- 8 nov. 2022
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© Jean-Louis Carli
Ce mardi matin, les marins ont assisté à un dernier briefing météo avant le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, programmé ce mercredi à 14h15. A l’approche de la délivrance, les skippers de la classe IMOCA ne cachent pas leur impatience. Morceaux choisis.
Tanguy Le Turquais (Lazare) : « Je me sens très bien. J’étais complètement prêt pour partir dimanche. J’ai pris deux journées pour rentrer chez moi. J’ai été faire du sport, me reposer. Me voilà de retour pour prendre un nouveau départ, parfaitement prêt. Les partenaires et les visiteurs ne sont plus là, cela permet de partir plus au calme. J’ai des fourmis dans les jambes. Le report du départ est un exercice mental assez difficile mais on commence à avoir l’habitude des transatlantiques reportées. Je sais comment réagir. La première semaine de course reste tendue, la grosse différence c’est qu’il y a des échappatoires au Sud. Ceux qui ne se sentent pas d’aller affronter les fronts peuvent avoir du vent moins fort. Je ne veux pas mettre la compétition de côté donc je ferai la trajectoire optimale. »
Damien Seguin (Groupe Apicil) : « Il a fallu gérer ce décalage pour ne pas non plus tomber dans un relâchement total. Il faut au contraire rester focus. LE bateau est prêt, moi aussi. Nous sommes tous contents de partir. Ce n’est pas la première fois que je vis un report de départ de transat. Et j’ai aussi beaucoup vécu des retardements en voile olympique, j’ai appris à gérer ces moments-là. Cela reste un scénario classique d’un départ au mois de novembre avec du près dans la Manche, le vent qui va monter pour passer deux fronts consécutifs, qui vont nous permettre de pouvoir rejoindre les Açores et glisser jusqu’en Guadeloupe. La course sera rapide avec une trajectoire assez proche de la route directe. Ce sera aussi une route engagée et ouverte, qui laissera la place à des choix. Il y a la place pour faire des choix, mesurer les risques qu’on a envie de prendre. Cette course va être sympa à suivre depuis la terre. »
Alan Roura (Hublot) : « Tout le monde a hâte d’y aller. Nous allons avoir 24 heures assez cool pour nous mettre en route avec pas mal de manœuvres quand même mais dans des conditions maniables. Il y aura une phase délicate à gérer jeudi-vendredi et après ça va filer ! Des routes vont plus vite par le Nord mais elles sont quand même très engagées. On verra qui ose, ce sera le challenge. Il va y avoir du près au début mais si j’arrive à rester dans le peloton après il y a vraiment moyen de jouer avec des conditions idéales pour mon bateau, avec de belles glissades. Il va falloir tenir le début de course sans se faire distancer. Je suis chaud ! »
Charlie Dalin (Apivia) : « Il y a une grosse divergence des modèles de prévision. Dans tous les cas il y a des chances qu’on prenne au moins 30 nœuds de vent. On sait que ça va se terminer dans un alizé bien établi, avec des bonnes conditions. Mais je ne sais pas aujourd’hui quelle route je vais prendre pour atteindre ces alizés. C’est paradoxal car on sait comment la course va se terminer mais pas comment elle va commencer et quelle route il va falloir prendre pour toucher les alizés en premier, ce qui est l’objectif. Le jeu est ouvert. J’espère que les modèles vont converger sinon il faudra s’adapter à la météo une fois sur l’eau et passer plus de temps à la table à cartes pour revoir la stratégie. J’aime bien quand c’est calé assez tôt. »
Antoine Cornic (HUMAN Immobilier) : « Le départ sera une libération, nous sommes un peu comme des lions en cage ! Je suis plutôt content de partir. Ce sera un départ relativement tranquille mais il y aura ensuite un beau front à négocier, avec plusieurs routes possibles. Une route nord notamment un peu plus musclée, je pense que je vais faire ce choix. Les 48 premières heures seront maniables, ensuite ça va monter assez fort mais on sera loin des côtes. On prend les premiers sas cet après-midi donc j’aurais le temps de continuer à étudier les fichiers météo. Il faudra être prudent au départ avec beaucoup de bateaux et des virements de bord à effectuer. »
Kojiro Shiraishi (DGM Mori Global One) : « Le bateau est prêt, je remercie mon équipe d’ailleurs car tout le monde a bien travaillé. Je suis content de partir et je veux arriver le plus vite possible car mon sponsor m’attend en Guadeloupe et il doit repartir rapidement ! Je vais essayer de ne pas faire de choses trop extrêmes, je vais y aller le plus « safe » possible pour être sûr d’arriver en Guadeloupe. On a défini un plan de course avec l’équipe, on s’est dit que l’on voulait aller vite en préservant le bateau. »
Arnaud Boissières (La Mie Câline) : « Il va falloir tirer des bords dès le départ avec 138 bateaux, ce ne sera pas évident. Il y a des zones à éviter, notamment le parc éolien. Il y a des bouées tout autour du parc, et lors du convoyage pour venir à Saint-Malo nous sommes passés très près de l’une d’entre elles, nous ne l’avions pas vue. Ce sera un début de course sous tension. Le premier front donnera 30-35 nœuds, et le deuxième front sera assez violent avec des rafales à plus de 50 nœuds. La route médiane semble bien, il faut trouver un compromis, et être opportuniste. Il va y avoir de la stratégie, c’est chouette ! Et puis dans trois jours, la météo va encore évoluer. C’est enthousiasmant, on va faire de la course à la voile avec des placements, des changements de voile, de la tactique, c’est tout ce qu’on aime dans la course au large. »
