- Jun 10
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Updated: Jun 22
Les 118 marins de la prochaine édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe ont tous en commun de se préparer depuis plusieurs mois ou plusieurs années. Objectif ? Être prêts à tout donner le jour J. Certes, les spécificités de chaque bateau et les ambitions de chacun engendrent des préparations différentes. Il n’empêche, en matière de technique, de physique et de mental, de nombreux parallèles existent entre les participants. Explications avec six des skippers qui seront au départ le 1er novembre prochain.
ILS TÉMOIGNENT DANS L'ARTICLE
- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire, Ultim), 4e participation à la Route du Rhum-Destination Guadeloupe
- Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept), seule concurrente féminine en Ocean Fifty
- Corentin Horeau (MACSF), ex-Figariste et vainqueur de la Solitaire du Figaro, habitué des podiums à la tête d’un projet IMOCA depuis le début de saison
- Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo), un des candidats à la victoire en Class40
- Charlie Capelle (Acapella – Proludic – La Chaîne de l’Espoir, Vintage Multi), 71 ans, le doyen de la course qui s’apprête à la disputer pour la 7e fois
- Gilles Colubi (SNSM Guilvinec, Vintage Mono), skipper du plus petit bateau de la flotte (un Pogo 12.50)

Tous les chemins mènent au Rhum. Chaque skipper cultive ses propres motivations à l’heure d’aborder cette course de légende. Mais ce que tous ont en commun, c’est le fait de s’y préparer activement. Et les navigateurs n’ont qu’un objectif : « partir dans les meilleures conditions et le mieux préparé possible », assure Guillaume Pirouelle. « En matière de préparation, on ne peut jamais atteindre la perfection mais il faut tout faire pour s’en approcher », sourit Corentin Horeau. Armel Le Cléac’h, lui, voit la préparation comme « un ensemble de cases qu’il faut cocher patiemment jusqu’à la ligne d’arrivée ». Pour tous, le compte-à-rebours est lancé depuis longtemps déjà. Armel, Guillaume et Corentin s’y projettent pleinement depuis le début de saison, Anne-Claire depuis qu’elle a lancé son programme il y a deux ans. « Moi aussi, ça fait deux ans que je ne pense qu’à ça », s’amuse Charlie Capelle qui vise une 7e participation à 71 ans. Lui s’est fixé l’objectif d’être « prêt dans un mois ».
Mais quels sont les paramètres à anticiper afin d’y parvenir ?
TECHNIQUEMENT, NE RIEN LAISSER AU HASARD
La priorité numéro un pour les skippers, c’est la préparation technique des bateaux pour en tirer le meilleur dès le top départ. Chez les Ultim, SVR-Lazartigue a changé cet hiver ses foils et son safran, Banque Populaire l’avait effectuée l’année précédente. « C’est notre timing habituel, ça nous permet de bien fiabiliser les systèmes et d’avoir un peu plus de recul », précise Armel. Chez MACSF, le chantier a eu lieu cet hiver : « on a fait évoluer la carène, essayé de gagner du poids, mis de nouvelles voiles et réalisé plein de petites modifications dont on n’a pas très envie de parler », détaille Corentin Horeau.
Toutes les classes sont concernées. Jean Le Cam n’a pas compté ses heures sur le chantier de son Swan59 jusqu’à la mise à l’eau début mai. Charlie Capelle, lui, a également fait « un gros lifting » de son multicoque Acapella – Proludic – La Chaîne de l’Espoir. « Avec mes enfants et des proches l’an dernier, on l’a démonté de la tête de mât à l’arrière avant de tout réinstaller ». Gilles Colubi a également « complètement refait le bateau » au printemps : « il a été démâté, le gréement a été changé, les pièces usées remplacées, on a poncé la coque… Il y avait beaucoup de travail ! » Pour l’amateur, assurer sa préparation technique est indispensable. « C’est la base, si ton bateau ne tient pas, tu n’iras pas loin ! »

NAVIGUER SANS COMPTER
Une fois en mer, la priorité pour tous, c’est de naviguer. « Je sors au minimum deux fois par semaine, confie Charlie Capelle. C’est hyper important de faire des milles nautiques, de vérifier chaque aspect technique du bateau. Il y a tellement de problèmes qui peuvent survenir, il vaut mieux les identifier tôt dans la saison ! ». Guillaume Pirouelle corrobore : « si tu veux être à l’aise dans toutes les conditions et ne pas être démuni quand c’est difficile, l’idéal c’est de connaître le maximum de situations ». Le skipper multiplie les courses : Spi Ouest-France en équipage, Normandy Channel Race, Trin40 qu’il a remporté, Dhream Cup cet été…
Le programme est aussi chargé pour Corentin Horeau qui a disputé la 1000 Race et participera à la Vendée Arctique en juin. « Chaque course permet d’emmagasiner de l’expérience, d’affiner la connaissance du bateau, précise le skipper de MACSF. Elles participent toutes au cheminement vers la Route du Rhum ». De son côté, Anne-Claire Le Berre a disputé les deux Actes organisés par la classe Ocean Fifty à Sainte-Maxime et à Ajaccio en mai. « C’est toujours très difficile de se mettre en situation de course quand on n’est pas en course, rappelle la navigatrice. C’est important de susciter l’adrénaline de course et de s’entraîner en ajoutant de l’enjeu ». En revanche, le programme de course des Ultim est plus léger avec uniquement les 24 Heures Ultim en septembre. « Nous avons effectué un aller-retour aux Antilles au printemps et nous avons bouclé récemment une tournée en Méditerranée », explique pourtant Armel.
RETROUVER LES AUTOMATISMES EN SOLITAIRE
Pendant le convoyage qui l’a mené en Méditerranée comme lors de sa qualification, Anne-Claire Le Berre a « commencé à travailler la configuration solo » pour « être rodée sur la gestion pure du solitaire ». Pour nombre de participants, l’expérience en solitaire est une denrée rare. Guillaume Pirouelle disputera d’ailleurs sa première transatlantique sous ce format. « Tout seul, c’est vraiment plus engagé, l’aspect physique et mental est beaucoup plus important qu’en double et c’est vraiment un aspect que j’essaie de beaucoup travailler ». En Class40 comme en IMOCA, la saison est davantage orientée sur des courses en solitaire, ce qui permet de parfaire ses réflexes seul à bord. C’est le cas pour Corentin Horeau : lui qui n’a disputé que des courses en double ou en équipage l’an dernier ne fait que du solo en compétition (1000 Race, Vendée Arctique). « Ça nous permet de retrouver nos automatismes en condition de course, c’est super enrichissant », abonde Corentin.

PARFAIRE SA CONDITION SPORTIVE
Entre les sorties en mer, il faut également veiller à sa condition sportive. Hors des semaines de navigation, Armel Le Cléac’h alterne des séances de piscine, de sport en salle et de course à pied. « Il y a une exigence physique importante à bord d’un Ultim, c’est important d’être affûté pour tenir la distance », assure-t-il. Le skipper Banque Populaire a réalisé un « gros bloc d’entraînements » pendant l’hiver, tout comme Corentin Horeau. « Avec la reprise de la saison, on a moins le temps d’aller à la salle de sport », abonde le skipper MACSF. Il effectue néanmoins des séances dès qu’il le peut. Surtout, c’est « la préparation dédiée au travail à la colonne de winchs qu’il va falloir accentuer ». Le marin de MACSF va donc « acheter bientôt une colonne pour en faire à la maison ».
Hors des semaines de navigation, Guillaume Pirouelle s’astreint à « trois séances en salle, un peu de sport plaisir (kite, course à pied, vélo) sans négliger la récupération, les étirements et le yoga ». « Il faut à la fois faire du ‘cardio’, du gainage, de la musculation, de l’endurance… En fait, faire un peu de tout dès que je peux », souligne Anne-Claire Le Berre. De son côté, Gilles Colubi, à bientôt 67 ans, fait de la marche rapide tous les matins, soit « trois quarts d’heure de marche rapide, à la limite de courir ». Charlie Capelle se contente également de deux séances hebdomadaires, du Pilate le mercredi et du vélo le jeudi. « Mais j’ai une vie saine, je fais attention à mon corps, à mon alimentation », poursuit celui dont la femme « le pousse à passer de nombreux examens pour être sûr que je suis en forme ».
NE PAS NÉGLIGER L'APPROCHE MENTALE DE SA COURSE
Bien dans son bateau, bien dans son corps et… Bien dans sa tête. Tous ont bien conscience de la nécessité de disposer, comme le dit l’adage, “d’une âme saine dans un corps sain” (“anima sana in corpore sano” en latin). Se préparer mentalement est primordial pour affronter toutes les péripéties de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Il faut réussir à faire face à la répétition des efforts, aux conditions parfois extrêmes et à un état de fatigue souvent très avancé. Anne-Claire Le Berre collabore avec Alexis Landet, ex-judoka qui travaille avec plusieurs skippers. « Ce sont des projets très complexes qu’il faut gérer en même temps que la vie personnelle, confie la navigatrice. Alexis me donne des clés pour ne pas s'éparpiller ». Corentin Horeau insiste aussi sur la nécessité de « parvenir à tout gérer dans la coordination et la répartition des tâches entre chaque membre de l’équipe ». Par ailleurs, il rappelle le besoin de se ménager pour ne pas s’épuiser dans la préparation.
Sa méthode ? « Savoir prendre du recul et se rappeler qu’on ne peut jamais gagner tous les combats », sourit-il. « Moi, j’aimerais ne penser qu’à ça mais ça prend beaucoup d’énergie et ça peut être pénible pour l’entourage, reconnaît Charlie Capelle. Mon épouse m’oblige à couper un peu et elle a raison ! »
Plus globalement, l’aspect mental est « un travail de plusieurs années où l’expérience a un rôle primordial, ajoute Guillaume Pirouelle. Il faut savoir identifier les problèmes au plus vite, bien se sentir à bord et se rappeler que chaque réflexion se fera en étant seul à bord ». Armel Le Cléac’h le dit avec ses mots : « la course au large en solitaire m’a appris à gérer mes émotions, à ordonner les priorités dans les situations difficiles ». Pour les skippers amateurs, l’approche est différente : « moi, je n’ai pas de pression de mon sponsor, de ma famille, de l’entourage, s’amuse Gilles Colubi. Jusqu’au départ, je veux être le plus zen possible ». Ensuite, ce sera forcément une autre histoire. « Le régatier reprend le dessus sur l’homme sage et il faut tout donner pour arriver de l’autre côté ! »



