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Il est le grand vainqueur de la dernière édition, celui qui a été le premier à passer sous la barre des 7 jours (6 jours et 19 heures) et qui détient depuis le record de la course. Charles Caudrelier (Edmond de Rothschild) a un lien très fort avec la plus célèbre des transatlantiques. Elle a émerveillé l’enfant qu’il était et couronné le skipper qu’il est devenu. Quatre ans après sa victoire, Charles est de retour avec un nouveau bateau particulièrement innovant, Gitana 18, qui effectuera sa première transatlantique. Interview d’un marin épanoui, heureux de son challenge actuel et toujours aussi enthousiaste à l’idée de participer à cette course de légende.
#1 Quel est ton lien avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?
C’est ma course préférée, celle que j’ai toujours eu envie de faire, celle qui m’a donné envie de faire du bateau. C’est grâce à la Route du Rhum que j’ai eu le déclic, l’envie forte de pratiquer ce sport. J’ai une image en tête qui revient toujours avec la même précision : le passage du Cap Fréhel par Laurent Bourgnon, la coque centrale qui décolle, le flotteur en l’air… Ça m’a longtemps paru totalement inaccessible. C’est l’année où Florence Arthaud l’a emporté (1990). Ce sont mes premiers souvenirs de la Route du Rhum suivie dans le salon de mes parents devant la télé.
#2 Est-ce que tu mesures que tu fais désormais partie de cette histoire ?
Je ne sais pas si on peut vraiment s’en rendre compte. Bien sûr, je vois la coupe, je vois que mon nom est associé à la précédente édition, que certaines personnes sont admiratives. Mais jamais je pensais que ça pouvait m’arriver. Et paradoxalement, je garde des souvenirs très précis de la précédente édition. L’arrivée avait été fabuleuse, le départ aussi, ce sont des images qui restent gravées.

« Cette année, c’est un tout nouveau challenge »
#3 Quatre ans plus tard, le challenge est différent avec ce nouveau bateau mis à l’eau en début d’année…
Oui, ce n’est plus la même dynamique. Lors de la précédente édition, mes concurrents me désignaient comme le favori et mon bateau comme la référence. J’étais bien préparé, nous étions convaincus qu’il s’agissait du meilleur bateau et on sentait qu’on pouvait gagner. Cette année, c’est un tout nouveau challenge. J’ai un bateau neuf qui est une arme redoutable mais ma préparation est très courte avant une course comme la Route du Rhum - Destination Guadeloupe.
#4 Ce sera difficile de rivaliser avec les autres ?
Il faut être prudent. Nous savons qu’il faut deux à trois ans pour fiabiliser ces bateaux, un temps qu’ont pris certains de nos adversaires et forcément, ça leur permet d’avoir un coup d’avance. Mon bateau est très innovant, plus complexe que son prédécesseur, ce qui implique une connaissance très fine de tous les systèmes, des réglages… Chaque navigation nous rapproche du plein potentiel de notre bateau. Nous abordons la Route du Rhum - Destination Guadeloupe avec sérénité, y voyant l'opportunité idéale d'optimiser notre bateau et de construire l'avenir.
#5 Quel regard portes-tu sur la concurrence ?
En termes de performance, le plateau est très homogène. Je pense que Banque Populaire (Armel Le Cléac’h) et Tom Laperche (SVR-Lzartigue) ont une légère avance sur les autres dans la bataille pour la victoire. Leurs bateaux sont fiabilisés et très performants. Et surtout, Armel n’a plus à rien prouvé en solitaire et Tom est une machine à gagner… Ça peut être un super match ! Après, il ne faut pas sous-estimer Thomas Coville (Sodebo) qui détient le record autour du monde en équipage et Anthony Marchand (Actual) qui navigue à bord de mon ancien bateau. Il faudra aussi compter avec Louis Burton (Armand Thiery) et Alexia Barrier (Idec Sport CIC) qui contribuent à ce qu’on soit nombreux à s’élancer en Ultim.

« Je suis impliqué de A à Z dans la naissance de ce bateau »
#6 Le nouvel Edmond de Rothschild suscite beaucoup de curiosité. Quelles en sont les principales innovations ?
Les appendices sont totalement novateurs, nous expérimentons un système qui existe nulle part ailleurs dans le monde. Les foils ne sont plus en L comme précédemment mais en Y, comme ce qui se fait à la Coupe de l’America. Les safrans sont en U, ce qui est totalement nouveau pour un Ultim. De plus, nous disposons d’un pilote automatique « intelligent » spécialement développé pour ce bateau. Ces innovations mettent du temps à être mises au point mais on s’y attelle avec enthousiasme au sein de l’équipe.
#7 Vous avez « volé » pour la première fois en mai dernier après avoir installé les fameux foils…
Nos foils sont vraiment la touche finale de Gitana 18. Nous avons poussé très loin le design. Ce sont des pièces très techniques, inédites à cette échelle et avec tous les systèmes que cela induit. Elles sont arrivées plus tardivement que prévu, on ne va pas le cacher, mais nous n’avons pas perdu notre temps depuis la mise à l’eau. Tout est tellement nouveau et différent à bord, au-delà des appendices dont on parle beaucoup, que la période sans foil nous a permis d’y aller pas à pas, sans brûler les étapes, que ce soit pour la prise en main du mât à barres de flèche, la direction de barre électrique ou encore le pilote automatique.
#8 Plus globalement, vous prenez du plaisir dans ce processus ?
Oui, c’est passionnant ! C’est la première fois que je suis impliqué de A à Z dans la naissance de ce bateau. J’échange beaucoup avec les ingénieurs, j’ai proposé mes idées et on s’attache tous les jours à améliorer le bateau. Ça fait plusieurs mois que je le connais par cœur ! Je suis convaincu qu’il sera performant à l’avenir. Et de mon côté, je continue à découvrir des choses, à apprendre… C’est une période très enthousiasmante.
