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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Benjamin Dutreux


Trois jours après le départ, La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est toujours aussi intense pour les 36 skippers de la classe IMOCA encore en course. Charlie Dalin (Apivia) domine toujours les débats mais ses poursuivants restent menaçants. Après un ralentissement la nuit dernière, causé par une vaste zone sans vent, l’ambiance va radicalement changer dans les heures à venir. « Aujourd’hui, on va rentrer dans le vif du sujet avec un nouveau passage de front à négocier, qui a l'air bien virulent », expliquait en vacation Benjamin Dutreux (Guyot Environnement). Les autres marins que nous avons contactés ont raconté leurs options, leur joie d’être en mer, leurs galères. Morceaux choisis.


Benjamin Dutreux (Guyot Environnement) : « Je commence à bien prendre le rythme du large »


« J’ai passé un long moment dans la molle cette nuit, avec 0 nœud de vent pendant 8 heures. Je peux enfin avancer et regagner dans l’ouest. J’étais content de ma position hier, beaucoup moins aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir plus subi la molle que les autres. Le rythme est très intense depuis le départ avec beaucoup de manœuvres, de stratégie et de placements. Si on rajoute par-dessus ça les zones de molle, c’est un début de course bien chargé. Aujourd’hui, on va rentrer dans le vif du sujet avec un nouveau passage de front à négocier. Il a l’air bien virulent celui-ci. Il va falloir reprendre des ris, faire face à ces grosses conditions. Une fois le front passé, je vais virer de bord pour retourner vers le Sud, direction les Açores. Cette bascule surviendra en fin de journée. Je découvre chaque jour des choses sur mon bateau. Le près n’est pas son allure de prédilection mais on ne s’en sort pas si mal. Je commence à bien prendre le rythme du large. »


Kevin Escoffier (Holcim-PRB) : « Il y a plein de points positifs sur ces premiers jours de course »


« Derrière le front que nous avons traversé en fin de nuit, il y a eu une grosse zone de calme qui a tendance à se disperser. C’est comme un nouveau départ, cela veut dire qu’il faut refaire tout le boulot ! D’autant que cette zone de molle sera moins tranchée pour ceux de derrière. Aujourd’hui, le vent va monter très rapidement en 4-5 heures pour atteindre 30-35 nœuds. On virera ensuite derrière ce front pour rejoindre les Açores et probablement retrouver des alizés pas très forts et surtout orientés très Est. Grosse bataille de VMG avec encore beaucoup de manœuvres en perspective !


On ne s’ennuie pas depuis le début, entre le nombre de manœuvres et la météo pas vraiment limpide. Il était difficile d’avoir une stratégie claire depuis le départ. Je me faisais une petite sieste quand vous avez appelé. Je pense que personne n’a vraiment dormi depuis le départ. Je me fais des tranches de sommeil de 15 mn.


2e je suis content, après c’est l’arrivée qui compte ! I J’ai été parfois un peu trop prudent depuis le départ, mais je suis content de la vitesse du bateau, de son comportement. Charlie (Dalin) est clairement au-dessus du lot en termes de navigation et de vitesse. Mais cela fait plaisir d’être au contact avec Jérémie (Beyou) et Thomas (Ruyant). Cela me permet de découvrir le bateau et cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de grosses courses en solitaire. Il y a plein de points positifs sur ces premiers jours de course. »



Antoine Cornic (Human Immobilier) : « Les foilers vont partir, on va jouer avec les copains à dérives »


« C’était annoncé qu’on allait avoir un peu moins de vent. Nous avons eu une transition bizarre : la pluie s’est installée avec de la pétole. C’est sûr, cela a permis de rincer le bateau et le ciré, mais c’était éprouvant d’essayer de trouver une porte de sortie. Désormais le vent est revenu par le Sud, et on se dirige vers le deuxième front. Je ne sais pas ce qu’il y a de plus difficile : manœuvrer dans du vent fort, ou essayer de s’extraire d’une zone de pétole. D’un côté, tu t’uses physiquement, de l’autre, c’est plutôt mentalement. Cela fait du bien de réavancer… Je me suis fait mal dans le premier front, je suis tombé sur un winch, donc je fais attention. J’essaye t’anticiper les manœuvres, le temps que mon épaule se remette un peu. Le front va passer rapidement, cela va durer quelques heures, après on aura un vent de nord-ouest pour aller en direction des Açores.


J’étais assez stressé au départ, c’est assez bizarre venant de ma part. J’avais envie d’aller dans le Nord comme Louis (Duc) et puis, je me suis dit que ce n’était pas raisonnable car je ne voulais pas casser le bateau. Je suis assez content de la manière dont j’ai navigué jusqu’à présent. Les foilers vont maintenant partir car ce seront leurs conditions. On va jouer avec les copains à dérives. Il y a 36 heures, Guirec (Soudée) avait 40 milles d’avance sur moi, et aujourd’hui, je suis content d’être revenu à sa hauteur. C’est sympa de se tirer la bourre avec des bateaux similaires, bien plus que si je n’avais que Charlie Dalin comme concurrent ! »


Arnaud Boissières (La Mie Câline) : « Je prends beaucoup de plaisir. Je suis à fond mon option »


« Je navigue dans plus de 20 nœuds, il y a un peu de mer mais ça va, c’est largement vivable. Je vais vers le deuxième front. Je suis content d’être à bord de mon bateau, je prends beaucoup de plaisir. Je suis à fond mon option. Avant de partir je m’étais imaginé un scénario et je suis en train de le réaliser. Je suis devant la table à cartes, je fais tourner plein de routages. Dans quelques heures je vais virer de bord, entre 16h et 17h TU. J’attends avec impatience ce virement. Après il faudra plonger vers le Sud pour passer les Açores. Il y aura à nouveau une dorsale à traverser, un truc pas très clair pour ensuite attraper les alizés. Je suis bien dans le rythme, je dors bien, je mange bien. J’ai mon petit train train. Je vais dormir car avec l’arrivée du front il va y avoir du boulot ! »


Giancarlo Pedote (Prysmian Group) : « Je n’ai plus de J2 mais la bagarre continue, je fais avec les armes dont je dispose » (note vocale reçu via WhatsApp)


« Hier soir, avant la nuit, je naviguais sous J2 avec un ris dans la grand-voile. Il y avait une vingtaine de nœuds, j’étais tranquille à la bannette en train de me reposer. J’ai senti le J2 faseyer et j’ai vu la voile coupée en deux. Ce n’est pas une jolie image. J’ai mis mon ciré, j’ai réussi à tout affaler. Une partie était dans l’eau. J’ai réussi à tout reprendre, à tout attacher avec un bout. J’ai mis quelques coups de couteau pour dégager la voile de l’étai et j’ai tout rentré dans la soute. C’est pour ça que j’ai tiré la barre et que je suis resté 45 minutes vent arrière. Donc il n’y a plus de J2 à bord de Prysmian Group. La bagarre continue, je fais avec les armes dont je dispose. »

  • 12 nov. 2022
  • 5 min de lecture

© Benjamin Dutreux


Trois jours après le départ, La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est toujours aussi intense pour les 36 skippers de la classe IMOCA encore en course. Charlie Dalin (Apivia) domine toujours les débats mais ses poursuivants restent menaçants. Après un ralentissement la nuit dernière, causé par une vaste zone sans vent, l’ambiance va radicalement changer dans les heures à venir. « Aujourd’hui, on va rentrer dans le vif du sujet avec un nouveau passage de front à négocier, qui a l'air bien virulent », expliquait en vacation Benjamin Dutreux (Guyot Environnement). Les autres marins que nous avons contactés ont raconté leurs options, leur joie d’être en mer, leurs galères. Morceaux choisis.


Benjamin Dutreux (Guyot Environnement) : « Je commence à bien prendre le rythme du large »


« J’ai passé un long moment dans la molle cette nuit, avec 0 nœud de vent pendant 8 heures. Je peux enfin avancer et regagner dans l’ouest. J’étais content de ma position hier, beaucoup moins aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir plus subi la molle que les autres. Le rythme est très intense depuis le départ avec beaucoup de manœuvres, de stratégie et de placements. Si on rajoute par-dessus ça les zones de molle, c’est un début de course bien chargé. Aujourd’hui, on va rentrer dans le vif du sujet avec un nouveau passage de front à négocier. Il a l’air bien virulent celui-ci. Il va falloir reprendre des ris, faire face à ces grosses conditions. Une fois le front passé, je vais virer de bord pour retourner vers le Sud, direction les Açores. Cette bascule surviendra en fin de journée. Je découvre chaque jour des choses sur mon bateau. Le près n’est pas son allure de prédilection mais on ne s’en sort pas si mal. Je commence à bien prendre le rythme du large. »


Kevin Escoffier (Holcim-PRB) : « Il y a plein de points positifs sur ces premiers jours de course »


« Derrière le front que nous avons traversé en fin de nuit, il y a eu une grosse zone de calme qui a tendance à se disperser. C’est comme un nouveau départ, cela veut dire qu’il faut refaire tout le boulot ! D’autant que cette zone de molle sera moins tranchée pour ceux de derrière. Aujourd’hui, le vent va monter très rapidement en 4-5 heures pour atteindre 30-35 nœuds. On virera ensuite derrière ce front pour rejoindre les Açores et probablement retrouver des alizés pas très forts et surtout orientés très Est. Grosse bataille de VMG avec encore beaucoup de manœuvres en perspective !


On ne s’ennuie pas depuis le début, entre le nombre de manœuvres et la météo pas vraiment limpide. Il était difficile d’avoir une stratégie claire depuis le départ. Je me faisais une petite sieste quand vous avez appelé. Je pense que personne n’a vraiment dormi depuis le départ. Je me fais des tranches de sommeil de 15 mn.


2e je suis content, après c’est l’arrivée qui compte ! I J’ai été parfois un peu trop prudent depuis le départ, mais je suis content de la vitesse du bateau, de son comportement. Charlie (Dalin) est clairement au-dessus du lot en termes de navigation et de vitesse. Mais cela fait plaisir d’être au contact avec Jérémie (Beyou) et Thomas (Ruyant). Cela me permet de découvrir le bateau et cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de grosses courses en solitaire. Il y a plein de points positifs sur ces premiers jours de course. »



Antoine Cornic (Human Immobilier) : « Les foilers vont partir, on va jouer avec les copains à dérives »


« C’était annoncé qu’on allait avoir un peu moins de vent. Nous avons eu une transition bizarre : la pluie s’est installée avec de la pétole. C’est sûr, cela a permis de rincer le bateau et le ciré, mais c’était éprouvant d’essayer de trouver une porte de sortie. Désormais le vent est revenu par le Sud, et on se dirige vers le deuxième front. Je ne sais pas ce qu’il y a de plus difficile : manœuvrer dans du vent fort, ou essayer de s’extraire d’une zone de pétole. D’un côté, tu t’uses physiquement, de l’autre, c’est plutôt mentalement. Cela fait du bien de réavancer… Je me suis fait mal dans le premier front, je suis tombé sur un winch, donc je fais attention. J’essaye t’anticiper les manœuvres, le temps que mon épaule se remette un peu. Le front va passer rapidement, cela va durer quelques heures, après on aura un vent de nord-ouest pour aller en direction des Açores.


J’étais assez stressé au départ, c’est assez bizarre venant de ma part. J’avais envie d’aller dans le Nord comme Louis (Duc) et puis, je me suis dit que ce n’était pas raisonnable car je ne voulais pas casser le bateau. Je suis assez content de la manière dont j’ai navigué jusqu’à présent. Les foilers vont maintenant partir car ce seront leurs conditions. On va jouer avec les copains à dérives. Il y a 36 heures, Guirec (Soudée) avait 40 milles d’avance sur moi, et aujourd’hui, je suis content d’être revenu à sa hauteur. C’est sympa de se tirer la bourre avec des bateaux similaires, bien plus que si je n’avais que Charlie Dalin comme concurrent ! »


Arnaud Boissières (La Mie Câline) : « Je prends beaucoup de plaisir. Je suis à fond mon option »


« Je navigue dans plus de 20 nœuds, il y a un peu de mer mais ça va, c’est largement vivable. Je vais vers le deuxième front. Je suis content d’être à bord de mon bateau, je prends beaucoup de plaisir. Je suis à fond mon option. Avant de partir je m’étais imaginé un scénario et je suis en train de le réaliser. Je suis devant la table à cartes, je fais tourner plein de routages. Dans quelques heures je vais virer de bord, entre 16h et 17h TU. J’attends avec impatience ce virement. Après il faudra plonger vers le Sud pour passer les Açores. Il y aura à nouveau une dorsale à traverser, un truc pas très clair pour ensuite attraper les alizés. Je suis bien dans le rythme, je dors bien, je mange bien. J’ai mon petit train train. Je vais dormir car avec l’arrivée du front il va y avoir du boulot ! »


Giancarlo Pedote (Prysmian Group) : « Je n’ai plus de J2 mais la bagarre continue, je fais avec les armes dont je dispose » (note vocale reçu via WhatsApp)


« Hier soir, avant la nuit, je naviguais sous J2 avec un ris dans la grand-voile. Il y avait une vingtaine de nœuds, j’étais tranquille à la bannette en train de me reposer. J’ai senti le J2 faseyer et j’ai vu la voile coupée en deux. Ce n’est pas une jolie image. J’ai mis mon ciré, j’ai réussi à tout affaler. Une partie était dans l’eau. J’ai réussi à tout reprendre, à tout attacher avec un bout. J’ai mis quelques coups de couteau pour dégager la voile de l’étai et j’ai tout rentré dans la soute. C’est pour ça que j’ai tiré la barre et que je suis resté 45 minutes vent arrière. Donc il n’y a plus de J2 à bord de Prysmian Group. La bagarre continue, je fais avec les armes dont je dispose. »

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