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Interview : Erwan Le Draoulec

  • 10 juin
  • 3 min de lecture
À seulement 150 jours du grand départ l'effervescence monte sur les pontons. Pour Erwan Le Draoulec, skipper du trimaran Ocean Fifty Lazare, cette édition 2026 ne sera pas une course comme les autres : ce sera sa toute première Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Un baptême du feu en solitaire sur ces multicoques volages et exigeants qui ont forgé sa vocation de marin lorsqu'il les observait, enfant, des yeux pleins d'étoiles.

Fraîchement qualifié et armé d'une sérénité solide, le jeune skipper aborde ce monument de la course au large avec un mélange d'excitation, de réalisme et une profonde gratitude. Entre la rigueur technique de la préparation, la quête d'une trajectoire parfaite et la fierté de porter haut les couleurs solidaires de l'association Lazare, Erwan Le Draoulec se confie avec sincérité.

#1 Comment vous sentez-vous à 150 jours de votre première Route du Rhum - Destination Guadeloupe ?


Erwan Le Draoulec : Je me sens bien, très bien même. D’autant que je viens de terminer ma qualification en solitaire. Aujourd'hui, je sais ce que signifie naviguer seul sur ce bateau. Cela lève une part de mystère et me met en confiance. C'est une course dont je rêve depuis longtemps.

À 150 jours de l'échéance, il y a beaucoup d'impatience et d'excitation, mais je garde en tête que ce n'est pas si loin. Il reste énormément de travail. Malgré ce mélange d'émotions, je suis serein, très heureux de participer à cette course et ravi de voir ce programme se concrétiser. Nous travaillons bien avec l'équipe : techniquement et sportivement, le bateau progresse bien. Je suis à fond.



#2 Que représente cette course pour vous ?


Erwan Le Draoulec : C'est une course très particulière. Enfant, j'ai été bercé par les récits de la course au large, qu'il s'agisse de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, du Vendée Globe ou du Trophée Jules Verne. Quand je me promenais sur les pontons à cette époque, il y avait beaucoup de trimarans, notamment la génération des ORMA. Ce sont ces multicoques qui m'ont fait rêver, ceux-là mêmes que je construisais en bois avec mon grand-père dans son atelier. Cette idée de traverser l'Atlantique sur de telles machines est à l'origine de ma vocation.


C'est une chance immense de pouvoir concrétiser ce rêve de gosse. Je me revois regarder ces bateaux avec des yeux émerveillés, comme on admire un super-héros. Aujourd'hui, me dire que je vais être à bord d'un superbe bateau comme le trimaran Lazare, soutenu par un tel projet et une telle équipe, c'est extraordinaire. Pour moi, traverser l'océan Atlantique en solitaire et en multicoque reste le plus beau défi de la course au large, le plus engagé. Je suis profondément heureux d'y avoir droit.


#3 Quels sont vos objectifs pour cette édition ?


Erwan Le Draoulec : Je préfère rester réaliste et ne pas me fixer de faux objectifs. La dernière Transat Jacques-Vabre nous a rappelé qu'avant de penser au résultat, il faut d'abord réussir à mener ces bateaux à bon port. Ce sont des machines volages, fragiles et légères.

Si je devais hiérarchiser mes objectifs, le tout premier est de couper la ligne d'arrivée de l'autre côté. Le second est d'y parvenir avec un bateau en bon état. Cela demande de naviguer en bon marin, d'être attentif au matériel, de bien gérer les systèmes et la voilure pour préserver le potentiel du bateau à 100 % jusqu'au bout. Enfin, je veux signer une belle trajectoire. Si l'on parvient à aligner tous ces éléments, un podium, voire mieux, devient tout à fait envisageable. C'est dans cet ordre-là qu'il faut prendre les choses.


Au-delà de l'aspect sportif, mon objectif est aussi de mettre en lumière l'association Lazare, qui donne son nom au bateau, et de faire rayonner son message. C'est un projet porteur de sens et je suis fier de le défendre.


J'ajouterais enfin un objectif plus personnel. On dit souvent que la chance se provoque, et je suis extrêmement reconnaissant envers Tanguy Le Turquais de m'avoir fait confiance pour barrer ce trimaran. Si je suis au départ, c'est grâce à lui. Mon souhait est qu'il soit fier de son choix et que je me montre à la hauteur de ses attentes.



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