- 25 nov. 2022
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Roland Jourdain © Martin Viezzer / We Explore
On connaîtra d’ici quelques petites heures le vainqueur de la catégorie Rhum Multi de cette 12e édition de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Passé en tête à moins de 24 heures de l’arrivée, Roland Jourdain (We Explore) pourrait bien s’adjuger une 3e victoire sur la plus mythique des transatlantiques devant un Loïc Escoffier (Lodigroup) à l’attaque quelques milles derrière. Mais les jeux sont loin d’être faits et il faudra attendre la fin du tour de la Guadeloupe et le passage de la ligne d’arrivée pour connaître le successeur de Pierre Antoine, vainqueur en 2018 en Rhum Multi. De son côté, Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice) devrait l’emporter dans la nuit en Rhum Mono. Son premier grand sacre en solitaire sur une transatlantique !
Alors que la victoire semblait promise à Gilles Buekenhout (JESS) qui menait la flotte des Rhum Multi depuis la sortie du golfe de Gascogne, son chavirage avant-hier a ouvert le jeu pour ses poursuivants directs. Depuis, on assiste à une belle bagarre pour la victoire entre Roland Jourdain et Loïc Escoffier. Alors que ce dernier était en train d’effectuer une pénalité de 3 heures pour deux plombs moteur qui ont sauté, le premier s’est emparé des commandes de la course à moins de 140 milles de la Tête à l’Anglais. En tête depuis, Bilou comptait 7,2 milles d’avance sur son dauphin au classement de 15h00 (heure française). Un très faible avantage vu la complexité du tour de Guadeloupe. Et que l’alizé est devenu de plus en plus faible et irrégulier. Le suspense reste donc entier jusqu’au passage de la ligne d’arrivée, prévu dans les heures à venir. Derrière, Marc Guillemot (Metarom MG5) devrait monter sur la 3e marche du podium dans la nuit de vendredi à samedi. Les arrivées se poursuivront dans les jours à venir à Pointe-à-Pitre, dont celle de Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap sur l’inclusion), qui évolue actuellement en milieu de flotte (6e). «Hier après-midi, j’ai croisé Morgane Ursault-Poupon. On a discuté par VHG pour se donner des nouvelles et puis nos routes ont divergé comme j'allais plus vite. On devrait arriver néanmoins à des intervalles assez rapprochés», écrivait-il à la mi-journée ce matin. «J’ai senti des vibrations dans le moteur ce matin, peut-être des sargasses. On commence à en voir de plus en plus et leur prolifération est un vrai problème sur les côtes des Antilles. Passé sous la barre des 500 milles, cette fin de course est longue avec un alizé qui faiblit et fluctue sans arrêt. Je vais manquer la remise des prix qui n'a pas été décalée malgré le départ à J+3. Je délègue à mon équipe pour récupérer le prix du 1er à Fréhel, que je n'avais pas obtenu il y a quatre ans faute d'avoir terminé la course (c'est pas très équitable cette vision des choses)».
Du côté des Rhum Mono, Jean-Pierre Dick continue de caracoler en tête. Au pointage de 13h00, le skipper niçois comptait une confortable avance de 498,2 milles nautiques sur Catherine Chabaud (Formatives ESI Business School Pour Ocean As Common). Après avoir fait un long bord vers le sud-ouest, il a empanné pour contourner l’île de la Guadeloupe où il est attendu en vainqueur dans la nuit de vendredi à samedi. «Bravo à Jean-Pierre Dick pour sa très probable victoire en Rhum Mono, une belle victoire incontestée avec la cerise sur le gâteau d’avoir récupéré un skipper en détresse. Bravo encore ! Ici, c’est le calme plat, plus de vent. La mer s’est transformée en lac. J’ai fini par faire un plouf pour voir si je n’avais pas un filet ou un truc de coincé dans la quille. Non, tout est ok. Idem pour les safrans. Je cherche désespérément une sortie et un peu de vent pour avancer. Tiens, je vois un nuage à l’horizon, peut-être du vent. Je reprends mes incantations à Eole pour me donner un souffle», écrivait ce matin Daniel Ecalard (SOS Pare-Brise +). Actuellement en 10e position, ce dernier ne progressait qu’à 3,8 milles à la mi-journée. Coincé lui aussi dans la bulle anticyclonique écrasée par une nouvelle dépression au nord, Arnaud Pennarun (Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré) se réjouissait du décalage de la fermeture de ligne au 7 décembre «C'est en effet une bonne nouvelle pour une partie des concurrents de la classe Rhum Mono. Les fichiers sont trop peu constants pour réussir à affiner une date d'arrivée, mais le 7 décembre doit permettre à tous les concurrents d'être classés et c'est une très bonne nouvelle. Aujourd’hui, j'ai "subi" une journée de soleil sous 2 nœuds de vent sous lesquels il est difficile de faire avancer les 13 tonnes de Pen Duick 3. Et il semblerait que cela dure jusqu'à samedi», écrivait-il hier soir. Demain, ces derniers devraient rester défavorisés sous l’emprise des hautes pressions s’étalant sur la partie est de l’Atlantique, avec une vitesse moyenne horaire ne dépassant pas les 4 nœuds selon Météo Consult.
Ils ont dit :
Philippe Poupon - Flo - Le purgatoire
_9 novembre 2022, 14h15. le canon tonne sur le bateau comité. Le départ de la 12 ème Route du Rhum destination Guadeloupe est donné. Ah, zut ! La pointe de mon flotteur a mordu la ligne de départ. J’ai été flashé. Disons que ce n’était pas prévu comme ça. Un imprévu m’a obligé à changer ma route quelques minutes avant le coup d’envoi. Les aléas des départs groupés, trop serrés, un intrus venu à fond de balle, prêt à me couper en deux. Il ne m’a pas vu. Moi je l’ai vu venir à plus de vingt nœuds, droit sur mon flotteur. Ça va vite dans votre tête, vous avez le temps de voir le résultat de la collision imminente. Il sort la tête, me voit au dernier moment. Ouf ! Lui n’a pas eu le temps de voir venir l’accident. Moi, le film passe et repasse dans ma tête. Le bateau en miette, finit la Route du Rhum, finit l’après Route du Rhum, le film. Trop rapide, déjà fini. Ouf ! c’est passé de justesse. Sueur froide, les jambes qui tremblent, « respire ça ira mieux, tu es là et le bateau aussi, respire, cool, la course ne fait que commencer, encore 3500 milles ». Bon passons. Une réclamation pour refus de tribord. Un jury. Un rejet pour vice de procédure. Tant pis, j’ai attendu deux semaines pour avoir le verdict. Un peu long avec cette épée de Damoclès de la pénalité à effectuer. En bon soldat, je relance la direction de course. _Ah oui ! On ne vous a pas oublié. _J’avais cru ! Oui, vous êtes toujours redevable de la pénalité de 4 heures. Le Jury a tardé à conclure, on s’excuse. Ok, au moins je suis au courant et libéré de cette sentence que je sentais venir. Ils sont cool et j’ai la possibilité de choisir mon endroit pour effectuer un arrêt de 4 heures en pleine mer. Ça ne sera pas maintenant, trop de vent, trop de mer. Je vais attendre d’être sous le vent de la Guadeloupe, au calme. Je vais choisir ma baie, ma pointe, au nom évocateur, un truc sympa. Je parcours la carte et tous les noms qui y sont inscrits. Je ne sais pas encore, j’ai le temps. Dans quelques heures, je me prépare à effectuer mon purgatoire en bon soldat. Ah, tiens, je vois marqué la « pointe soldat ». Ça sera peut être celle ci.
