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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

Halvard MABIRE - GDD © Christophe Huchet


Les Rhums sont toujours féconds en écriture, pour notre plus grand plaisir ! Bienvenue à bord…


Halvard MABIRE (GDD) "Bonjour. Depuis hier après-midi nous avons pu commencer à sortir les voiles de portant. Ça fait du bien ! On a eu un peu de mal à les retrouver, car depuis le temps qu'elles étaient remisées, on ne savait plus trop où elles étaient. GDD est un catamaran et comme les deux coques sont habitables il a fallu chercher dans l'aile gauche et l'aile droite du château. Pour les terriens qui ne savent pas trop, un trimaran, ça a trois coques, mais sur les trimarans de course, il n'y a que la coque centrale qui est habitable. Les flotteurs sont des volumes fermés. En tous cas, il vaut mieux qu'ils le soient. On sent bien qu'un bateau c'est quand-même plus fait pour glisser que pour planter des pieux. C'est encore plus vrai avec les monocoques modernes qui ont des coques très planantes et donc très plates dessous. Au près, face à la vague, c'est tout simplement un enfer. Un multicoque, c'est pas terrible au près non plus car c'est jamais exactement la même vague pour toutes les coques en même temps, donc on a toujours un peu l'impression que le bateau avance en faisant du crawl, c'est à dire qu'il y a toujours un flotteur qui veut avancer plus vite que l'autre au près. Alors, même si les coques fines des multicoques passent bien dans la mer, toute la structure qui est entre les flotteurs, elle, est par contre sacrément sollicitée dans ces conditions. Donc si certains prétendent que le bonheur est dans le près, moi je dis surtout que le bonheur c'est quand ça s'arrête, le près. Aujourd'hui les conditions devraient être suffisamment maniables à un moment donné pour que je ne sois pas rivé à côté des écoutes, prêt à les choquer. Cela devrait me permettre de fêter un événement important et nouveau pour moi en course. Non, ce n'est pas mon anniversaire l'événement nouveau en course. Déjà c'est pas un événement important, car passé 7 ans, l'âge de raison paraît-il, on comprend qu'on prend pas un an en un seul jour, donc pourquoi fêter ce jour là plus que les autres? Ensuite, ce n'est pas une nouveauté non plus. Comme la plupart des transats partent début Novembre et que je ne courre pas en Ultim (dommage d'ailleurs), j'en ai fait un paquet d'anniversaires en mer. Ce qui, au passage, a au moins l'avantage qu'on n'est pas obligé de payer la tournée à tout le bar, même à l'abruti qu'on n'a jamais vu et qui est là par hasard, mais qui se vexerait s'il a pas un coup à boire gratos alors que les autres en ont (c'est comme ça la mentalité en France, si il y a un truc gratuit, tout le monde n'en veut, même et surtout s'il n'en n'a pas besoin). Non, l'événement nouveau c'est que je vais prendre, probablement, si les conditions le permettent, une vraie douche. Ce qui n'est pas banal sur un bateau de course! Mais si GDD fait de la course, c'est aussi et en plus un bateau avec lequel on peut faire d'autres programmes que la course uniquement. Comme quoi, la vie est faite de plaisirs simples. Note suite à cette publication : je fais taire immédiatement les mauvaises langues qui prétendent que je prends une douche uniquement le jour de mon anniversaire. A bientôt. Halvard."


Wilfrid Clerton (Cap au cap Location) "Salut les amis. Quelle journée de dingue aujourd’hui, ça commence sous le soleil au près, puis passage du front donc 30 nœuds de vent réel, on était à fond. J'ai fait stopper tout cela très rapidement, j'ai demandé à Wilfrid de prendre 2 ris dans la gv et de rouler le génois, il était encore parti à fond sans prendre soin du bateau, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Nous avons fait un briefing, et en fait il avait le couteau entre les dents. Il n'aime pas perdre, donc il m'a expliqué qu'il voulait doubler Catherine (Chabaud) et Jean-Pierre (Dick) donc également de distancer le petit paquet de derrière ! Ok pourquoi pas, mais pas en prenant des risques démesurés. Je lui ai proposé deux méthodes et nous verrons à la fin de la course celle qui aura fonctionné. Par contre pour moi Popy, j'estime que tout le monde aura gagné, car traverser l'atlantique nord à cette période de l'année, ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai mes amis qui seront à l'arrivée ; ils auront traversé l'atlantique mais en avion, ce n'est pas bien pour l'empreinte carbone va nous dire l'organisateur de la course ! Mais comment sont-ils venus également dans cette belle île qu'est la Guadeloupe, en avion.... Alors pour en revenir à nos moutons, nous avons traversé ce front soutenu, ce qui nous a fait avoir la rotation de vent, tant espérée. Depuis, ce sont des grandes glissades sous gennaker et grand voile 1 ris. Le barreur, vous l'aurez compris, c'est moi Popy. La barre est très grande pour moi, donc dans 4 ans c'est moi qui ferait la Route du Rhum à la place de Wilfrid, donc il faudra me remplacer cette grande barre à roue pour une plus petite. De plus, à la fin de cette course, il faut que je demande à Wilfrid l'autorisation de prendre son bateau pour dans 4 ans, et je voudrai qu'il soit mon préparateur technique, routeur, co-skipper et surtout mon super copain. Ce soir, après avoir mangé notre soupe aux asperges, qui était bonne mais sans plus, je préfère celle de Katia la femme de Willfrid, nous avons nettoyé le bateau car c'est un petit espace de vie qui peut vite devenir une poubelle. Donc nous avons bichonné notre grand Kriter VIII.Comme je suis petit et que je passe partout, Wilfrid m'a demandé de contrôler toutes les soudures du fond de coque car le bateau tapait très fortement dans la mer en furie. J'ai même eu peur à certain moment mais il ne faudra pas le répéter car on va se moquer de moi. La bonne nouvelle c'est que malgré les 42 ans de Kriter VIII , sa coque est comme à son premier jour. Aucun problème constaté pendant l'inspection du navire. La quille est toujours bien fixée et j'ai également contrôlé le secteur de barre et les paliers de la mèche de safran, aucun problème. Pour information, lors de la préparation du bateau, Wilfrid a rencontré un très gros problème avec le gouvernail. C'est un copain, Gurvane qui travaille chez Grassi bateau qui a tout remis en ordre de fonctionnement avec Vincent de chez Tech Inox. Heureusement qu'ils étaient là ces deux petits gars. La nuit s'annonce plutôt calme, Wilfrid va commencer son premier quart et je prendrai la suite. J'adore naviguer la nuit avec les étoiles, les vagues qui viennent lécher l'étrave de Kriter VIII et les pépites qui brillent dans le sillage de notre beau bateau bleu. Par contre j'espère qu'il ne va pas envoyer le spi cette nuit, car j'ai de mauvais souvenirs avec cette voile lors des deux dernières éditions de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. Bon je vous laisse car Wilfrid a besoin de l'ordinateur pour la bonne marche du bateau. notre position au cas ou l'on se perde sur cette immense mer est : 32°40.9392N 22°22.6613W Bonne nuit Popy


Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice), reçu jeudi soir “Comme la première gorgée de bière, le premier choqué d'écoute après huit jours de près et beaucoup d'aventures a été un beau moment de soulagement. Ça y est ! On est passé au portant . Notre Méditerranée - Ville de Nice va pouvoir surfer, jouer, rigoler avec son skipper et tous ses spinnakers. Huit jours de près ! C'est monstrueux pour un bateau tel que Notre Méditerranée - Ville de Nice qui a été surtout conçu pour le portant et le plaisir de la glisse. Ça a tapé, cogné , percé les vagues, pris des embruns, tellement d'embruns. Même s'il y a eu des moments difficiles et qu'il a fallu ajuster certains points, le JP 54 est là, fidèle au poste et j'en suis très fier. Nous avons passé le plus dur avec la flotte Rhum Mono ! A nous les joies du portant et sans sorties de route :) SVP. A très vite JP.”


Arnaud Pennarun (Viabilis - Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré), reçu jeudi soir : “Bonjour à tous. En préparation du coup de vent annoncé à 35 nœuds dans la nuit de mardi 15 à mercredi 16, j'ai affalé complétement la misaine en profitant des derniers rayons de soleil. La mer était déjà désordonnée et le vent soufflait à 24 nœuds. En voulant saisir la drisse, je me suis rendu compte qu'elle flottait libre sous le vent. Autant vous dire que tenter des manœuvres seul à la barre pour la récupérer était exclu. Et le temps de la voir, elle avait déjà été aspirée dans le mât par son propre poids...La balancine m'avait déjà fait le même coup la veille. Mercredi matin à l'aube j'ai pu voir aux jumelles que la manille de la drisse de misaine était bloquée dans le réa de tête de mât. Bonne nouvelle, moins bonne pour la balancine qui est dans le mât et car il va falloir monter là-haut.


Je vous avoue que ça ne m'amusait pas du tout de monter en mer, seul dans les mâts. Je suis un peu passé à côté de cette préparation à l'ascension avant de partir en solitaire. J'étais plutôt serein : Nous avions remplacé toutes les drisses, les manilles et les textiles de reprise d'effort, alors ça va le faire non?Eh bien non!


Heureusement Mickael Largy, le préparateur du bateau; qui travaille au Chantier naval de Pors-Moro à prévu -au cas où- et m'a laissé un baudrier d'élagueur. Voilà deux jours que je regarde ce matériel dans tous les sens et que je me demande comment je vais gérer ce dossier. Bon, un petit tuto de Mickael qui m'a envoyé une photo d'un schéma du montage à main levé, et quand il faut y aller...


Aujourd'hui 12h00, le vent est passé au portant, pour 15 nœuds et il est enfin stable. La mer s'est apaisée et les creux ne sont plus que de 2 mètres. Je cherche à la barre le cap qui va le mieux caler Pen Duick 3 sur son bouchain. Je peux compter sur lui, il est stable et ne tape pas. Je préviens par mail la direction de course du début de l'opération. 13h30 : je renvoie un mail à la DC, opération terminée, j'ai récupéré la drisse et passé une balancine en extérieur du mât. Encore 1h30 pour tout ranger et sécuriser avec spectra et couture les manilles, car ce sont elles qui ont largué visiblement lors de l'absence de charge sur leur axe durant l'affalage. Tout est prêt pour hisser la misaine haute, et à 15h15, nous faisons route au 242 pour 7,5 noeuds. C'est finalement la bonne technique pour monter seul au mât en mer : un bout libre hissé sur une drisse de spi, un harnais sur lequel est fixé ce bout, une poignée mâchoire équipée de deux repose pieds, un gris gris d'escalade pour se hisser le tout sur ce bout. Le principe consiste à se laisser porter son poids par le gris gris, lever les deux jambes vers le haut, hisser la poignée mâchoire vers le haut, le long du bout et reprendre le mou sur ce même bout par le gris gris lorsqu' on se met en extension sur les jambes. Vous avez suivi? J'ai bon Mickael? Ah j'oubliais, avoir une petite forme physique de réserve et ne pas prévoir de grosses manœuvres ensuite. Arnaud Pennarun, dans l'est de Ponta Delgada - Açores.”


Philippe Poupon (Flo) - Les îles de l’Atlantique Je passe au nord des Canaries. Sous mon vent, l’archipel aux sept îles. J’en ai visité plusieurs lors de mes différentes escales. Tenerife et son Pico del Teide, plus de 3000 mètres. Une sacrée montagne qui accélère le vent dans le goulet avec sa voisine Gran Canaria. On s’était fait surprendre avec Morbihan en 1981, lors de la course autour du monde. Nous étions rentrés dans le canal sous spi avec une jolie brise, mais celle-ci s'est transformée en un souffle puissant à plus de 35nds. C’était la nuit et nous avons eu du mal à maîtriser le véloce plan Joubert de 15 mètres. Mes équipiers Halvard Mabire, JF Le Menec et les 3 « glandos » constructeurs du bateau. Mais si le vent accélère entre les îles, il y a aussi un énorme dévent qui peut aller à plusieurs dizaine de mille sous le vent du colosse. Je vais passer au vent de La Palma. Je ne sais si son volcan est encore en éruption comme il l’était il y a quelques mois. Je vais observer le ciel cette nuit et peut-être y voir une lueur. Les scientifiques ont peur, car son versant ouest est instable. L’effondrement de la montagne pourrait engendrer un tsunami géant. Une vague de plus de 500 mètres de haut. Elle traverserait l’Atlantique en quelques heures pour frapper les Caraïbes et selon les estimations submergeait la Floride. Je ne pensais pas descendre si bas et si proche des Canaries. La situation météo une fois passé le Cap Finisterre m’a conduit sur cette route. L’option plein ouest, vers les Açores ne me plaisait guère. Avec ma vieille fille de plus de 32 ans, je ne voulais pas la malmener. Je m’étais promis de l’amener de l’autre côté de l’Atlantique. Je n’ai même pas pu m’approcher de Madère, la solitaire. Avec mon frère Luc, nous avons gagné la première étape entre Lorient et St Barth. Nos poursuivants s’appelaient Franck Cammas et Charles Caudrelier. On avait fait une option gagnante le long du Portugal. Je suis plus habitué à me faufiler aux milieux de l’Archipel des Açores. En 1978, j’y ai fait escale avec mon Pen Duick III, sur l'île de Faial, au port de Horta. Haut lieu de la pêche à la baleine jusqu’aux années 70 et son célèbre Café Sport, chez Peter. Quelques heures d'escale pour récupérer une pièce du pilote aérien. En 1986, j’ai failli m’arrêter sur l’île de Sao Miguel, pour réparer une drisse de grand-voile. Mon frère Luc m’y attendait, mais le vent m’a permis de hisser ma voile et d’oublier cette escale. En 1990, je suis passé très au nord, près des îles de Flores et Corvo. C’est par là que passe l’orthodromie, la route la plus courte pour rejoindre la Guadeloupe.


Revenons sur mer et laissons nous emporter par le rêve de ces îles de l’Atlantique.


Philippe POUPON Skipper du FLO au large des Canaries.

  • 18 nov. 2022
  • 10 min de lecture

Halvard MABIRE - GDD © Christophe Huchet


Les Rhums sont toujours féconds en écriture, pour notre plus grand plaisir ! Bienvenue à bord…


Halvard MABIRE (GDD) "Bonjour. Depuis hier après-midi nous avons pu commencer à sortir les voiles de portant. Ça fait du bien ! On a eu un peu de mal à les retrouver, car depuis le temps qu'elles étaient remisées, on ne savait plus trop où elles étaient. GDD est un catamaran et comme les deux coques sont habitables il a fallu chercher dans l'aile gauche et l'aile droite du château. Pour les terriens qui ne savent pas trop, un trimaran, ça a trois coques, mais sur les trimarans de course, il n'y a que la coque centrale qui est habitable. Les flotteurs sont des volumes fermés. En tous cas, il vaut mieux qu'ils le soient. On sent bien qu'un bateau c'est quand-même plus fait pour glisser que pour planter des pieux. C'est encore plus vrai avec les monocoques modernes qui ont des coques très planantes et donc très plates dessous. Au près, face à la vague, c'est tout simplement un enfer. Un multicoque, c'est pas terrible au près non plus car c'est jamais exactement la même vague pour toutes les coques en même temps, donc on a toujours un peu l'impression que le bateau avance en faisant du crawl, c'est à dire qu'il y a toujours un flotteur qui veut avancer plus vite que l'autre au près. Alors, même si les coques fines des multicoques passent bien dans la mer, toute la structure qui est entre les flotteurs, elle, est par contre sacrément sollicitée dans ces conditions. Donc si certains prétendent que le bonheur est dans le près, moi je dis surtout que le bonheur c'est quand ça s'arrête, le près. Aujourd'hui les conditions devraient être suffisamment maniables à un moment donné pour que je ne sois pas rivé à côté des écoutes, prêt à les choquer. Cela devrait me permettre de fêter un événement important et nouveau pour moi en course. Non, ce n'est pas mon anniversaire l'événement nouveau en course. Déjà c'est pas un événement important, car passé 7 ans, l'âge de raison paraît-il, on comprend qu'on prend pas un an en un seul jour, donc pourquoi fêter ce jour là plus que les autres? Ensuite, ce n'est pas une nouveauté non plus. Comme la plupart des transats partent début Novembre et que je ne courre pas en Ultim (dommage d'ailleurs), j'en ai fait un paquet d'anniversaires en mer. Ce qui, au passage, a au moins l'avantage qu'on n'est pas obligé de payer la tournée à tout le bar, même à l'abruti qu'on n'a jamais vu et qui est là par hasard, mais qui se vexerait s'il a pas un coup à boire gratos alors que les autres en ont (c'est comme ça la mentalité en France, si il y a un truc gratuit, tout le monde n'en veut, même et surtout s'il n'en n'a pas besoin). Non, l'événement nouveau c'est que je vais prendre, probablement, si les conditions le permettent, une vraie douche. Ce qui n'est pas banal sur un bateau de course! Mais si GDD fait de la course, c'est aussi et en plus un bateau avec lequel on peut faire d'autres programmes que la course uniquement. Comme quoi, la vie est faite de plaisirs simples. Note suite à cette publication : je fais taire immédiatement les mauvaises langues qui prétendent que je prends une douche uniquement le jour de mon anniversaire. A bientôt. Halvard."


Wilfrid Clerton (Cap au cap Location) "Salut les amis. Quelle journée de dingue aujourd’hui, ça commence sous le soleil au près, puis passage du front donc 30 nœuds de vent réel, on était à fond. J'ai fait stopper tout cela très rapidement, j'ai demandé à Wilfrid de prendre 2 ris dans la gv et de rouler le génois, il était encore parti à fond sans prendre soin du bateau, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Nous avons fait un briefing, et en fait il avait le couteau entre les dents. Il n'aime pas perdre, donc il m'a expliqué qu'il voulait doubler Catherine (Chabaud) et Jean-Pierre (Dick) donc également de distancer le petit paquet de derrière ! Ok pourquoi pas, mais pas en prenant des risques démesurés. Je lui ai proposé deux méthodes et nous verrons à la fin de la course celle qui aura fonctionné. Par contre pour moi Popy, j'estime que tout le monde aura gagné, car traverser l'atlantique nord à cette période de l'année, ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai mes amis qui seront à l'arrivée ; ils auront traversé l'atlantique mais en avion, ce n'est pas bien pour l'empreinte carbone va nous dire l'organisateur de la course ! Mais comment sont-ils venus également dans cette belle île qu'est la Guadeloupe, en avion.... Alors pour en revenir à nos moutons, nous avons traversé ce front soutenu, ce qui nous a fait avoir la rotation de vent, tant espérée. Depuis, ce sont des grandes glissades sous gennaker et grand voile 1 ris. Le barreur, vous l'aurez compris, c'est moi Popy. La barre est très grande pour moi, donc dans 4 ans c'est moi qui ferait la Route du Rhum à la place de Wilfrid, donc il faudra me remplacer cette grande barre à roue pour une plus petite. De plus, à la fin de cette course, il faut que je demande à Wilfrid l'autorisation de prendre son bateau pour dans 4 ans, et je voudrai qu'il soit mon préparateur technique, routeur, co-skipper et surtout mon super copain. Ce soir, après avoir mangé notre soupe aux asperges, qui était bonne mais sans plus, je préfère celle de Katia la femme de Willfrid, nous avons nettoyé le bateau car c'est un petit espace de vie qui peut vite devenir une poubelle. Donc nous avons bichonné notre grand Kriter VIII.Comme je suis petit et que je passe partout, Wilfrid m'a demandé de contrôler toutes les soudures du fond de coque car le bateau tapait très fortement dans la mer en furie. J'ai même eu peur à certain moment mais il ne faudra pas le répéter car on va se moquer de moi. La bonne nouvelle c'est que malgré les 42 ans de Kriter VIII , sa coque est comme à son premier jour. Aucun problème constaté pendant l'inspection du navire. La quille est toujours bien fixée et j'ai également contrôlé le secteur de barre et les paliers de la mèche de safran, aucun problème. Pour information, lors de la préparation du bateau, Wilfrid a rencontré un très gros problème avec le gouvernail. C'est un copain, Gurvane qui travaille chez Grassi bateau qui a tout remis en ordre de fonctionnement avec Vincent de chez Tech Inox. Heureusement qu'ils étaient là ces deux petits gars. La nuit s'annonce plutôt calme, Wilfrid va commencer son premier quart et je prendrai la suite. J'adore naviguer la nuit avec les étoiles, les vagues qui viennent lécher l'étrave de Kriter VIII et les pépites qui brillent dans le sillage de notre beau bateau bleu. Par contre j'espère qu'il ne va pas envoyer le spi cette nuit, car j'ai de mauvais souvenirs avec cette voile lors des deux dernières éditions de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. Bon je vous laisse car Wilfrid a besoin de l'ordinateur pour la bonne marche du bateau. notre position au cas ou l'on se perde sur cette immense mer est : 32°40.9392N 22°22.6613W Bonne nuit Popy


Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice), reçu jeudi soir “Comme la première gorgée de bière, le premier choqué d'écoute après huit jours de près et beaucoup d'aventures a été un beau moment de soulagement. Ça y est ! On est passé au portant . Notre Méditerranée - Ville de Nice va pouvoir surfer, jouer, rigoler avec son skipper et tous ses spinnakers. Huit jours de près ! C'est monstrueux pour un bateau tel que Notre Méditerranée - Ville de Nice qui a été surtout conçu pour le portant et le plaisir de la glisse. Ça a tapé, cogné , percé les vagues, pris des embruns, tellement d'embruns. Même s'il y a eu des moments difficiles et qu'il a fallu ajuster certains points, le JP 54 est là, fidèle au poste et j'en suis très fier. Nous avons passé le plus dur avec la flotte Rhum Mono ! A nous les joies du portant et sans sorties de route :) SVP. A très vite JP.”


Arnaud Pennarun (Viabilis - Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré), reçu jeudi soir : “Bonjour à tous. En préparation du coup de vent annoncé à 35 nœuds dans la nuit de mardi 15 à mercredi 16, j'ai affalé complétement la misaine en profitant des derniers rayons de soleil. La mer était déjà désordonnée et le vent soufflait à 24 nœuds. En voulant saisir la drisse, je me suis rendu compte qu'elle flottait libre sous le vent. Autant vous dire que tenter des manœuvres seul à la barre pour la récupérer était exclu. Et le temps de la voir, elle avait déjà été aspirée dans le mât par son propre poids...La balancine m'avait déjà fait le même coup la veille. Mercredi matin à l'aube j'ai pu voir aux jumelles que la manille de la drisse de misaine était bloquée dans le réa de tête de mât. Bonne nouvelle, moins bonne pour la balancine qui est dans le mât et car il va falloir monter là-haut.


Je vous avoue que ça ne m'amusait pas du tout de monter en mer, seul dans les mâts. Je suis un peu passé à côté de cette préparation à l'ascension avant de partir en solitaire. J'étais plutôt serein : Nous avions remplacé toutes les drisses, les manilles et les textiles de reprise d'effort, alors ça va le faire non?Eh bien non!


Heureusement Mickael Largy, le préparateur du bateau; qui travaille au Chantier naval de Pors-Moro à prévu -au cas où- et m'a laissé un baudrier d'élagueur. Voilà deux jours que je regarde ce matériel dans tous les sens et que je me demande comment je vais gérer ce dossier. Bon, un petit tuto de Mickael qui m'a envoyé une photo d'un schéma du montage à main levé, et quand il faut y aller...


Aujourd'hui 12h00, le vent est passé au portant, pour 15 nœuds et il est enfin stable. La mer s'est apaisée et les creux ne sont plus que de 2 mètres. Je cherche à la barre le cap qui va le mieux caler Pen Duick 3 sur son bouchain. Je peux compter sur lui, il est stable et ne tape pas. Je préviens par mail la direction de course du début de l'opération. 13h30 : je renvoie un mail à la DC, opération terminée, j'ai récupéré la drisse et passé une balancine en extérieur du mât. Encore 1h30 pour tout ranger et sécuriser avec spectra et couture les manilles, car ce sont elles qui ont largué visiblement lors de l'absence de charge sur leur axe durant l'affalage. Tout est prêt pour hisser la misaine haute, et à 15h15, nous faisons route au 242 pour 7,5 noeuds. C'est finalement la bonne technique pour monter seul au mât en mer : un bout libre hissé sur une drisse de spi, un harnais sur lequel est fixé ce bout, une poignée mâchoire équipée de deux repose pieds, un gris gris d'escalade pour se hisser le tout sur ce bout. Le principe consiste à se laisser porter son poids par le gris gris, lever les deux jambes vers le haut, hisser la poignée mâchoire vers le haut, le long du bout et reprendre le mou sur ce même bout par le gris gris lorsqu' on se met en extension sur les jambes. Vous avez suivi? J'ai bon Mickael? Ah j'oubliais, avoir une petite forme physique de réserve et ne pas prévoir de grosses manœuvres ensuite. Arnaud Pennarun, dans l'est de Ponta Delgada - Açores.”


Philippe Poupon (Flo) - Les îles de l’Atlantique Je passe au nord des Canaries. Sous mon vent, l’archipel aux sept îles. J’en ai visité plusieurs lors de mes différentes escales. Tenerife et son Pico del Teide, plus de 3000 mètres. Une sacrée montagne qui accélère le vent dans le goulet avec sa voisine Gran Canaria. On s’était fait surprendre avec Morbihan en 1981, lors de la course autour du monde. Nous étions rentrés dans le canal sous spi avec une jolie brise, mais celle-ci s'est transformée en un souffle puissant à plus de 35nds. C’était la nuit et nous avons eu du mal à maîtriser le véloce plan Joubert de 15 mètres. Mes équipiers Halvard Mabire, JF Le Menec et les 3 « glandos » constructeurs du bateau. Mais si le vent accélère entre les îles, il y a aussi un énorme dévent qui peut aller à plusieurs dizaine de mille sous le vent du colosse. Je vais passer au vent de La Palma. Je ne sais si son volcan est encore en éruption comme il l’était il y a quelques mois. Je vais observer le ciel cette nuit et peut-être y voir une lueur. Les scientifiques ont peur, car son versant ouest est instable. L’effondrement de la montagne pourrait engendrer un tsunami géant. Une vague de plus de 500 mètres de haut. Elle traverserait l’Atlantique en quelques heures pour frapper les Caraïbes et selon les estimations submergeait la Floride. Je ne pensais pas descendre si bas et si proche des Canaries. La situation météo une fois passé le Cap Finisterre m’a conduit sur cette route. L’option plein ouest, vers les Açores ne me plaisait guère. Avec ma vieille fille de plus de 32 ans, je ne voulais pas la malmener. Je m’étais promis de l’amener de l’autre côté de l’Atlantique. Je n’ai même pas pu m’approcher de Madère, la solitaire. Avec mon frère Luc, nous avons gagné la première étape entre Lorient et St Barth. Nos poursuivants s’appelaient Franck Cammas et Charles Caudrelier. On avait fait une option gagnante le long du Portugal. Je suis plus habitué à me faufiler aux milieux de l’Archipel des Açores. En 1978, j’y ai fait escale avec mon Pen Duick III, sur l'île de Faial, au port de Horta. Haut lieu de la pêche à la baleine jusqu’aux années 70 et son célèbre Café Sport, chez Peter. Quelques heures d'escale pour récupérer une pièce du pilote aérien. En 1986, j’ai failli m’arrêter sur l’île de Sao Miguel, pour réparer une drisse de grand-voile. Mon frère Luc m’y attendait, mais le vent m’a permis de hisser ma voile et d’oublier cette escale. En 1990, je suis passé très au nord, près des îles de Flores et Corvo. C’est par là que passe l’orthodromie, la route la plus courte pour rejoindre la Guadeloupe.


Revenons sur mer et laissons nous emporter par le rêve de ces îles de l’Atlantique.


Philippe POUPON Skipper du FLO au large des Canaries.

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