À l'aube de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, l'heure n'est plus à l'inconnu mais à la concentration. Fort de sa première participation en 2022, Kéni Piperol marin guadeloupéen forgé par les alizés dès son plus jeune âge, s'apprête à affronter de nouveau l'Atlantique en solitaire. Entre une préparation physique et mentale acharnée au pôle d'Orlabay et l'envie d'exploiter pleinement le potentiel de son bateau, le skipper affiche une sérénité nouvelle. Mais derrière l'exigence sportive se cache un engagement viscéral : à la barre de Drépavoile, il s'élance pour mettre en lumière la lutte contre la drépanocytose. Rencontre avec un navigateur pour qui repousser ses limites prend désormais tout son sens.
J'ai découvert la voile à l'âge de 10 ans, chez moi, en Guadeloupe. Comme beaucoup de jeunes de l'île, j'ai grandi au bord de l'eau et j'ai très vite passé le plus clair de mon temps en Hobie Cat 16. C'est véritablement le support qui m’a formé : un bateau rapide, qui pardonne peu, et qui oblige à naviguer aux sensations. Mais la vraie bascule s'est opérée après le bac. J’ai réalisé que mon envie n'était pas de tourner autour des bouées, mais de partir au large, de naviguer plusieurs jours d'affilée et de repousser mes propres limites.
Pour être à la hauteur de cette ambition, ma préparation d'avant-course ne laisse aujourd'hui rien au hasard. Elle touche à tous les domaines, et c'est volontaire. Il y a d'abord la préparation physique, car sur une transatlantique en solitaire, le corps encaisse de plein fouet le manque de sommeil, l'humidité et l'exigence des manœuvres. Vient ensuite la dimension mentale, qui est au moins aussi décisive : il faut apprendre à apprivoiser la fatigue, la solitude et les moments où rien ne se passe comme prévu. Enfin, l'essentiel reste la pratique. J'enchaîne les stages de navigation avec le pôle d'Orlabay car c'est sur l'eau que l'on apprend vraiment à connaître sa machine. Rien ne remplace les milles pour faire corps avec son bateau.

Aujourd'hui, à quelques semaines du grand départ, je me sens prêt et, surtout, impatient. Il y a toujours un curieux mélange de sentiments à ce stade : une véritable excitation mêlée à une concentration très froide, car je sais ce qui m'attend. La différence majeure avec ma participation de 2022, c'est que je ne pars plus dans l'inconnu. Savoir ce que représente une nuit difficile au milieu de l'Atlantique m'enlève beaucoup d'appréhension.
De cette édition 2022, je garde un souvenir impérissable de l'arrivée. J'avais été le premier surpris par la ferveur et la foule présente pour nous accueillir, c’était une fête incroyable ! Cette année, j'arrive avec des repères solides, ce qui change toute ma façon d'aborder le départ et laisse la place à ma priorité : le bateau, la route et la performance.
Mais si je m'aligne au départ, ce n'est pas uniquement pour le défi sportif. Ce projet trouve tout son sens à travers une cause fondamentale : la lutte contre la drépanocytose. C'est une maladie qui nous touche particulièrement en tant qu'Antillais, et qui reste encore beaucoup trop méconnue. C'est pour cette raison que mon bateau s'appelle Drépavoile. La formidable visibilité qu'offre la course au large, et tout particulièrement la Route du Rhum, est un levier précieux pour porter ce message d'utilité publique au plus grand nombre.
Je profite d'ailleurs de ce moment pour adresser un immense merci. Merci, très sincèrement, à ceux qui me suivent, à ceux qui me soutiennent et à tous ceux qui croient en ce projet depuis le premier jour.

