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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Roland Jourdain- we Explore


“L'avantage de la nuit totalement noire, c'est qu'au moins, on ne voit pas l'état de la Mer, ça évite d'avoir peur” Halvard Mabire (GDD),Roland Jourdain (We Explore) et Guy Pronier (Terranimo) racontent le paysage de front qui a balayé la flotte des Rhums hier. Daniel Ecalard (Sos Pare Brise +) a lui rallié Baiona pour réparer ses pilotes et reprendre la course au plus vite


Roland Jourdain (We Explore), reçu le 14 novembre au soir : “C’est beau mais légèrement stressant tout ça. J’ai viré ce matin pour redescendre au sud. Je ne sentais pas le truc. J’ai perdu du terrain mais c’était pour le bien de bébé. Zénitude et bienveillance sont les mamelles de la performance new (grosse) wave!”


Halvard Mabire (GDD) “Bonjour la Terre. J'espère que vous profitez bien d'un plancher stable, d'une couette douillette et surtout bien sèche, et de la douche au réveil, car franchement, ici, ce n’est pas la même histoire. Avec GDD, nous traversons un front qui n’en finit pas et ce n’est pas l’imaginer que l’on peut se faire de la navigation de “plaisance”. Il faut dire que nous n’avons pas pour coutume de les traverser en biais avec les fronts. En général, on s'arrange plutôt pour les couper perpendiculairement, façon char d'assaut qui traverse une haie.Mais là, nous n'avons pas vraiment le choix car c'est un front qui barre tout l'Atlantique et dont la base de la "virgule" s'est installée tel un barrage, histoire d'être bien certain que la flotte de la Route du Rhum passe à la caisse et n'oublie pas de payer, plutôt cher d'ailleurs, son droit de passage avant de pouvoir atteindre l'autoroute des Alizés. Normalement, en France les péages, c'est sur l'autoroute, mais là c'est nouveau : il faut payer avant et on ne sait même pas si cette autoroute existe, ni si on l'empruntera, car les chemins détournés des routes de campagne ne manquent pas de charme non plus. Pour l'instant, c'est plutôt ambiance casque lourd sur GDD et l'avantage de la nuit totalement noire, c'est qu'au moins, on ne voit pas l'état de la Mer, ça évite d'avoir peur. A terre vous devez vous demander ce que l'on fabrique sur nos bateaux avec nos bords erratiques et toute cette casse matérielle, alors qu'au regard des fichiers de vent que vous avez sous les yeux, ce n'est apparemment pas la tempête du siècle. Et bien nous, en mer, on se demande vraiment comment ils sont pondus, ces foutus fichiers météo. Pourtant, on ne se contente pas de le regarder en diagonal et on va chercher tous les détails, notamment les données pour les "rafales", histoire d'éviter de se faire surprendre. Mais quand pour 20 nœuds fichier avec rafales à 26 on se retrouve avec 35 nœuds, il y a tout de même de quoi se poser des questions sur la distance qui sépare les officines des météorologues et les réalités du terrain. Le sujet de la météo est intéressant, mais bien trop vaste pour être abordé dans un petit mail, écrit et envoyé de surcroît dans des conditions bien inconfortables. Mais il faudra y revenir car il y a à redire et j'ai certaines explications à fournir à ceux qui s'étonnent par exemple que l'on n'ait pas vu venir les violents orages qui ont touché la Méditerranée et particulièrement la Corse en fin d'été. A bientôt.”


Guy Pronier (Terranimo) _“Bonsoir les terriens. A bord de Terranimo, ça y est, le rythme est pris. Actuellement au niveau de Lisbonne à 150 milles au large, j’essaie de descendre sous une dépression qui tape dur au-dessus du 42ème parallèle. Les conditions : au près, 28 nœuds réels, vitesse de 8,4 nœuds, cap au 180, trois ris et J2 partiellement roulé; ça glisse bien. On s’est approvisionné, Terranimo et moi, et j’ai compris que ce gros ULDB n’aimait pas être chargé face au vent. ‘Je ne suis pas fait pour ça’, me dit-il en prenant des angles de gîte importants et en ralentissant au fur et à mesure des degrés de gîte. Alors que finalement, en réduisant, il va vite et bien et c’est plus confortable pour prendre le thé. J’ai eu très peur au départ. En se rendant sur la ligne, le J1 nous a fait un ‘cacabouya’ et s’est bloqué, enroulé. Les 30 minutes perdues pour réparer font qu’à 5 minutes du départ, je me trouve du mauvais côté donc en départ anticipé. Un coup à la Louis Burton au Vendée Globe! C’est mon jour de chance, le bateau accélère finalement et je rentre du bon côté 1 minute 30 avant le top départ. J’aurais voulu le faire, je n’aurais pas fait aussi bien mais je m’en souviendrai. Ce n’est pas tout. Mes copains Mono Rhumistes étaient tribord et lancés pour partir. J’abats en grand, fait le tour de Kriter (Cap au Cap Location), et une fois évité les uns et les autres, j’empanne pour lancer le bateau. Bon, certes, je n’étais pas sur la ligne au top, mais comme les copains ont formé un embouteillage au bateau comité, je suis arrivé lancé et j’ai pris la 3ème place assez rapidement. Un peu long de rejoindre Fréhel vent dans l’axe et courant contre, mais cela a permis de juger les vitesses et motivations de chacun. Quelle vitesse pour Notre Méditerranée - Ville de Nice et le Cigare Rouge (Formatives ESI Business School Pour Ocean As Common). Et quel cap pour Willy (Clerton, Cap au Cap Location)!


Première nuit top comme en régate. Par contre, cueilli à froid à Portsall avec un vent et une mer forcissante. Dur de rentrer dans le bain. J’ai esquivé en passant par le Four. Pas des plus efficaces, mais tranquille. Pour la suite, je choisis la stratégie de l’esquive en faisant le tour des dépression et cherchant à protéger le bateau plutôt que de faire la route la plus courte. Donc option sud pour Terranimo? Pour la suite, il faudra que Saint-Guy ou ma Fée Clochette se manifestent car les alizés ne sont pas au rendez-vous. On va voir demain et viser un point entre les Açores et Madère. A bord de Terranimo. Guy qui réalise son rêve”._

  • 15 nov. 2022
  • 4 min de lecture

© Roland Jourdain- we Explore


“L'avantage de la nuit totalement noire, c'est qu'au moins, on ne voit pas l'état de la Mer, ça évite d'avoir peur” Halvard Mabire (GDD),Roland Jourdain (We Explore) et Guy Pronier (Terranimo) racontent le paysage de front qui a balayé la flotte des Rhums hier. Daniel Ecalard (Sos Pare Brise +) a lui rallié Baiona pour réparer ses pilotes et reprendre la course au plus vite


Roland Jourdain (We Explore), reçu le 14 novembre au soir : “C’est beau mais légèrement stressant tout ça. J’ai viré ce matin pour redescendre au sud. Je ne sentais pas le truc. J’ai perdu du terrain mais c’était pour le bien de bébé. Zénitude et bienveillance sont les mamelles de la performance new (grosse) wave!”


Halvard Mabire (GDD) “Bonjour la Terre. J'espère que vous profitez bien d'un plancher stable, d'une couette douillette et surtout bien sèche, et de la douche au réveil, car franchement, ici, ce n’est pas la même histoire. Avec GDD, nous traversons un front qui n’en finit pas et ce n’est pas l’imaginer que l’on peut se faire de la navigation de “plaisance”. Il faut dire que nous n’avons pas pour coutume de les traverser en biais avec les fronts. En général, on s'arrange plutôt pour les couper perpendiculairement, façon char d'assaut qui traverse une haie.Mais là, nous n'avons pas vraiment le choix car c'est un front qui barre tout l'Atlantique et dont la base de la "virgule" s'est installée tel un barrage, histoire d'être bien certain que la flotte de la Route du Rhum passe à la caisse et n'oublie pas de payer, plutôt cher d'ailleurs, son droit de passage avant de pouvoir atteindre l'autoroute des Alizés. Normalement, en France les péages, c'est sur l'autoroute, mais là c'est nouveau : il faut payer avant et on ne sait même pas si cette autoroute existe, ni si on l'empruntera, car les chemins détournés des routes de campagne ne manquent pas de charme non plus. Pour l'instant, c'est plutôt ambiance casque lourd sur GDD et l'avantage de la nuit totalement noire, c'est qu'au moins, on ne voit pas l'état de la Mer, ça évite d'avoir peur. A terre vous devez vous demander ce que l'on fabrique sur nos bateaux avec nos bords erratiques et toute cette casse matérielle, alors qu'au regard des fichiers de vent que vous avez sous les yeux, ce n'est apparemment pas la tempête du siècle. Et bien nous, en mer, on se demande vraiment comment ils sont pondus, ces foutus fichiers météo. Pourtant, on ne se contente pas de le regarder en diagonal et on va chercher tous les détails, notamment les données pour les "rafales", histoire d'éviter de se faire surprendre. Mais quand pour 20 nœuds fichier avec rafales à 26 on se retrouve avec 35 nœuds, il y a tout de même de quoi se poser des questions sur la distance qui sépare les officines des météorologues et les réalités du terrain. Le sujet de la météo est intéressant, mais bien trop vaste pour être abordé dans un petit mail, écrit et envoyé de surcroît dans des conditions bien inconfortables. Mais il faudra y revenir car il y a à redire et j'ai certaines explications à fournir à ceux qui s'étonnent par exemple que l'on n'ait pas vu venir les violents orages qui ont touché la Méditerranée et particulièrement la Corse en fin d'été. A bientôt.”


Guy Pronier (Terranimo) _“Bonsoir les terriens. A bord de Terranimo, ça y est, le rythme est pris. Actuellement au niveau de Lisbonne à 150 milles au large, j’essaie de descendre sous une dépression qui tape dur au-dessus du 42ème parallèle. Les conditions : au près, 28 nœuds réels, vitesse de 8,4 nœuds, cap au 180, trois ris et J2 partiellement roulé; ça glisse bien. On s’est approvisionné, Terranimo et moi, et j’ai compris que ce gros ULDB n’aimait pas être chargé face au vent. ‘Je ne suis pas fait pour ça’, me dit-il en prenant des angles de gîte importants et en ralentissant au fur et à mesure des degrés de gîte. Alors que finalement, en réduisant, il va vite et bien et c’est plus confortable pour prendre le thé. J’ai eu très peur au départ. En se rendant sur la ligne, le J1 nous a fait un ‘cacabouya’ et s’est bloqué, enroulé. Les 30 minutes perdues pour réparer font qu’à 5 minutes du départ, je me trouve du mauvais côté donc en départ anticipé. Un coup à la Louis Burton au Vendée Globe! C’est mon jour de chance, le bateau accélère finalement et je rentre du bon côté 1 minute 30 avant le top départ. J’aurais voulu le faire, je n’aurais pas fait aussi bien mais je m’en souviendrai. Ce n’est pas tout. Mes copains Mono Rhumistes étaient tribord et lancés pour partir. J’abats en grand, fait le tour de Kriter (Cap au Cap Location), et une fois évité les uns et les autres, j’empanne pour lancer le bateau. Bon, certes, je n’étais pas sur la ligne au top, mais comme les copains ont formé un embouteillage au bateau comité, je suis arrivé lancé et j’ai pris la 3ème place assez rapidement. Un peu long de rejoindre Fréhel vent dans l’axe et courant contre, mais cela a permis de juger les vitesses et motivations de chacun. Quelle vitesse pour Notre Méditerranée - Ville de Nice et le Cigare Rouge (Formatives ESI Business School Pour Ocean As Common). Et quel cap pour Willy (Clerton, Cap au Cap Location)!


Première nuit top comme en régate. Par contre, cueilli à froid à Portsall avec un vent et une mer forcissante. Dur de rentrer dans le bain. J’ai esquivé en passant par le Four. Pas des plus efficaces, mais tranquille. Pour la suite, je choisis la stratégie de l’esquive en faisant le tour des dépression et cherchant à protéger le bateau plutôt que de faire la route la plus courte. Donc option sud pour Terranimo? Pour la suite, il faudra que Saint-Guy ou ma Fée Clochette se manifestent car les alizés ne sont pas au rendez-vous. On va voir demain et viser un point entre les Açores et Madère. A bord de Terranimo. Guy qui réalise son rêve”._

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