- 22 nov. 2022
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© Roland Jourdain - We Explore
Les skippers de la catégorie Rhum Multi commencent à se projeter doucement vers la ligne d’arrivée. Il reste encore entre 600 et 1000 milles à parcourir aux bateaux du premier groupe qui ouvriront le bal des arrivées à partir de jeudi ; un peloton mené par l’imperturbable Gilles Buekenhout (JESS), aux commandes depuis huit jours.
Juste derrière lui, il y a du match, une jolie régate toujours pleine de rebondissements, animée par les cinq catamarans en course. Depuis plusieurs jours, Roland Jourdain (We Explore) s’est imposé comme chef de file du groupe mais, bien évidemment, son hégémonie est menacée. Le quimperois est marqué à la culotte par un Loïc Escoffier (Lodigroup) offensif, qui tente actuellement de le déborder. Et l’on sait le malouin fin tacticien et habile régatier. Jusqu’au bout, “Bilou” devra donc surveiller ses arrières car personne n’a envie de le laisser filer, à commencer par Marc Guillemot (Metarom MG5) qui, lui aussi, entend bien défendre sa chance jusqu’au dernier mille : “Je trouve qu’on fait une belle course. C’est assez intense et c’est ça qui donne la dynamique de notre catégorie. Il y a de la bagarre, [...] de la compétition, et c’est ça qui m’anime. Rien n’est facile mais la tête à l’Anglais est encore à 800 milles. Après, il y a encore de la route. Les autres sont peut-être à une centaine de milles devant, mais ce qui est certain, c’est que la régate n’est pas finie. Et quand la régate n’est pas finie, tout peut se passer.” Plus loin, Etienne Hochede (PiR2) a discrètement, mais sûrement, opéré une très jolie remontada. L’ancien garagiste qui n’avait guère été épargné par les ennuis techniques, notamment électriques en début de course, a grappillé mille après mille à bord de son Multi 50 ; un bateau qu’il connaît bien puisque le couple qu’il forme avec PiR2 en est à sa troisième Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Actuellement en 9è position, Etienne s’était fixé un objectif : battre son temps de référence sur la course, 18 jours et une vingtaine d’heure. A 750 milles de l’arrivée, il semblerait que son ambition soit en passe d’être réalisée.
Sur la flotte des monocoques, le classement n’a pas bougé et les écarts déjà grands ne seront probablement plus comblés. Pointé à un peu plus de 400 milles du leader Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice), Wilfrid Clerton (Cap au Cap Location) est concentré sur la conduite du bateau: “Plus que 6 jours avant la fin d'une belle course, on va contrôler et assurer au maximum cette éventuelle 3è place qui nous attend. Tant que la ligne n'est pas coupée, tout peut arriver.” Une concentration qui laisse tout de même de la place à la contemplation de “paysages tout juste merveilleux avec le ciel et la couleur de l'eau très claire…” ; Une belle carte postale partagée depuis l’océan.
Ils ont dit
Wilfrid Clerton - Cap au Cap LocationTout va bien à bord, le bateau glisse bien aux allures portantes, on surfe régulièrement sur les belles vagues de l'Atlantique, notre meilleur surf est de 20 nœuds en pointe de vitesse. C'est devenu un peu la routine à bord, entre barrer, manger, dodo-sieste, navigation et la veille. Pour ma part, je vais plutôt très bien, même si le kiné sera le bienvenu en arrivant à Pointe-à-Pitre. Le bateau va très bien, j’en prend grand soin car il reste 6 jours de mer. Il faudra lui aussi le bichonner à l'arrivée car il donne tout ce qu'il a dans le ventre notre Kriter VIII âgé de 42 ans !!! Un bon repos lui sera bien mérité ! Plus que 6 jours avant la fin d'une belle course, on va contrôler et assurer au maximum cette éventuelle 3è place qui nous attend. Tant que la ligne n'est pas coupée, tout peut arriver. Les paysages sont tout juste merveilleux avec le ciel et la couleur de l'eau très claire.... Euh petit surf à 17 nœuds.... à l'instant ! Bon je retourne voir ce qui se passe dehors.
Roland Jourdain - We ExploreOn est donc dans cette zone d'alizés considérée par tout le monde comme l'endroit le plus cool du monde où des marins glissouillent sur une mer turquoise avec le seul risque de prendre un coup de soleil. Eh ben c'est pas toujours le cas ! Et justement, en ce moment, les alizés sont toniques et instables. Nuages, changement de vent constant et une mer que tu tiens pas debout dans le navire. De la glissouille mais aussi de la tapouille et de la gitouille, because les vagues ne sont pas plates. Alors avec mon beau camion en lin, on est un peu à la peine pour le faire avancouiller sans rien cassouiller. Ça passe par beaucoup de discussions et réflexions avec toute l'équipe : Albert le pilote automatique, Roger le Gennaker, Fatima ma grand voile, etc… Bon bref soyons honnêtes, ça me prend un temps complet d'essayer de comprendre We Explore et son environnement. ….Et hop me revoilà après une session en terrasse. Le vent a forci. Carte postale : nuit noire sans lune avec étoiles. Bateau qui part au surf brillamment contrôlé par le pilote. Quand tu alignes vague après vague le petit "ouf" de soulagement en fin de surf dans l’obscurité tes petites réserves d'adrénaline s'épuisent assez vite ! Cette fois, je dois vous laisser, on me rappelle en terrasse. On est en service continu et il y a plein de RTT en ce moment, je dois tout me coltiner.La nuit a été bien occupée avec un vent très instable et beaucoup d'empannages. C'est bon pour la santé ! Le petit matin est plus calme, ça me permet de reprendre des forces. Je n'ai jamais été aussi près de la fin !
Fabrice Payen - Ille et Vilaine Cap vers l’InclusionHier, j’ai vécu ma pire journée de course : l'électronique est tombée en panne au lever du jour, comme ça sans raison particulière. Un grand moment de solitude ! Il y a 25 noeuds de vent la mer est formée...heureusement j'ai deux contacts tels deux jokers que je peux solliciter, Xavier de NKE et Gilles de Teem Lorient, je passe une partie de la matinée au tél avec l'un a essayer différentes solutions (ça veut dire aller au fond du bateau débrancher des fils, interchanger les pilotes et rappeler pour vérifier, et ça marche ! Une heure après ça marche plus ! Empannage involontaire, le bateau est en travers de la piste, les voiles gonflées à contre, le mât tient bon... nouveaux échanges, nouveaux essais, sans succès. Le premier joker botte en touche et me conseille le second joker... nouvelle procédure (la même en fait mais ailleurs, débranchement, rebranchement, échange de pilote, changement de girouette, je vois à peine avec la buée sur mes lunettes et ma lampe frontale dans la fournaise des recoins du bateau, puis ça fonctionne durablement, ouf il est 15h, j'ai commencé les procédures à 8h ce matin....Merci et bravo les jokers! Fin de journée dans une mer formée mais ordonnée à enchaîner les longues glissades et les surfs comme sur un toboggan idem pour la nuit ponctuée de deux empannages (volontaires cette fois) pour suivre les rotations du vent. Il y a une lumière scintillante très vive, rouge/vert sous la constellation d'Orion, on dirait un avion, il faut que j'arrive à l'identifier. 1236 milles de la Guadeloupe!
Guy Pronier - Terranimo “Je suis sous spi capelage et 2 ris. Le bricolage de ce matin a l'air de fonctionner ! C'est bien aussi l'aventure”
