- 15 nov. 2022
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Jean-Sébastien-Biard
La nuit a été rude, longue et tumultueuse pour les marins toujours en lice en Rhum Mono et Multi, à l’instar de Jean-Sébastien Biard, qui fête aujourd’hui son anniversaire en mer pour la première fois. Une nuit que nous ont raconté Olivier Nesmguern (Elora), Jean-Sébastien Biard (JSB Déménagement) donc, et Christophe Bogrand (Château du Launay).
Olivier Nesmguern (Elora) : “Ça va. Je suis sorti du front cette nuit vers minuit. Après j’ai viré et j’ai relâché deux ris. Ça a été un sacré rodéo. Là maintenant ça glisse. C’est agréable de ne plus taper comme une brute dans les vagues. J’ai réussi à dormir un peu ce matin. C’est un début avec du près et du vent, du vent ! Mais je crois que j’entrevois la sortie, donc je suis plutôt content ! Hier, j’ai eu 30-35 nœuds. J’étais sous trinquette et quatre ris. J’ai été obligé de choquer la voile en grand parce que j’étais trop toilé. Il aurait presque fallu que je mette le tourmentin mais je n’ai pas eu le courage. La mer était assez formée, ça tapait vraiment très fort. Et comme j’ai toujours ce petit stress de ma réparation d’étai, j’avoue que j’ai un peu serré les fesses à chaque gros choc. Je vais attendre que ça soit un peu plus calme pour aller tout inspecter, mais comme je vois que l’étai est toujours là avec son génois, c’est que ça n’a pas dû trop bouger. C’était plus violent que le premier front que j’avais déjà traversé comme ça. A chaque fois, je suis allé chercher le front pour aller virer derrière et pour trouver du vent un peu plus favorable. C’est ce qu’il fallait faire mais ce deuxième front m’a coûté cher en énergie et en fatigue. Je ne me suis pas fait peur mais je n’en menais pas large. En début de nuit dernière, quand ça bastonnait à mort, j’étais fatigué car il y avait pas mal de manœuvres à faire. Je n’avais plus de forces. Je sentais qu’il n’y avait plus de jus quand je tournais les winches. Je me suis dit qu’il ne faudrait pas que ça dure deux jours. Sinon, le bateau est vraiment costaud. Il passe tranquillement dans ces conditions-là, il peut prendre pas mal plus fort. C’est rassurant. Le pilote a été irréprochable. Côté bateau, rien à dire. Il y a encore 23-24 nœuds de temps en temps. Je vais attendre cet après-midi pour faire un tour complet du bateau avec de relancer le génois pour aller un plus vite. On devrait avoir 17-18 nœuds. Pour l’instant, je n’ai pas d’avarie notable, c’est plutôt chouette. J’avais ma stratégie depuis le début avant de virer pour traverser le front. J’ai hésité à aller tout au sud comme Gilles (Colubi, Kornorg 2) pour avoir moins gros dans le front en le longeant et aller entre Madère et les Canaries pour rejoindre les alizés. C’était soit ça, soit l’option que j’ai choisie : traverser le front plus vite en virant bâbord amure et derrière bénéficier d’un vent plus favorable ce qui est le cas maintenant. Je suis au 200-220 pour aller chercher les alizés en raccourcissant la distance et en faisant un cap sud-ouest, un peu plus sud que ouest. Normalement, ça passe d’après mes routages. Je devrais me retrouver au près en fin de journée et demain. En restant tribord amure, je devrais réussir à me glisser sous l’anticyclone et prendre les alizés directement. Je ne m’interroge plus trop à moins que les GRIB ne changent. Je fais refaire une météo tout à l’heure mais depuis un jour et demi, deux jours, j’ai ce chemin en tête et je suis en train d’aller le chercher ».
Jean-Sébastien Biard (JSB Déménagement) : “Hier, on s’est vraiment fait secouer, c’était l’apothéose ! Je n’arrivais pas à remonter face au vent. J'ai eu jusqu’à 49 nœuds à l’anémomètre ! C'était très dur, avec une mer croisée et le vent de face. Je suis remonté plus nord pour aller chercher la bascule et cette nuit c’était un peu moins fort. Ce matin, ça va mieux. Je n’avais jamais connu des conditions comme ça, pas aussi longtemps. ça se passait pas trop mal au début et ça continuait à monter, je voyais bien que le bateau souffrait trop, j’ai décidé de faire du nord-ouest pour être en légère fuite pour que ce soit plus gérable. Il y avait vraiment de la mer désordonnée, forte et ce vent qui n’arrêtait pas. J’ai eu ces conditions jusqu’à 20h00 hier soir. C'était une première, mais je suis bien content que ça s’arrête ! J’espère avoir un beau cadeau d’anniversaire d’Eole et de bonnes conditions de navigation pour aujourd’hui. Déjà, je vois qu’il fait meilleur. Je suis déjà content d’être toujours en course car les premières heures n’ont pas été simples et j’ai dû effectivement m’accrocher pour passer ce premier anniversaire en mer. C'était pas évident les premiers jours ! Je suis reparti une trentaine d’heures après le départ, mais en course au large ça arrive fréquemment ; on peut avoir de meilleures conditions en partant plus tard ! Mais ce n’est pas pour ça que j’ai cassé mon bateau sur la ligne de départ ;-) Mais oui, j’ai eu de belles conditions qui m’ont permis de me rapprocher, ça fait du bien parce que ce n’est pas très agréable de partir loin de tout le monde, d’être tout seul. Je sens que la route vers le sud-ouest ne va pas être chèrement acquise !”
Christophe Bogrand (Château du Launay): “Sur Sterec Aile Bleue - Château du Launay on est très bien ! On a passé une petite nuit avec une petite brise sympa et on progresse vers le sud, tranquillement. Ça devrait se calmer cet après-midi. Je pense qu’on va rattraper des flux beaucoup plus calmes pour nous amener vers les Canaries. Cette nuit, on a eu un vent d’ouest jusqu’à 28 nœuds. La dépression tropicale est remontée plus nord que prévu, on a vraiment pris la queue du front, c’était jouable, pas de problème ! Il y a un peu mer, on est reaching, ça secoue pas mal. On progresse bien, on est tous ensemble avec les Oldies Goldies, c’est très sympa avec une bonne progression même assez rapide pour nos bateaux. On va continuer à descendre dans le sud pour aller attraper les alizés qui sont en train de s’installer”.
Gwen Chapalain (Guyader - Savéol), reçu du bord : “Hello. La nuit a été bien compliquée : j’ai eu jusqu’à 38 nœuds en rafales. C’était bien sport avec une mer très mauvaise. Il fallait adapter la vitesse en permanence au pilote . Quand je suis passé sous trois ris et foc de forte brise, deux embouts de lattes sont partis. Après le front, j'ai gardé les trois ris et foc de brise pour passer la mer. Là, je suis très heureux de vous annoncer (pas que j'ai trouvé une sirène ) que, malgré la mauvaise mer, et grâce à l'équipe à terre, j’ai réussi à bidouiller,réparer et remettre les lattes à poste. Une nuit pas si paisible .... Je suis archi cuit ! Niveau route, je me cale sur le même cap que les copains devant. Là, je suis sous génois et un ris ; ça avance bien. Il y a 15 nœuds de vent, je suis à 80 degrés pour 12 nœuds de vitesse, il reste de la mer…Excusez mon style, mais avec la mer, et la fatigue, c’est pas facile de bien taper sur le clavier ! Je me repose un peu et passe sous grand voile haute”.
