Qu’est-ce qui vous a poussé à participer à nouveau à la Route du Rhum ?
C’est une question que je me pose aussi (rires) ! Ce n’est pas forcément très raisonnable mais j’ai encore un petit grain de folie. J’en ai parlé récemment avec Loïck Peyron : lui était reparti avec un petit bateau. Moi, je préfère le faire à bord d’un grand bateau ! Plus sérieusement, je prends beaucoup de plaisir à l’idée d’y retourner à bord du bateau que j’ai conçu et avec lequel j’ai connu tellement d’aventures.
Avec cet Orma mis à l’eau en 1994, vous avez remporté la Transat anglaise (2000) et connu de nombreuses aventures… Comment résumez-vous votre lien avec ce bateau ?
J’y suis très attaché. Ce qui est saisissant, c’est que ça n’a jamais été un bateau neutre. Tout est extrêmement fort en permanence et parfois difficile. Mais l’ennui et la tranquillité, il ne connaît pas !
« Sur cette Route du Rhum, le niveau sera très élevé »
Vous serez six skippers en Orma sur la ligne de départ… Quel regard portez-vous sur le retour au premier plan de ces bateaux ?
C’est une grande joie de savoir que cette classe reprend vie. Ce sont des bateaux extraordinaires. Le rapport surface de voile / poids en font des bateaux plus puissants que les Ultims. De plus, puisque nous avons tous des bateaux déjà existants, l’impact carbone est fortement réduit. À bord de mon bateau Oceans, je n’ai pratiquement pas changé la configuration initiale. Par ailleurs, il est conçu en fibre de verre et renforcé avec du carbone. À l’époque, c’était surtout une question de budget mais c’était une façon d’être à l’avant-garde pour être plus vertueux pour l’environnement.
Ce sont des bateaux avec lesquels le risque de chavirage est important. Où mettre le curseur ?
C’est vrai que ce sont des bateaux très engagés. Pendant ma qualification (1200 milles parcourus en juillet, ndlr), j’ai eu l’impression que le pont était constamment recouvert par l’eau. Les Orma sont des multicoques qui vont très vite et qui peuvent être d’une violence incroyable. Lors de cette édition, le niveau va être très élevé. Mais difficile de savoir si tout se jouera dans les premiers jours ou s’il faudra attendre le contournement de la Guadeloupe.
« En prise directe avec les éléments »
Plus globalement, comment résumez-vous votre histoire avec la Route du Rhum ?
Ça a toujours été des expériences fortes et intenses. Et je crois que c’est pour ça que j’y retourne. Ce sont de grands moments de passion et d’aventure. J’ai connu de très belles éditions et d’autres un peu moins heureuses (chavirage en 2002). Forcément, les éditions les plus inoubliables resteront ma première en 1990 et ma victoire en 2018. Pour moi, la Route du Rhum est une course extrême, même plus qu’un tour du monde. Dans un tour du monde, on est en effet dans la gestion alors que là, le marin est dans la recherche constante de performance !
Il faut être prêt à souffrir, à se faire mal ?
Oui, encore plus sur ces bateaux qui sont totalement inconfortables ! À bord, il n’y a pas une place pour se poser. Même entre deux winchs, ce n’est pas possible et surtout, on est trempé en permanence ! Mais ça fait aussi partie du charme de ces bateaux. À bord, on est en première ligne, en contact privilégié avec la mer et en prise directe avec les éléments.
« Être en harmonie avec la planète »
On a l’impression que vous ne vieillissez pas… Quel est votre secret ?
J’en parlais récemment avec Charlie Cappelle. Ce qui l’explique, ce qui reste, c’est la passion. Je ne concours pas pour nourrir ma famille ou pour prouver quoi que ce soit. J’ai juste envie d’assouvir ma passion d’aller en mer, de faire une aventure extrême. J’ai l’impression que je n’ai pas encore épuisé toute mon énergie pour ça. C’est quelque chose qu ’on ressent et qu’on explique difficilement avec des mots.
Votre participation porte également un message fort puisque votre bateau a été rebaptisé « Oceans »
Oui, c’est précieux de pouvoir naviguer et disputer des courses en étant en harmonie avec la planète. Nous ne pouvons pas nuire aux océans et à la vie animale. Ce sont des préoccupations que j’ai depuis mes 15 ans et nous voyons bien que la situation se dégrade de plus en plus. À nous de permettre aux bateaux d’être complètement autonomes en énergie, de veiller à limiter les risques de collision avec les cétacés. Et forcément, ça m’a donné encore plus envie de faire une action positive.
À travers la bannière « Océans », vous soutenez en effet deux associations guadeloupéennes…
Oui, il s’agit de l’École de la mer et l’IGREC Mer. La première sensibilise les plus jeunes au respect du monde marin. Elle propose des animations, des ateliers, des sorties en milieu naturel. De son côté, IGREC Mer s’attache à soigner les tortues marines blessés, à restaurer les coraux et sensibiliser tous les publics. Ce sont des projets qui permettent de rapprocher les jeunes et les Guadeloupéens de la mer et d’en découvrir toutes les richesses. C’est gratifiant de disputer une course pour la bonne cause. Même si l’équilibre financier est encore un peu délicat – je recherche quelques mécènes ou partenaires supplémentaires -, je trouve ça particulièrement agréable. Et c’est une belle source de motivation !
* Initiative Guadeloupéenne pour la restauration des écosystèmes marins.
Article présenté par ZEISS
Apr 1
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He has just written his name in gold in the history of sailing. Guirec Soudée crossed the finish line off Ushant on the morning of March 28, 2026, at the end of an absolutely historic round-the-world voyage in reverse.
Aboard the maxi-trimaran MACSF, the 34-year-old skipper completed this circumnavigation from east to west in 94 days, 21 hours, and 58 minutes, shattering a record that had stood for over two decades. Held since 2004 by Jean-Luc Van Den Heede in a monohull, this record had stood for 21 years at 122 days and 14 hours. Guirec Soudée erased it in one fell swoop, finishing nearly 28 days ahead of schedule.
The most audacious solo maritime feat in history
It was a challenge that many considered one of the most difficult ever conceived at sea: to set off alone, non-stop, to sail around the world… but in reverse, against the prevailing winds and currents of the planet.
This route represents nearly 40,000 nautical miles, compared to 25,000 on the Vendée Globe route, which benefits from more favorable winds. Departing from Ushant on December 23, 2025, Guirec rounded Cape Horn on January 14, 2026, Cape Leeuwin on February 18, then the Cape of Good Hope on March 6, 2026, before heading back up the Atlantic to reach Brest.
By crossing the finish line, Guirec Soudée became the first sailor to complete a solo circumnavigation of the globe in reverse on a multihull. A feat never before accomplished, in either direction, on this type of giant boat.
At the start of the race, the skipper had never sailed solo on an Ultim, this 32-meter-long giant of the seas, usually sailed with a crew. A choice that speaks volumes about his character. Throughout the crossing, he demonstrated remarkable strategic acumen, not hesitating to significantly lengthen his route—sometimes by several thousand miles—to protect his boat and avoid the most dangerous areas.
A damaged rudder after hitting a fishing net, a moment of solitude off the coast of South Africa in a shark-infested sea, a cargo ship narrowly missed… all these trials were overcome with composure and determination.
Upon arrival, with tears in his eyes, Guirec Soudée summed up the adventure thus: "Sailing around the world alone, in the wrong direction, on a boat like this, is not easy. I consider myself very privileged and very lucky to have made it to the end. More than a record, it's an adventure."
A sea adventurer, in the purest sense of the term, who has clearly not finished pushing the limits of the impossible.