 2011, et le plus vieux de la flotte mis à l’eau en avril 2004, construit à l’époque pour un certain Roland Jourdain (Sill2), désormais aux mains de Fanch Guiffant.


La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, pourquoi ? Comment ?


Fanch Guiffant (Kattan) : « Pierre Lacaze m’a appelé l’année dernière pour préparer son bateau, je l’ai aidé pour qu’il participe à la Route du Rhum, et puis il a eu des douleurs au dos. J’ai fait une qualif’ en août pour m’entraîner en tant que skipper remplaçant, et en septembre, Pierre m’a laissé la barre du bateau. C’est un super cadeau ! Pour moi, cela relance plein de choses dans ma tête que j’avais laissées un peu de côté depuis plusieurs années. J’avais essayé en 2014 de monter un projet Route du Rhum, mais je n’avais pas pu prendre le départ faute de budget. Aujourd’hui, je touche mon rêve du doigt… C’est fabuleux ! J’ai récupéré la barre il y a trois semaines, quand on s’est amarré hier, je me suis rendu compte que j’étais bel et bien sur le départ ! »


Kevin Escoffier, Holcim-PRB : « Je suis Malouin, j’ai vécu avec mes parents et mes frères jusqu’à l’âge de 20 ans à Saint-Malo. J’ai grandi avec la Route du Rhum, mon père était pêcheur, on allait voir les passages des écluses et les départs sur des bateaux de pêche. Mon père (Franck-Yves Escoffier) l’a gagné plusieurs fois, j’ai un lien affectif avec cette course. La Route du Rhum m’a donné la passion de la course au large et la passion des bateaux. J’ai 42 ans, je n’ai jamais eu comme but de faire une course en particulier. Mon but, c’était de travailler sur des bateaux « high-tech » avec des équipes de haut niveau et faire les choses au mieux. Que je sois bizuth ou pas sur la Route du Rhum m’importe peu… C’est le projet global qui m’intéresse. »


Benjamin Dutreux, Guyot Environnement - Water Family : « Il y a quatre ans, j’avais décidé d’arrêter le circuit Figaro pour me pencher sur le circuit IMOCA. J’étais venu visiter des bateaux notamment PRB avec des partenaires potentiels. Je n’étais jamais venu sur un départ de La Route du Rhum ! Pour moi, cette venue fut le premier pas vers un autre avenir. Et cela a permis d’acheter mon bateau pour Vendée Globe 2020. Aujourd’hui, je suis au départ du Rhum avec des partenaires investis, un projet sérieux, un bateau à foils performant, c’est une grande fierté. Hier soir, nous étions tellement émus au passage de l’écluse ! »


Un mot sur votre bateau ?


Fanch Guiffant : « Je connais le bateau par cœur techniquement. Je suis d’abord un technicien. Mon métier c’est « boat captain » sur des IMOCA ou des multicoques. Kattan est le plus vieux bateau de la flotte, mis à l’eau en avril 2004. C’est un bateau qui a toujours été bien entretenu, il est sain, il est propre. Je le trouve élégant, c’est un beau plan Lombard. »


Kevin Escoffier : « Le bateau a été mis à l’eau le 7 mai, c’est un bateau neuf. Toute l’équipe a beaucoup travaillé depuis deux ans en partant de zéro après le Vendée Globe. L’équipe s’est implanté à Lorient, il a fallu tout recréer, puis PRB a été racheté par Holcim, donc le bateau a changé de nom également. Je suis fier d’être aujourd’hui avec ce bateau rapide, qui fonctionne bien. »


Benjamin Dutreux : « C’est un bateau qui a une belle histoire, il a appartenu à Alex Thomson puis à l’équipe américaine de Charlie Enright. Il est doté de foils de 2021 signés Guillaume Verdier. C’est un bateau optimisé, doté d’un cockpit conçu pour faire de l’équipage. Pour moi cela change tout par rapport à mon ancien bateau à dérives. J’apprends tous les jours depuis les 7 mois que nous avons le bateau. Mais il connaît bien la Guadeloupe, un peu trop peut-être (NDLR : Alex Thomson s’était échoué en 2018 à l’approche de La Guadeloupe), mais n’oublions pas qu’il était quand même arrivé premier en temps réel… »


Vos objectifs ou envies sur cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?


Fanch Guiffant : « Mon objectif est d’arriver en Guadeloupe, de faire une belle navigation, mais aussi de pousser le bateau, jouer avec mes camarades de jeu à la barre des IMOCA de génération 2006, 2007, 2008 comme Guirec Soudée, James Harayda, Manu Cousin, Rodolphe Sepho, Nicolas Rouger, Antoine Cornic. Cela fait une petite dizaine de bateaux. Mais je ne me suis encore confronté à personne, donc je ne sais pas trop. J’aimerais bien être le premier des plus vieux, montrer que ce bateau a un peu de potentiel, qu’il est marin. Les voiles datent de 2017, elles ont été renforcées chez Incidences. »


Kevin Escoffier : « Il va certainement se passer des choses car ce sera ma première transat sur ce bateau. Je vais découvrir, j’aurais forcément des soucis. L’idée sera d’être performant sur un bateau neuf encore en développement. Je n’ai pas le statut de favori, comme beaucoup de skippers sur des bateaux neufs. J’ai envie de faire une belle Route du Rhum et un beau projet sur le long terme, donc il faut terminer, et tirer dessus quand cela sera possible. Mais, je vise clairement le top 5, si je suis en dehors du top 5, ce sera une place décevante. Il faut être ambitieux. Je ne pars pas pour regarder les autres naviguer. J’ai à cœur de faire le meilleur résultat possible. »


Benjamin Dutreux : « On a franchi une étape avec ce bateau, j’ai envie de partager une belle course avec mon équipe, je veux la rendre fière. Je suis un compétiteur, je suis passé par le circuit Figaro, j’aime bien me tirer la bourre. Je garde en tête la dernière Vendée Arctique pendant laquelle je suis resté en contact avec les premiers. Il y a moyen de bien faire. Ce seront des conditions musclées normalement, et c’est ce que j’aime bien avec ce bateau. Je suis à l’aise dans la brise. Pour certains, comme Charlie Dalin qui a fait une superbe saison, c’est facile de donner un objectif : la gagne ! Moi je n’ai pas d’objectif à donner. Je serais opportuniste, il faut que j’arrive à attraper le groupe de tête et à être dans le tempo dès la sortie de la Manche ! ».

  • 27 oct. 2022
  • 5 min de lecture

© Jean-Louis Carli


38 IMOCA, autant d’hommes et de femmes aux profils différents, d’objectifs parfois diamétralement opposés, de bateaux aux histoires légendaires ou encore à dévoiler… Rencontre avec Fanch Guiffant (Kattan), Benjamin Dutreux (Guyot Environnement-Water Family) et Kevin Escoffier (Holcim-PRB), trois visages au sein d’une flotte conséquente et variée.


Ils sont tous là, sagement amarrés au pied de la cité corsaire, parfaitement alignés en rang d’oignons sur un ponton immense, que l’on dirait bien mesurer 1 km de long. La flotte des IMOCA inscrits à La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ne laisse personne indifférent : 7 bateaux neufs, 7 de la génération 2018-2019, 6 bateaux lancés en 2015, 17 entre 2006 et 2011, et le plus vieux de la flotte mis à l’eau en avril 2004, construit à l’époque pour un certain Roland Jourdain (Sill2), désormais aux mains de Fanch Guiffant.


La Route du Rhum – Destination Guadeloupe, pourquoi ? Comment ?


Fanch Guiffant (Kattan) : « Pierre Lacaze m’a appelé l’année dernière pour préparer son bateau, je l’ai aidé pour qu’il participe à la Route du Rhum, et puis il a eu des douleurs au dos. J’ai fait une qualif’ en août pour m’entraîner en tant que skipper remplaçant, et en septembre, Pierre m’a laissé la barre du bateau. C’est un super cadeau ! Pour moi, cela relance plein de choses dans ma tête que j’avais laissées un peu de côté depuis plusieurs années. J’avais essayé en 2014 de monter un projet Route du Rhum, mais je n’avais pas pu prendre le départ faute de budget. Aujourd’hui, je touche mon rêve du doigt… C’est fabuleux ! J’ai récupéré la barre il y a trois semaines, quand on s’est amarré hier, je me suis rendu compte que j’étais bel et bien sur le départ ! »


Kevin Escoffier, Holcim-PRB : « Je suis Malouin, j’ai vécu avec mes parents et mes frères jusqu’à l’âge de 20 ans à Saint-Malo. J’ai grandi avec la Route du Rhum, mon père était pêcheur, on allait voir les passages des écluses et les départs sur des bateaux de pêche. Mon père (Franck-Yves Escoffier) l’a gagné plusieurs fois, j’ai un lien affectif avec cette course. La Route du Rhum m’a donné la passion de la course au large et la passion des bateaux. J’ai 42 ans, je n’ai jamais eu comme but de faire une course en particulier. Mon but, c’était de travailler sur des bateaux « high-tech » avec des équipes de haut niveau et faire les choses au mieux. Que je sois bizuth ou pas sur la Route du Rhum m’importe peu… C’est le projet global qui m’intéresse. »


Benjamin Dutreux, Guyot Environnement - Water Family : « Il y a quatre ans, j’avais décidé d’arrêter le circuit Figaro pour me pencher sur le circuit IMOCA. J’étais venu visiter des bateaux notamment PRB avec des partenaires potentiels. Je n’étais jamais venu sur un départ de La Route du Rhum ! Pour moi, cette venue fut le premier pas vers un autre avenir. Et cela a permis d’acheter mon bateau pour Vendée Globe 2020. Aujourd’hui, je suis au départ du Rhum avec des partenaires investis, un projet sérieux, un bateau à foils performant, c’est une grande fierté. Hier soir, nous étions tellement émus au passage de l’écluse ! »


Un mot sur votre bateau ?


Fanch Guiffant : « Je connais le bateau par cœur techniquement. Je suis d’abord un technicien. Mon métier c’est « boat captain » sur des IMOCA ou des multicoques. Kattan est le plus vieux bateau de la flotte, mis à l’eau en avril 2004. C’est un bateau qui a toujours été bien entretenu, il est sain, il est propre. Je le trouve élégant, c’est un beau plan Lombard. »


Kevin Escoffier : « Le bateau a été mis à l’eau le 7 mai, c’est un bateau neuf. Toute l’équipe a beaucoup travaillé depuis deux ans en partant de zéro après le Vendée Globe. L’équipe s’est implanté à Lorient, il a fallu tout recréer, puis PRB a été racheté par Holcim, donc le bateau a changé de nom également. Je suis fier d’être aujourd’hui avec ce bateau rapide, qui fonctionne bien. »


Benjamin Dutreux : « C’est un bateau qui a une belle histoire, il a appartenu à Alex Thomson puis à l’équipe américaine de Charlie Enright. Il est doté de foils de 2021 signés Guillaume Verdier. C’est un bateau optimisé, doté d’un cockpit conçu pour faire de l’équipage. Pour moi cela change tout par rapport à mon ancien bateau à dérives. J’apprends tous les jours depuis les 7 mois que nous avons le bateau. Mais il connaît bien la Guadeloupe, un peu trop peut-être (NDLR : Alex Thomson s’était échoué en 2018 à l’approche de La Guadeloupe), mais n’oublions pas qu’il était quand même arrivé premier en temps réel… »


Vos objectifs ou envies sur cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?


Fanch Guiffant : « Mon objectif est d’arriver en Guadeloupe, de faire une belle navigation, mais aussi de pousser le bateau, jouer avec mes camarades de jeu à la barre des IMOCA de génération 2006, 2007, 2008 comme Guirec Soudée, James Harayda, Manu Cousin, Rodolphe Sepho, Nicolas Rouger, Antoine Cornic. Cela fait une petite dizaine de bateaux. Mais je ne me suis encore confronté à personne, donc je ne sais pas trop. J’aimerais bien être le premier des plus vieux, montrer que ce bateau a un peu de potentiel, qu’il est marin. Les voiles datent de 2017, elles ont été renforcées chez Incidences. »


Kevin Escoffier : « Il va certainement se passer des choses car ce sera ma première transat sur ce bateau. Je vais découvrir, j’aurais forcément des soucis. L’idée sera d’être performant sur un bateau neuf encore en développement. Je n’ai pas le statut de favori, comme beaucoup de skippers sur des bateaux neufs. J’ai envie de faire une belle Route du Rhum et un beau projet sur le long terme, donc il faut terminer, et tirer dessus quand cela sera possible. Mais, je vise clairement le top 5, si je suis en dehors du top 5, ce sera une place décevante. Il faut être ambitieux. Je ne pars pas pour regarder les autres naviguer. J’ai à cœur de faire le meilleur résultat possible. »


Benjamin Dutreux : « On a franchi une étape avec ce bateau, j’ai envie de partager une belle course avec mon équipe, je veux la rendre fière. Je suis un compétiteur, je suis passé par le circuit Figaro, j’aime bien me tirer la bourre. Je garde en tête la dernière Vendée Arctique pendant laquelle je suis resté en contact avec les premiers. Il y a moyen de bien faire. Ce seront des conditions musclées normalement, et c’est ce que j’aime bien avec ce bateau. Je suis à l’aise dans la brise. Pour certains, comme Charlie Dalin qui a fait une superbe saison, c’est facile de donner un objectif : la gagne ! Moi je n’ai pas d’objectif à donner. Je serais opportuniste, il faut que j’arrive à attraper le groupe de tête et à être dans le tempo dès la sortie de la Manche ! ».

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