- 20 nov. 2022
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Arnaud Pennarun - Viabilis Pen Duick III pour les enfants de Robert Debré© Mickaël Largy
Les alizés sont bien là, tous les Rhums ont désormais emprunté l'autoroute vers la Guadeloupe... ambiance de nuit à bord
Jean-Pierre Dick Notre Méditerranée - Ville de Nice Au sortir de l'anticyclone des Açores, je sens les prémices d'un bel alizé. Cela a été long mais on se sent protégé maintenant lorsque l'on voit les cartes isobariques météo ; tempêtes au nord au-dessus de l'anticyclone et joli alizé propre au sud. Ce 'bouclier" a été long à mettre en action mais lorsqu'il est là, personne ne s'en plaint ; c'est la magie de la Route du Rhum ! Dure au début puis plus soft sur la fin. J'ai l'impression que c'est un truc que l'on aime bien en France ; souffrir d'abord et jouir ensuite. Mais cela est tout à fait subjectif et personnel :) Bon Dimanche
Gwen Chapalain - Guyader - Savéol
Bonjour à tous, Depuis hier après-midi et jusqu’à 4 h TU, c'était compliqué sur l'eau avec de forts gains et des variations de vent assez conséquentes, de 15 à 30 kts. Il y a aussi une mer mal rangée, c'est vraiment difficile d'accélérer et trouver le bon compromis de vitesse, sans faire mal au bateau. Je suis passé hier à gennaker gv haute, puis 1 ris, ensuite génois, et cette nuit pendant 2 heures avec le foc de brise et gv 1 ris . Depuis 4h TU, j' ai remis des watts dans la machine, avec le génois, on joue aussi avec les angles du vent, à quelques degrés près autour du 140° du vent, et cela crée beaucoup de vent apparent ou pas. Il y a quelques minutes, je me posais la question de remettre le gennaker, il y a 20 à 22 kts. Mais une vague, conjuguée avec une risée, a fait lever le bateau haut, les alarmes ont sonné et toutes les voiles se sont ouvertes des taquets. C’est bien ce système : up side up. Petit coup de chaud, on va attendre encore un peu avant de mettre le gennaker . Il n' y a plus de nuage, un ciel étoilé magique, c’est vraiment canon et il commence vraiment à faire bon sur l’eau. J’ai réussi a dormir par petites tranches, j’attends le lever du jour pour inspecter le bateau, il a bien tapé dans les vagues cette nuit, c' était pas très confortable pour lui (et pour moi aussi) bonne journée, bon dimanche Gwen
Halvard MABIRE - GDD - Nuit Noire
Nous sommes partis de Saint Malo un peu après la pleine Lune, donc avec la Lune décroissante. C'est à dire que chaque nuit elle se levait de plus en plus trad et de plus en plus petite, pour finir par ne plus se lever du tout. En ville tout le monde s'en fout de la Lune. Personne ne la remarque ou ne la voit, la seule préoccupation c'est de savoir si on y retournera suite à l'aventure Appolo en 1969. Question sans intérêt d'ailleurs, vu que de toutes façons tous ceux qui se la posent cette question, ce ne seront pas eux qui iront. Ils seront juste spectateurs, comme du reste. A terre il n'y a encore que les paysans qui y font attention à La Lune. Ils savent que la Lune influe sur beaucoup de choses importantes, que ce soit pour les semis, les récoltes, ou même pour savoir quand il vaut mieux mettre le cidre en barrique ou le bouillir pour en tirer le meilleur calva. Les choses importantes de la Vie en quelque sorte.
En Mer par contre, surtout pour les navigateurs à la voile et particulièrement pour les solitaires, la Lune est la meilleure amie. La différence entre une nuit de pleine lune et une nuit noire sans lune est encore plus grande que la différence entre le jour et la nuit, c'est pour dire.
Sans aucune lune, comme nous avons en ce moment, ce sont les ténèbres absolus. Ce n'est pas que nous ayons peur du Noir, mais il faut reconnaître que d'une part c'est pas pratique et que d'autre part cela engendre des sensations un peu bizarres.
C'est pas pratique parce que, sans que ce ne soit une lapalissade, on ne voit rien. Rien sur le bateau, rien à l'extérieur. Sur le bateau la lampe frontale est notre troisième oeil et sans elle impossible de manoeuvrer. On ne verrait même pas les ficelles et encore moins leur couleur. Il faut toujours en plus une lampe à portée de la main pour régler les voiles, ou sur certains bateaux il y a même des petits projecteurs bien orientés pour éclairer juste la voile et surtout pas le reste. Car le pire dans le noir c'est d'être égalué* par une source lumineuse qui vient de là où justement on a besoin de voir. Les manœuvres et les réglages deviennent donc tout de suite plus compliqués par nuit noire, ainsi que les déplacements sur le bateau, car sans voir la mer, impossible d'anticiper les mouvements du bateau.
Ce qui n'est pas pratique non plus c'est de ne pas voir le ciel. Donc pas les nuages, donc encore moins les grains. De quoi se faire surprendre par un grain qui vous arrive sournoisement sur le paletot, sans que vous l'ayez vu venir, tel un brigand arrive par derrière pour vous détrousser. Heureusement pour ça le radar aide bien, mais il faut que le grain ai commencé à crevé, c'est à dire qu'il pleuve, pour qu'il apparaisse sur l'écran du radar. S'il vous crève dessus, vous prenez une grosse fessée avant même de comprendre pourquoi.
C'est aussi bizarre comme sensation que de naviguer dans le noir absolu car on a l'impression sur notre bateau de flotter dans un espace intersidéral, sans aucun repère extérieur. Par temps couvert, c'est à dire le plus souvent, il faut bien le reconnaître, on ne voit ni le ciel ni l'horizon. C'est vraiment ce qu'on appelle être dans le Noir, car contrairement à terre où vous avez au moins vos deux pieds sur le plancher des vaches qui vous indiquent où est le sol ou si vous êtes couchés et que le lit a été monté correctement (ça dépend de qui a regardé la notice Ikea) vous pouvez avoir une certaine notion de l'horizontal. En mer, sans référence extérieure stable étant donné que le bateau bouge tout le temps, vous n'avez plus qu'à transformer votre cerveau en plate forme inertielle pour savoir où vous en êtes. Heureusement la gravité (celle de Newton, pas celle des événements) vous aide un peu, ou pas, pour vous y retrouver. C'est vraiment une drôle d'impression que de "flotter" comme ça. Le seul avantage qu'il y a c'est que comme vous ne voyez pas la mer, en cas de coup de vent, cela vous évite d'avoir peur des vagues.
De temps en temps le ciel peut être aussi parfaitement dégagé, ce qui arrive tout de même, et dans ce cas là il n'y a pas plus beau qu'un plafond étoilé. Car c'est par nuit sans lune que l'on voit le mieux les étoiles, sinon la lumière du soleil reflétée par la lune (en fait c'est pour ça qu'on voit la lune, c'est pas la lune qui s'allume ou qui s'éteint) vous empêche de bien voir les étoiles.
Maintenant vous comprenez comme c'est important pour les Marins s'il y a de la Lune ou pas. Vous n'avez plus qu'à l'expliquer aux Organisateurs de courses pour qu'ils en tiennent compte dans le choix de leurs dates. Ce serait plus malin que les autres considérations souvent prises en compte et qui sont bien peu maritimes. Du genre vacances scolaires, agenda des politiques, ponts des jours fériés, dates d'autres événements etc.. Considérations dont le marin se contrefout quand il est sur l'eau car lui sa préoccupation c'est de faire avancer son bateau et de composer avec la Nature, dont la Lune.
C'est en effet ballot de faire par exemple une course d'une semaine sans lune, alors qu'elle pourrait se faire entièrement autour de la pleine Lune et laisser un souvenir impérissable à ses participants, alors qu'au lieu de ça ils auront vécus comme des taupes pendant la moitié de la course si les dates ne sont pas appropriées par rapport à la Lune. A bientôt *égalué : à l'intention des quelques rares lecteurs qui ne pratiqueraient pas la langue normande : égalué = ébloui.
Gilles Buekenhout - JESS Bonjour à tous, Suite aux évènements qui se sont produits à l'arrivée, j'ai décidé de me mettre la course en pause 10 min soit 1.5 Mn. en hommage aux victimes de cet accident, au même titre que l'on ferait une minute de silence . Je transmets également toutes mes condoléances aux familles et proches . Tristement à plus tard ! Gilles et JESS
Arnaud Pennarun (Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré) Bonjour de Pen Duick III où nous sommes dans l’Ouest de Madère. Cette nuit a été difficile pour mes nerfs car plus que tout, j’ai du mal à accepter l’absence de vent et nous avons été servi ! Au milieu de la nuit, Pen Duick III et moi nous sommes retrouvés à faire de la marche arrière vers le nord alors que nous allions vers le sud. Alors la marche arrière : c'est validé. J’ai passé la matinée à faire des essais de composition de voiles afin de voir quel "arrangement" permettait d'avancer dans 3,5 nœuds de vent réel de nord. Alors, la bonne garde-robe dans 3,5 nœuds de vent réel pour déplacer 13 tonnes : tout ce que j'ai pu hisser m'a permis d'avancer à 1,2 nœuds : validé aussi, mais compliqué. Nous sommes au bord de la bulle anticyclonique. Ce choix de route a été dicté par la volonté de faire marcher le bateau le long des fronts de dépression qui se sont succédé jusqu'à jeudi. Mais ensuite, nous n'avons pas été assez rapides pour descendre dans le sud et nous sommes rattrapés par la bulle.
