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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Stan Thuret (Everial)


[Mots du large] Les arrivées s’égrènent au fil des jours et des nuits à Pointe-à-Pitre. Mais pour quinze solitaires de la Class40, les saveurs tropicales de la Guadeloupe se font encore désirer. De Stan Thuret à Maxime Cauwe, en passant par Mathieu Claveau et Morgane Ursault-Poupon, tous attendus dans les jours qui viennent sur la ligne de la délivrance, ne déméritent pas pour inscrire cette Route du Rhum à leur palmarès. Miscellanées de leurs mots, messages et écrits où perce l’imparable bonheur d’être en mer mêlé à d’inévitables langueurs océanes…


Stan Thuret (Everial) : « Marin normal » « Faire une transat, ça ne se fait pas tous les jours. En tous cas, pas pour les Terriens. C’est un peu extra-ordinaire. Même si, en fait, comme tout, cela peut devenir… Normal. Alors sur cette transat, il y avait moins de découvertes pour moi. Mais c’est ma première en solitaire et sans escale. Ce n’est pas rien. Il y a 12 ans je travaillais à Paris dans le cinéma. Je prenais le train tous les soirs à St-Lazare. Et en novembre 2010, je me souviens de ce magazine acheté dans la gare, spécial Route du Rhum. Novembre 2022. Après une Mini-Transat, une Jacques Vabre, et un paquets d’autres courses, Je rajoute la Route du Rhum dans ma boîte à souvenirs pleine d’embruns. Je ne suis pas un bon marin. Je ne suis pas un mauvais marin. Je suis un marin normal. J’ai pris le temps de construire mes rêves. Il est important que dans le futur on puisse continuer à rêver. Même si le rêve doit se ré-inventer, Et s’aligner avec les enjeux écologiques. Pour que des gens normaux, Des gens comme vous, comme moi, Puissent continuer de temps en temps, A faire des choses extra-ordinaires. Et pas seulement sur la Mer. Mon arrivée sera elle aussi, normale. En pleine nuit. Loin du bruit. Et c’est ça aussi qui est beau ici. C’est que du premier au dernier, On aura tous des choses à raconter. Alors j’ai hâte de retrouver la Terre, Les yeux chargés de Mer. »


Mathieu Claveau (Prendre la mer, Agir pour la forêt) : « Il faut vraiment garder de la lucidité » « Depuis trois jours, c'est vraiment intense. La nuit dernière a été particulièrement compliquée avec de nombreux changements de voile pour réussir à avancer dans les divers grains. Nous étions avec Morgane (Ursault-Poupon), en limite Nord. J'étais venu la contrôler pour me replacer entre elle et la bouée, mais ce ne fut pas une mince affaire de repartir vers le Sud ! Je n'arrive plus trop à comprendre quel phénomène météo était à l’œuvre. Je me savais très fatigué et le vent devenait trop fort pour mon grand spi, j'ai préféré mettre directement le Code 5 pour aller dormir sereinement. Et j'ai écrasé toute la nuit. Il faut vraiment garder de la lucidité pour cette fin de course où la fatigue et les petits bobos s'accumulent. J'ai d'ailleurs cassé ma canne à algues, ce qui est très pénalisant pour enlever les sargasses des safrans... Depuis jours, j'ai des sargasses coincées dans le saildrive du moteur et malgré plusieurs marche-arrières pour tenter de les faire partir, elles sont toujours là... L'arrivée sur la Guadeloupe peut être très piégeuse avec aussi de nombreux dangers et trafic maritime. Le moral est bon même si quelques bobos aux coudes, mais ça va. »


Morgane Ursault-Poupon (Médecins du Monde) : « Qu’une ou deux journées parfaites » « Petit message rapide pour dire que tout va bien à bord de Médecins du Monde. Le vent est enfin relativement stable en force et en direction, donc je revis . J'ai mis le spi il y a deux heures . Avant cela j'étais sous gennak, pour plus de sérénité et de prudence. Afin de rester dans le match et de continuer à me battre comme il se doit, je me suis fait violence pour enrouler une ultime fois ce grand gennaker et envoyer le spi. Mon état d'épuisement est tel, que des manœuvres que je faisais avant sans trop réfléchir et sans rechigner à la tâche me paraissent désormais une énorme corvée. Tout est difficile. En mettant le spi j'ai a nouveau failli faire un cocotier, gros coup de stress (je n'avais pas assez bordé l'écoute avant de hisser la chaussette). Il faut noter que la mer est croisée et qu'il y a plus de 20 nœuds de vent, le bateau n'arrête pas de rouler, ce qui augmente le risque de départ au lof... Et a vivre c'est assez épuisant. Pour couronner le tout, je suis déçue de ne pas aller plus vite sous spi... En fait, j'étais pas mal sous gennak... Voilà vous l'aurais compris, jusqu'au bout cette Route du Rhum est difficile et je me méfie du tour de Guadeloupe, où il peut encore se passer tellement de choses... Je crois que hier sous gennak, c'était la plus belle journée de toute la traversée : peu de grains, du soleil, les alizés comme je les aime... Au final il n'y aura eu que une ou deux journée "parfaites", je ne m'attendais pas à autant de stress et de galères… Mais demain, je l'espère, tout sera parfait !!! »


Maxime Cauwe (Wisper) : « Route directe vers le Nord de la Guadeloupe » « Hier était finalement une bonne journée comparée à la précédente : le vent est monté faisant un peu oublier la déchirure du 3ème spi qui m’empêchait jusque là d'avoir la bonne vitesse ; et surtout ça y est : on a empanné et on fait route directe vers le Nord de la Guadeloupe et ça, ça fait plaisir ! C'est ouf comme ça joue sur le moral de se dire qu'on fait route. Tout devient plus cool (y compris les lyophilisés) et plus sympa. On se rapproche de l’arrivée, donc j'essaie de bien en profiter au maximum, de prendre plus de temps pour me poser, réaliser la chance incroyable que j'ai déjà d'être au soleil parce que quand je vois les news en métropole… Et surtout de participer à cet événement qu'est la Route du Rhum sur mon fidèle 98 qui m'épate chaque jour un peu plus. J’essaie aussi de prendre des forces parce qu'il paraît que le tour de la Guadeloupe peut être assez éprouvant mentalement. Donc, là ce que je vais faire, c’est régler un peu parce que le vent a molli. Et ensuite, petite sieste avant le lever du soleil. »

  • 27 nov. 2022
  • 4 min de lecture

© Stan Thuret (Everial)


[Mots du large] Les arrivées s’égrènent au fil des jours et des nuits à Pointe-à-Pitre. Mais pour quinze solitaires de la Class40, les saveurs tropicales de la Guadeloupe se font encore désirer. De Stan Thuret à Maxime Cauwe, en passant par Mathieu Claveau et Morgane Ursault-Poupon, tous attendus dans les jours qui viennent sur la ligne de la délivrance, ne déméritent pas pour inscrire cette Route du Rhum à leur palmarès. Miscellanées de leurs mots, messages et écrits où perce l’imparable bonheur d’être en mer mêlé à d’inévitables langueurs océanes…


Stan Thuret (Everial) : « Marin normal » « Faire une transat, ça ne se fait pas tous les jours. En tous cas, pas pour les Terriens. C’est un peu extra-ordinaire. Même si, en fait, comme tout, cela peut devenir… Normal. Alors sur cette transat, il y avait moins de découvertes pour moi. Mais c’est ma première en solitaire et sans escale. Ce n’est pas rien. Il y a 12 ans je travaillais à Paris dans le cinéma. Je prenais le train tous les soirs à St-Lazare. Et en novembre 2010, je me souviens de ce magazine acheté dans la gare, spécial Route du Rhum. Novembre 2022. Après une Mini-Transat, une Jacques Vabre, et un paquets d’autres courses, Je rajoute la Route du Rhum dans ma boîte à souvenirs pleine d’embruns. Je ne suis pas un bon marin. Je ne suis pas un mauvais marin. Je suis un marin normal. J’ai pris le temps de construire mes rêves. Il est important que dans le futur on puisse continuer à rêver. Même si le rêve doit se ré-inventer, Et s’aligner avec les enjeux écologiques. Pour que des gens normaux, Des gens comme vous, comme moi, Puissent continuer de temps en temps, A faire des choses extra-ordinaires. Et pas seulement sur la Mer. Mon arrivée sera elle aussi, normale. En pleine nuit. Loin du bruit. Et c’est ça aussi qui est beau ici. C’est que du premier au dernier, On aura tous des choses à raconter. Alors j’ai hâte de retrouver la Terre, Les yeux chargés de Mer. »


Mathieu Claveau (Prendre la mer, Agir pour la forêt) : « Il faut vraiment garder de la lucidité » « Depuis trois jours, c'est vraiment intense. La nuit dernière a été particulièrement compliquée avec de nombreux changements de voile pour réussir à avancer dans les divers grains. Nous étions avec Morgane (Ursault-Poupon), en limite Nord. J'étais venu la contrôler pour me replacer entre elle et la bouée, mais ce ne fut pas une mince affaire de repartir vers le Sud ! Je n'arrive plus trop à comprendre quel phénomène météo était à l’œuvre. Je me savais très fatigué et le vent devenait trop fort pour mon grand spi, j'ai préféré mettre directement le Code 5 pour aller dormir sereinement. Et j'ai écrasé toute la nuit. Il faut vraiment garder de la lucidité pour cette fin de course où la fatigue et les petits bobos s'accumulent. J'ai d'ailleurs cassé ma canne à algues, ce qui est très pénalisant pour enlever les sargasses des safrans... Depuis jours, j'ai des sargasses coincées dans le saildrive du moteur et malgré plusieurs marche-arrières pour tenter de les faire partir, elles sont toujours là... L'arrivée sur la Guadeloupe peut être très piégeuse avec aussi de nombreux dangers et trafic maritime. Le moral est bon même si quelques bobos aux coudes, mais ça va. »


Morgane Ursault-Poupon (Médecins du Monde) : « Qu’une ou deux journées parfaites » « Petit message rapide pour dire que tout va bien à bord de Médecins du Monde. Le vent est enfin relativement stable en force et en direction, donc je revis . J'ai mis le spi il y a deux heures . Avant cela j'étais sous gennak, pour plus de sérénité et de prudence. Afin de rester dans le match et de continuer à me battre comme il se doit, je me suis fait violence pour enrouler une ultime fois ce grand gennaker et envoyer le spi. Mon état d'épuisement est tel, que des manœuvres que je faisais avant sans trop réfléchir et sans rechigner à la tâche me paraissent désormais une énorme corvée. Tout est difficile. En mettant le spi j'ai a nouveau failli faire un cocotier, gros coup de stress (je n'avais pas assez bordé l'écoute avant de hisser la chaussette). Il faut noter que la mer est croisée et qu'il y a plus de 20 nœuds de vent, le bateau n'arrête pas de rouler, ce qui augmente le risque de départ au lof... Et a vivre c'est assez épuisant. Pour couronner le tout, je suis déçue de ne pas aller plus vite sous spi... En fait, j'étais pas mal sous gennak... Voilà vous l'aurais compris, jusqu'au bout cette Route du Rhum est difficile et je me méfie du tour de Guadeloupe, où il peut encore se passer tellement de choses... Je crois que hier sous gennak, c'était la plus belle journée de toute la traversée : peu de grains, du soleil, les alizés comme je les aime... Au final il n'y aura eu que une ou deux journée "parfaites", je ne m'attendais pas à autant de stress et de galères… Mais demain, je l'espère, tout sera parfait !!! »


Maxime Cauwe (Wisper) : « Route directe vers le Nord de la Guadeloupe » « Hier était finalement une bonne journée comparée à la précédente : le vent est monté faisant un peu oublier la déchirure du 3ème spi qui m’empêchait jusque là d'avoir la bonne vitesse ; et surtout ça y est : on a empanné et on fait route directe vers le Nord de la Guadeloupe et ça, ça fait plaisir ! C'est ouf comme ça joue sur le moral de se dire qu'on fait route. Tout devient plus cool (y compris les lyophilisés) et plus sympa. On se rapproche de l’arrivée, donc j'essaie de bien en profiter au maximum, de prendre plus de temps pour me poser, réaliser la chance incroyable que j'ai déjà d'être au soleil parce que quand je vois les news en métropole… Et surtout de participer à cet événement qu'est la Route du Rhum sur mon fidèle 98 qui m'épate chaque jour un peu plus. J’essaie aussi de prendre des forces parce qu'il paraît que le tour de la Guadeloupe peut être assez éprouvant mentalement. Donc, là ce que je vais faire, c’est régler un peu parce que le vent a molli. Et ensuite, petite sieste avant le lever du soleil. »

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